Category: Québec

Gwen Stefani fait revivre l’esprit de No Doubt sur les plaines @ FEQ (Québec)

Les Plaines d’Abraham ont replongé dans les années où No Doubt dominait les palmarès. Vendredi soir, Gwen Stefani a livré une performance débordante d’énergie, prouvant qu’à 56 ans, elle possède toujours le même charisme et la même fougue qui ont fait d’elle une icône de la musique pop et rock.

Dès son arrivée sur scène, la chanteuse a donné le ton en multipliant les déplacements, les chorégraphies et les échanges avec les festivaliers. Sa présence était magnétique et, tout au long de la soirée, les milliers de spectateurs ont répondu présents, chantant à l’unisson plusieurs des plus grands succès de son répertoire.

Le spectacle proposait un heureux mélange de chansons de No Doubt et de sa carrière solo. Des titres comme Sunday Morning, Hey Baby, It’s My Life, Underneath It All, Ex-Girlfriend, Rich Girl, What You Waiting For, Don’t Speak, Spiderwebs, Just a Girl et Hollaback Girl ont transformé les plaines en immense chœur, réunissant autant les nostalgiques que les plus jeunes festivaliers.

L’un des moments les plus marquants est survenu lorsque Gwen Stefani a invité quelques admirateurs à monter sur scène. Prenant le temps d’échanger avec eux, elle a offert un instant rempli d’émotion autant pour les principaux intéressés que pour le public. Ce geste spontané a rappelé pourquoi elle entretient, depuis près de trois décennies, un lien aussi fort avec ses fans.

Visiblement en grande forme, la chanteuse a enchaîné les morceaux sans jamais laisser retomber l’énergie. Entourée de ses musiciens et de ses danseurs, elle a offert un spectacle coloré, rythmé et généreux qui, pour plusieurs festivaliers, figure déjà parmi les meilleurs de cette 58ᵉ édition du Festival d’été de Québec.

Avant cette prestation très attendue, c’est la Canadienne Jessie Reyez qui avait la responsabilité d’ouvrir la soirée. Fidèle à sa réputation, elle a proposé une performance intense, alternant moments plus intimistes et passages explosifs. Toujours en mouvement, elle a rapidement conquis le public grâce à sa voix singulière et à une présence scénique naturelle, offrant une première partie solide qui préparait parfaitement le terrain pour la tête d’affiche.

Auteure  : Sandra Esteves

Photographe : L’Oeil de Mel-C

 

Kesha reprend sa place, à sa manière @ FEQ (Québec)

Après plusieurs années à lutter pour retrouver son autonomie artistique, Kesha est arrivée sur les plaines d’Abraham avec l’envie manifeste de présenter bien davantage qu’une succession de chansons populaires. Costumes flamboyants, danseurs, projections et chorégraphies composaient un spectacle très visuel, construit comme une série de tableaux.

Son entrée sur TiK ToK a immédiatement rallié le public. Ce premier grand moment laissait présager une soirée entièrement portée par les succès du début de sa carrière. Pourtant, Kesha avait également l’intention de faire entendre la femme et l’artiste qu’elle est devenue.

Ce choix a suscité quelques réactions d’impatience. Dans la foule, certains festivaliers regrettaient de ne pas entendre davantage de ses chansons les plus connues, ou du moins de ne pas toujours les retrouver dans leur version complète. Plusieurs étaient intégrées à des enchaînements, alors que ses titres plus récents occupaient aussi une place importante.

Contrairement à ce qui a pu être entendu sur le site, Kesha n’était pas légalement empêchée d’interpréter ses anciens succès. Elle a d’ailleurs chanté Blow, Cannibal, Take It Off, Die Young, Your Love Is My Drug et We R Who We R. Elle ne possède toutefois pas les enregistrements originaux de cette première partie de sa discographie.

La nuance est importante. Son long combat avec son ancien producteur, Dr. Luke, concernait notamment ses obligations contractuelles et son indépendance créative. Après la conclusion de leur litige en 2023 et la fin de son contrat, elle a fondé Kesha Records. Son album . (Period), paru en 2025, est ainsi devenu le premier qu’elle pouvait véritablement lancer sous sa propre bannière.

Dans ce contexte, sa volonté de donner une place importante à sa nouvelle musique prend tout son sens. Kesha ne cherche plus uniquement à faire revivre celle qu’elle était au début des années 2010. Elle veut aussi présenter celle qu’elle a choisi de devenir.

Une ambition visuelle qui ralentit le rythme

Sur scène, l’artiste a multiplié les costumes et les univers, passant d’une esthétique éclatante à des tableaux plus sombres ou solennels. L’ensemble témoignait d’un réel désir d’offrir une production spectaculaire.

Le principal bémol demeure toutefois la durée des changements de tenue. Les pauses répétées ont coupé l’élan du spectacle et créé quelques flottements dans la foule. Les costumes servaient la mise en scène, mais des transitions plus courtes auraient permis de maintenir une énergie plus constante.

Il faut néanmoins reconnaître l’investissement de Kesha. À défaut de miser uniquement sur la nostalgie, elle a voulu proposer un spectacle complet, pensé autour de sa personnalité et de son parcours. Les moments plus sensibles, notamment CATHEDRAL. et Praying, ont d’ailleurs permis de dépasser l’exubérance des chorégraphies pour retrouver toute la force de son interprétation.

La prestation n’aura peut-être pas répondu aux attentes de tous, mais elle portait une intention claire : Kesha ne souhaite plus être enfermée dans l’époque qui l’a rendue célèbre. Elle revisite maintenant son répertoire selon ses propres règles, quitte à déstabiliser ceux qui espéraient surtout retrouver la trame sonore de leur adolescence.

Shaggy réchauffe les plaines

Avant elle, Shaggy avait installé une ambiance légère et festive. Avec Boombastic, Angel, Oh Carolina et l’inévitable It Wasn’t Me, le Jamaïcain pouvait compter sur un répertoire solidement ancré dans la culture populaire. Une entrée en matière efficace avant la proposition beaucoup plus théâtrale de Kesha.

Auteure  : Sandra Esteves

Photographe : L’oeil de Mel-C

Patrick Watson, ou l’art de faire taire les Plaines @ FEQ (14 juillet 2026)

Patrick Watson + Klô Pelgag + Bertrand Belin

Il existe plusieurs façons de prendre possession des plaines d’Abraham. Certains artistes les font crier, danser ou bondir jusqu’à en faire trembler le sol. Patrick Watson, lui, les a plongées dans le silence.

Un silence attentif, chargé de souvenirs et d’émotions. Celui d’une foule qui n’était pas simplement venue assister à un spectacle, mais écouter chaque note et ressentir pleinement ce qu’elle réveillait.

Dès son arrivée, Patrick Watson a pris possession de la scène avec une facilité désarmante. Il n’a pas eu besoin d’élever la voix ni de multiplier les artifices pour attirer l’attention. Sa présence, son piano et les premières notes ont suffi. Et dans la foule, le calme était impressionnant.

Les festivaliers étaient là pour écouter. On le sentait dans leur attitude, dans leurs regards tournés vers la scène et dans cette retenue presque inhabituelle sur un site aussi vaste. Chacun semblait entretenir sa propre histoire avec la musique de Patrick Watson.

Le contraste avec la soirée d’ouverture menée par Limp Bizkit était saisissant. Quelques jours plus tôt, les Plaines étaient traversées par les cris, les sauts et l’énergie du groupe américain. Cette fois, le même espace semblait retenir son souffle.

Comparer les deux spectacles peut paraître audacieux, tant leurs univers sont éloignés. Pourtant, ils démontrent chacun à leur façon la force d’un artiste capable de mener une foule immense là où il le souhaite. Limp Bizkit avait provoqué une véritable décharge collective. Patrick Watson a créé une intimité presque impossible au milieu des Plaines.

Here Comes the River, au cœur de l’émotion

C’est pendant Here Comes the River que cette émotion est devenue particulièrement visible. Dans le public, certains visages se sont fermés, d’autres se sont embués. Des festivaliers se sont enlacés, comme si la chanson venait toucher une histoire qu’eux seuls pouvaient comprendre. D’autres demeuraient immobiles, entièrement absorbés par ce qui se déroulait devant eux.

Au milieu de la foule, le trampoline qui intriguait depuis le début de la soirée a enfin révélé sa fonction. Un acrobate y a présenté un numéro spectaculaire, s’élevant dans les airs avant de retomber et de reprendre son mouvement. Son corps semblait lutter avec la gravité, disparaissant puis réapparaissant au-dessus des têtes.

Associée à la musique de Patrick Watson, cette performance aérienne ajoutait une nouvelle dimension à la chanson. La scène, le public et l’acrobate ne formaient plus qu’un seul tableau.

Il était difficile de savoir où regarder : vers Patrick Watson et ses musiciens, vers la silhouette qui surgissait dans les airs ou vers les visages bouleversés autour de nous.

Un silence qui en rappelait un autre

La dernière fois que nous avions vu les Plaines atteindre un tel degré d’attention, c’était en 2024, devant Alexandra Stréliski. La pianiste avait elle aussi réussi à transformer ce lieu gigantesque en un espace profondément intime.

Deux ans plus tard, Patrick Watson accomplissait à son tour ce rare exploit : faire taire les Plaines sans jamais avoir à leur demander le silence.

Et ça, au Festival d’été de Québec, c’est presque plus impressionnant qu’un mur de flammes.

Entouré de son orchestre, Patrick Watson a également accueilli les invités de sa Carte blanche : La Force, Martha Wainwright, Hohnen Ford, Simon Angell, Klô Pelgag et Les Louanges.

Les artistes entraient dans l’univers de Watson avec naturel, enrichissant les arrangements et les harmonies tout en apportant leur propre sensibilité.

Patrick Watson a, en quelque sorte,  apprivoisé les plaines. Même dans les moments les plus imposants visuellement, l’émotion demeurait au centre de tout. Au terme de cette Carte blanche, il restait l’impression d’avoir vécu quelque chose de précieux : un spectacle capable de réunir une foule immense tout en donnant à chacun la sensation que certaines chansons lui étaient personnellement destinées.

Klô Pelgag, fabuleuse sans en faire trop

Avant la douceur de Patrick Watson, Klô Pelgag avait déjà fait entrer les Plaines dans un monde où tout pouvait arriver.

Elle a lancé un petit « Salut Québec! » tout tranquille, sans grand cri ni entrée tonitruante. Un salut simple, et absolument adorable. Elle n’avait de toute façon pas besoin d’en faire davantage. Dès les premières minutes, son imagination allait prendre toute la place.

Accompagnée de ses musiciens, Klô Pelgag évoluait au milieu de plusieurs pianos mobiles. Les instruments étaient déplacés continuellement sur la scène, comme si leur disposition répondait à l’humeur du moment. Les artistes jouaient parfois à distance les uns des autres, avant de rapprocher les pianos et de former un petit groupe au centre.

La scène se transformait ainsi au fil des chansons. Rien ne semblait définitivement installé. Les musiciens construisaient leur environnement pendant le spectacle, avec une liberté qui donnait à l’ensemble un caractère vivant.

Le regard de Bébé Kiwi

L’un des moments les plus tendres est survenu lorsque Klô Pelgag a invité sa fille, surnommée Bébé Kiwi, à venir chanter avec elle la chanson qu’elle lui a dédiée.

Caméra en main, la petite filmait sa maman pendant que les images étaient projetées en direct sur les écrans géants. Le public découvrait l’artiste momentanément à travers le regard de sa fille.

La scène était touchante, spontanée et franchement trop mignonne. Ce petit dispositif apportait une intimité étonnante au milieu d’une production aussi imposante. Durant quelques instants, la grande Scène Bell ressemblait presque à un album de famille ouvert devant des milliers de personnes.

Mais Klô Pelgag n’allait évidemment pas passer toute sa prestation sagement installée derrière ses instruments. À un autre moment, elle est montée sur les épaules d’un membre de la sécurité et s’est faufilée au milieu de la foule tout en continuant d’interpréter sa chanson. Perchée au-dessus des festivaliers, elle avançait entre les spectateurs avec un naturel presque déconcertant. Avec elle, même les idées les plus improbables semblent parfaitement logiques.

Klô Pelgag a également remercié le Festival d’été de Québec pour son invitation, en rappelant avec humour les circonstances de sa dernière participation. En 2012, elle s’était produite au carré d’Youville à 13 h. Cette fois, elle se retrouvait sur la Scène Bell.

« On a upgradé! », a-t-elle lancé en riant.

Le public a évidemment accueilli la remarque avec beaucoup d’enthousiasme. Le changement d’échelle était considérable, mais Klô Pelgag conservait cette simplicité qui rend sa présence si attachante.

Visuellement inventive, musicalement généreuse et toujours un peu imprévisible, elle a quitté la scène sous une impressionnante vague d’applaudissements. Un succès amplement mérité pour une artiste qui réussit à créer un univers spectaculaire sans jamais perdre sa proximité avec le public.

Bertrand Belin, les mots jusque dans les gestes

En ouverture de soirée, Bertrand Belin a installé une ambiance bien différente.

Sa voix grave pouvait parfois rappeler celle d’Alain Bashung, particulièrement dans sa manière de laisser les mots s’étirer et de faire vivre les silences. Mais Bertrand Belin possède un langage scénique bien à lui.

Il semblait complètement immergé dans son propre monde, légèrement perché, mais toujours fascinant à observer. Chez lui, les mots ne s’arrêtent pas au texte. Ils se prolongent dans tout son corps.

Ses mains, ses bras, son regard et ses changements de posture accompagnaient continuellement les chansons. Tantôt immobile et presque détaché, tantôt les bras largement ouverts ou le corps renversé, il donnait l’impression de modeler physiquement chaque phrase.

« Si vous partez en transe avec nous, vous pourrez passer un bon moment », a-t-il lancé aux festivaliers.

L’invitation résumait parfaitement sa proposition. Pour apprécier Bertrand Belin, il fallait accepter d’entrer dans sa bulle, de suivre ses détours et de ne pas chercher à tout expliquer.

Il joue avec les mots, leurs sonorités et les images qu’ils font naître. Sa gestuelle devient alors une autre forme de langage, parfois théâtrale, parfois étrange, mais toujours profondément liée à son interprétation.

Sans mise en scène démesurée, Bertrand Belin a réussi à imposer une entrée en matière atypique et intrigante, idéale pour ouvrir une soirée consacrée à des artistes capables de repousser les frontières entre la chanson, l’image et le spectacle vivant.

Auteure et photographe : Sandra Esteves

Shinedown livre une soirée explosive à Québec @ Centre Vidéotron

Shinedown + Coheed and Cambria + From Ashes to New

Alors que le Festival d’été de Québec battait son plein à quelques kilomètres de là, un autre imposant rendez-vous rock faisait vibrer la capitale. Au Centre Vidéotron, les amateurs avaient choisi de retrouver Shinedown, accompagné de Coheed and Cambria et From Ashes to New, pour une soirée où les flammes, les détonations se sont succédé sans temps mort.

Dès les premières minutes, une chose était certaine : personne n’était venu pour rester tranquillement assis.

Avant même l’entrée en scène de Shinedown, un étrange personnage coiffé d’un téléviseur s’est chargé de maintenir la température dans la salle avec ses deux comparses. Une façon plutôt originale d’occuper l’espace entre les prestations et de préparer le public à une production qui ne comptait manifestement pas miser sur la discrétion.

Les premières notes de Safe and Sound ont ensuite retenti.

Les flammes ont jailli, les détonations ont résonné et les membres de Shinedown sont apparus directement au cœur de l’amphithéâtre. Brent Smith, Zach Myers et Josh Sturm avaient chacun pris position à une extrémité de l’immense passerelle qui traversait le parterre.

Une entrée spectaculaire qui donnait immédiatement l’impression que la scène principale ne constituait qu’une partie du terrain de jeu.

La production était en effet construite autour de deux espaces reliés par une longue passerelle : la scène principale et une seconde scène installée au milieu du parterre, permettant aux musiciens d’évoluer au plus près des spectateurs et de se présenter à toutes les sections de l’amphithéâtre.

Tout au long du concert, les membres du groupe ont circulé entre ces deux scènes, multipliant les déplacements et les interactions afin que personne ne se sente oublié.

Après Safe and Sound, Devour et Diamond Eyes (Boom-Lay Boom-Lay Boom) ont rapidement installé la force de frappe de Shinedown. Entre les projections lumineuses, la pyrotechnie et l’énergie des musiciens, le spectacle prenait déjà des allures de véritable production d’aréna.

Après Diamond Eyes, Brent Smith a demandé aux spectateurs de se présenter aux personnes installées autour d’eux. Le chanteur a lui-même donné l’exemple en se dirigeant vers l’extrémité de la passerelle pour aller saluer des mains dans la foule et serrer la main de plusieurs agents de sécurité.

Un détail qui résumait bien l’intention de la soirée : créer un lien réel avec le public, malgré les dimensions imposantes du lieu.

Après How Did You Love, Brent Smith a pris un long moment pour s’adresser au public avant d’interpréter Three Six Five.

Le chanteur a invité chacun à penser à une personne importante qui n’était plus présente pour vivre ce moment à ses côtés. En quelques secondes, l’atmosphère du Centre Vidéotron a complètement changé.

Le public est demeuré debout pendant toute la chanson. Dans les gradins, certains se sont rapprochés, d’autres ont levé leur téléphone, tandis que plusieurs semblaient simplement se laisser traverser par l’émotion.

Au milieu d’un spectacle dominé par les flammes et la puissance sonore, cette parenthèse de recueillement a créé l’un des moments les plus touchants de la soirée.

Le contraste a été immédiat avec Devil, qui a ramené la pyrotechnie explosive sur scène. Quelques minutes plus tard, Searchlight a de nouveau transformé l’amphithéâtre, cette fois grâce aux centaines de téléphones allumés dans la salle.

Avec Enemies, Brent Smith a clairement fait comprendre au public qu’il était temps de bouger.

Le chanteur a encouragé les spectateurs à danser, à sauter et à abandonner leurs sièges. Dans les gradins, il n’a pas fallu beaucoup d’insistance : presque tout le monde s’est rapidement retrouvé debout.

Un solo de batterie a ensuite fait monter la tension d’un cran. À la demande du chanteur, le public s’est mis à applaudir en rythme, pendant que Brent Smith se préparait lui-même à bondir.

« On n’est pas à la bibliothèque ici! », a-t-il lancé. L’invitation a été entendue.

Quelques secondes plus tard, le Centre Vidéotron sautait à l’unisson. Les gradins vibraient, la foule criait et l’énergie semblait circuler d’un bout à l’autre de l’amphithéâtre.

La bibliothèque pouvait officiellement fermer ses portes pour la soirée.

L’ambiance s’est ensuite adoucie lorsque les musiciens ont rejoint la scène installée au milieu du parterre pour interpréter Call Me.

Une batterie plus compacte avait été placée à quelques mètres des spectateurs, tandis qu’une immense boule à facettes suspendue au-dessus de la scène reflétait la lumière dans toute la salle.

Malgré les milliers de personnes présentes, cette portion du concert donnait presque l’impression d’assister à un spectacle acoustique dans une salle beaucoup plus petite.

The Crow & the Butterfly, Misfits et If You Only Knew ont également été interprétées depuis cette scène centrale.

Entre deux chansons, Brent Smith a remercié les spectateurs d’avoir choisi de venir voir Shinedown, alors que l’offre de spectacles était particulièrement abondante à Québec en pleine période du FEQ. Il a également assuré au public que le groupe ne mettrait pas quatre années avant de revenir dans la capitale. Le chanteur s’est même amusé à interpréter quelques lignes d’une chanson de Shaggy, pendant que Zach Myers prenait place derrière un clavier.

Cette portion plus dépouillée a permis au groupe de montrer un autre visage, plus chaleureux et plus proche du public, sans perdre l’intensité qui avait marqué le début du spectacle.

Après un retour sur la scène principale avec Fly from the Inside et Young Again, Shinedown a poursuivi avec A Symptom of Being Human, accompagnée une fois encore par les lumières des téléphones.

Brent Smith a alors pris la parole afin de parler de City of Hope, un organisme qui soutient notamment la recherche et les traitements contre le cancer. Dans le cadre de cette tournée, un dollar provenant de chaque billet vendu est remis à l’organisme.

Le chanteur a rappelé que chaque contribution, même petite, pouvait faire une différence.

Dans une salle de cette taille, il était impossible de ne pas penser aux personnes touchées de près ou de loin par la maladie.

Mes pensées sont allées vers des amis présents dans l’amphithéâtre qui traversent actuellement une période particulièrement difficile, alors que l’une d’entre eux combat le cancer. J’ai également pensé à ma belle amie Hélène Verret, photographe pour BLVD, qui nous a quittés récemment.

Au milieu du bruit, des effets et de la démesure, ce moment a soudainement pris une résonance beaucoup plus personnelle.

Une finale sans ralentissement

La dernière portion du spectacle a ramené toute la puissance de Shinedown.

Cut the Cord et Monsters ont fait chanter la salle, avant que la reprise de Simple Man, de Lynyrd Skynyrd, ne crée un autre grand moment collectif.

Puis Sound of Madness a provoqué une ultime décharge d’énergie. Les flammes ont de nouveau jailli, les détonations ont secoué l’amphithéâtre et le public a donné ce qu’il lui restait de voix.

Second Chance est finalement venue refermer la soirée sur une note plus émotive.

Avec ses deux scènes, ses passerelles, sa pyrotechnie et ses musiciens constamment en mouvement, Shinedown a livré une production spectaculaire. Pourtant, derrière toute cette démesure, le groupe a surtout réussi à créer une étonnante proximité avec son public.

Pendant que Québec vibrait au rythme du Festival d’été, le Centre Vidéotron vivait lui aussi l’une des grandes soirées rock de l’été.

Des premières parties contrastées

L’ordre de passage a été modifié à la dernière minute. Coheed and Cambria, qui devait initialement ouvrir la soirée, a finalement laissé cette responsabilité à From Ashes to New.

Le changement n’a toutefois rien enlevé à l’intensité du début de soirée.

From Ashes to New a rapidement donné le ton avec son mélange énergique de rap, de rock et de métal moderne. La complémentarité entre les chanteurs Matt Brandyberry et Danny Case apporte une dynamique efficace aux compositions du groupe.

Avant Barely Breathing, Matt Brandyberry a livré un message sur l’importance de croire en ses rêves, de continuer malgré les critiques et de ne pas laisser les intimidateurs définir notre valeur. Une prise de parole rassembleuse, parfaitement en accord avec l’énergie combative de la formation.

Coheed and Cambria a ensuite proposé un univers musical beaucoup plus progressif et complexe. Porté par la voix reconnaissable de Claudio Sanchez, le groupe a multiplié les changements de rythme, les passages instrumentaux et les sonorités naviguant entre rock progressif, métal et post-hardcore.

Le moment le plus spectaculaire de leur prestation est survenu pendant Welcome Home, lorsque Claudio Sanchez a sorti sa guitare à deux manches, provoquant immédiatement une forte réaction dans la salle.

Deux premières parties très différentes, mais qui auront chacune préparé le terrain à leur manière avant l’arrivée explosive de Shinedown.

Auteure et photographe : Sandra Esteves

Alexisonfire + Billy Talent : vingt ans de furie punk au Centre Bell @ Montréal

Le vendredi 17 juillet est la date (tant attendue) du show de Alexisonfire et Billy Talent dans le cadre de leur tournée conjointe Twenty years in the making. Cette tournée célèbre les 20 ans de leurs albums respectifs, Crisis pour Alexisonfire et Billy Talent II pour la formation éponyme.

La soirée débute à l’extérieur du Centre Bell, là ou des amis se rassemblent, s’attendent, discutent en groupe dans la rue, pendant que d’autres entrent dans l’aréna qui bourdonne. Comme pour ajouter à la nostalgie ambiante, cet événement nous a fait recroiser certains amis et connaissances avec qui on a déjà partagé des bouts de soirées jadis, ce qui ajoute à notre excitation pré-spectacle. Au coup de 18 h 50, les groupes d’amis se séparent et chacun se dirige son siège dans la salle de concert.

C’est avec la musique punk rock du groupe montréalais FAZE que le spectacle débute. En guise de décor, le band propose une animation par chanson, ce qui est assez professionnel et bienvenue de la part d’un band de première partie. Le groupe nous fait penser par à-coups aux sonorités des Ramones, et son chanteur revêt un look qui mélange Kurt Cobain (Nirvana) à Bert McCracken (The Used), et qui dégage l’énergie d’un Brendan Yates (Turnstile). La formation propose des chansons au tempo ultra rapide et ça réchauffe bien la foule. Au parterre, au bout de quelques chansons, on voit un pit se former à l’avant de la scène. Pour un groupe punk local, assez tight sur le tempo, qui a de l’énergie à revendre, FAZE fait bien le travail, on recommande.

Vers 20 h, Alexisonfire, monte sur les planches sous un tonnerre d’applaudissements. La formation canadienne entame avec la première piste sur l’album Drunks, Lovers, Sinners and Saints, chanson idéale pour débuter un spectacle de façon dynamique. Le band présente lui aussi une énergie explosive. On sent qu’ils avaient hâte de retrouver leurs fans et de partager la musique de ce disque si spécial pour eux. Sans surprise, un pit est déjà formé dès la première chanson et celui-ci fait environ dix fois la taille de celui pour FAZE, avalant la foule vers l’arrière au fur et à mesure que la chanson progresse. L’énergie dans la salle est palpable et j’ai rarement eu aussi chaud lors d’un concert au Centre Bell : ça bouge de partout. Lors de Mailbox Arson, un immense circle pit se dessine et dévore la moitié des gens qui se trouvent au parterre.

Le temps de reprendre mon souffle après Boiled Frogs et We are the Sound, j’observe les gradins de ma section, dont les spectateurs des rangées AA à F sont entièrement assis (me laissant une vue impeccable du stage, merci !), et je me mets à éplucher cette foule plus attentivement. J’y constate une majorité de personnes aux barbes grisonnantes, aux cheveux couleur poivre et sel et je me passe la réflexion que ce soit ce public ne peut supporter d’être sur ses pieds pendant plus d’une heure, soit ce sont des fans venus supporter uniquement Billy Talent. Je sens que je détonne un peu à force de sauter, crier et gesticuler debout dans ma rangée, mais un spectacle commémoratif comme ça, tu vas rarement en vivre et chaque second mérite d’être savourée : tant pis pour les personnes derrière moi, elles n’ont qu’à se lever à leur tour.

Alors que les notes inquiétantes de You Burn First résonnent, Dallas Green nous encourage à sortir téléphones et briquets pour illuminer l’aréna et ça provoque une ambiance magique, avant que la chanson n’atteigne l’apogée de son crescendo et que ça explose au parterre. Avant de poursuivre avec la piste Crisis, le chanteur George Pettit nous indique qu’il est sincèrement touché de notre soutien envers son groupe de « weird psychopaths » et après avoir remercié Billy Talent de bien vouloir partager le stage avec eux, George nous lance un « Merci beaucoup ! » bien senti.

Au début de To a Friend, un simple jet de lumière éclaire Dallas, qui nous berce a capella de sa voix exceptionnellement mélodieuse, en nous surprenant avec le refrain en début de piste. J’espère sincèrement que la gang de spectateurs assis dans les rangées plus basses ont eu autant de frissons que moi, car si ce moment n’a pas suffit à les convertir en fans, ils n’ont tout simplement rien compris à la beauté d’Alexisonfire. Vient ensuite la chanson qui clôt l’album, Rough Hands, une piste que j’attendais grandement et qui, à la fois, me rend émotive, car je sais qu’elle marque la fin de leur prestation. C’est les larmes aux yeux et en détruisant ma voix que je scande « All my bones are dust, and my heart’s sealed with rust », avec une étrange appréhension au ventre, me passant la réflexion que c’est vraiment trop emo pour qu’ils nous quittent après cette ultime piste, comme si mon monde allait s’effondrer. Mais c’est justement là la beauté d’un moment encapsulé dans le temps : fallait y être et le vivre en savourant chaque seconde, peut importe ton état de santé et tes tracas du quotidien, afin de laisser la musique guérir tout ce qui chambranle en dedans de toi, depuis (peut-être) deux dernière décennies.

C’est sous un « Olé Olé Olé » qu’Alexisonfire revient en force sur la scène, à mon grand soulagement. Wade McNeil, guitariste et chanteur du groupe, prend parole et nous souligne que cela fait 2 ans qu’il est établi à Montréal et que la meilleure poutine se trouve au Orange Julep. Bien qu’on entende des réactions mixtes, un massif « Bouh ! » domine, signe que les montréalais ne sont pas en accord avec son choix (et avec raison, vive la Banquise). Au tour de Dallas de prendre la parole et celui-ci nous dit qu’il y a deux jours, Chris Steele, bassiste du band, fêtait son anniversaire. Dallas nous propose qu’on lui souhaite bonne fête, dans la langue de l’on préfère, et un imposant chant de Bonne fête en français s’adresse à Chris, alors que celui-ci sert un à un ses amis et collègues dans ses bras.

En guise de rappel, la formation joue d’abord Accidents de l’excellent album Watch Out! (2004) et c’est à ce moment que ma section se lève debout (il était temps !). Le groupe poursuit avec son plus récent single Sweet Dreams of Otherness (2022) et clos avec l’explosive Young Cardinals (2009), qui aura été de loin la chanson ayant le plus remué la foule. Le band nous dit qu’il nous reverra l’an prochain sans faute, puisqu’il nous promet un nouveau disque avant 2027 ! C’est donc la tête pleine d’espoir que je m’en vais me revigorer et discuter avec mes amis de la solide perfo qu’on vient de vivre. Quel privilège absolu que de faire l’expérience d’un excellent album en live, dans son entièreté et sans omission !

À 21 h 45, la performance de Billy Talent s’amorce avec la projection d’un compte à rebours passant progressivement de 2026 à 2006. Dès le début de l’animation, ma section au complet est debout, sur le qui-vive. Ian D’Sa, guitariste du groupe, entame les premières notes de Devil in a Midnight Mass, puis quand le drum et la basse se joignent au party, tous les écrans de la scène s’allument pour projeter le design de la pochette de Billy Talent II, pendant que Ben Kowalewicz pousse le fameux cri qui entame le disque. On remarque que la foule est un peu plus animée pour Billy Talent qu’elle ne l’était pour Alexisonfire.

La seconde chanson jouée est – sans surprise – Red Flag et on doit souligner que ça fait bizarre d’entendre cette chanson si tôt dans le pacing, puisque c’est un énorme single et une chanson qui lève beaucoup : lors de précédents concerts de Billy Talent, Red Flag est parfois jouée en tant que rappel ! Heureusement, la foule était bien réchauffée et elle était prête. Plusieurs personnes font du crowd surfing en brandissant des drapeaux rouges et ça bardasse au parterre. S’ensuivent deux chansons que la formation ne joue pratiquement jamais (mes deux préférées de l’album), This Suffering et Pins and Needles. Quel moment jouissif que d’entendre des chansons qui sont souvent délaissées en prestation live ! Je me pinçait très fort, savourant la chance que j’ai de vivre cette soirée, encore une fois. Soulignons que le groupe n’a pas perdu une once de son énergie d’antan et les harmonies sont tout autant spectaculaires qu’au début de leur carrière.

Après la piste, Ben nous dit à quel point il est reconnaissant d’avoir la chance de performer dans sa ville natale et nous remercie sincèrement de participer à cette soirée et de continuer de donner de l’importance à ce disque, 20 ans plus tard. La formation poursuit avec Fallen Leaves au grand plaisir de tous et enchaîne avec Where Is the Line?, chanson durant laquelle ont assiste à un montage vidéo du groupe qui la performe à travers les années, en parfaite harmonie avec la piste jouée en direct sous nos yeux. C’est émouvant, c’est touchant, impossible de ne pas être nostalgique et de ne pas ressasser nos souvenirs de précédentes occasions où on a assisté à un de leurs concerts.

Pour ma part, ce soir c’était la quatrième fois que je voyais Billy Talent dans le Centre Bell, et ma neuvième fois de les voir en prestation au total. Je me replonge au mois de février 2007, alors que j’approche mes 14 ans et que j’ai la permission d’aller à mon premier concert sans parents et que pour 24 $, je suis installée dans la section rouge au Centre Bell avec mes amis du secondaire, pour mon premier show de Billy Talent, émerveillée au delà de toute espérance. C’est avec les mêmes étoiles dans les yeux (et avec un anglais beaucoup plus décent) que je scande aujourd’hui les paroles d’un de mes disques préférés. La formation poursuit avec la douce Surrender, qui explose en intensité lors du bridge et la masse de gens au parterre laisse comprendre au band que même si la chanson se veut une ballade, elle est tout autant appréciée que les autres singles.

Après Sympathy, Ben nous souligne que le groupe travaille présentement sur un tout nouveau disque et qu’il reviendra assurément performer à Montréal. Après 33 ans, le rock de Billy Talent est tout aussi original et poignant, Ian revêt encore sa chemise noire avec son emblématique cravate rouge et Ben ne se gêne pas pour pousser tous les cris gravés dans leur discographie, bien qu’il les tienne un peu moins longtemps (on ne lui en tient pas rigueur, Ben a maintenant 50 ans !). Après avoir joué les dernières notes de Burn the Evidence, on est fébrile : on sait que le disque est fini. À quoi aura-t-on droit en guise de rappel ? Les autres succès de Billy Talent par lesquels le groupe a clos un spectacle sont généralement Try Honesty ou River Below, mais la formation compte à ce jour 6 albums et on sait que la sélection de pistes pour un rappel a dû être complexe.

C’est après un « Olé Olé Olé » bien scandé que le groupe revient sur scène et nous offre Rusted From the Rain (2009), chanson qui est fort appréciée. Au parterre, tout le monde offre le peu d’énergie qui lui reste après ces 4 heures de spectacle. Vient ensuite Reckless Paradise (2022) et on retourne à nouveau sur l’album Billy Talent III (2009) avec Devil On my Shoulder. Durant la chanson, on remarque à peine qu’un tech discute avec le drummer (il semblerait y avoir un souci au niveau du drum), car tous les yeux sont rivés vers Ian qui nous offre le meilleur solo de guitare de toute la soirée, qui est complètement captivant, enivrant, nous rappelant à quel point cet homme est un prodige avec son instrument. Ben renchérit en nous faisant chanter à répétition les « over and over » du bridge, jusqu’à ce que la chanson explose et que tout le monde se rentre dedans au parterre.

L’ultime piste performée sera la chanson la plus dynamique de l’album Dead Silence (2012) : Viking Death March. Je vois plusieurs personnes de ma section quitter durant la chanson, ce qui est très dommage car elle est tout aussi explosive que Red Flag. Tant pis pour eux, plus de place pour moi pour sauter et dépenser l’énergie qui me reste !

En sortant du Centre Bell, je suis comblée. Quel merveilleux alliage que de joindre la musique de Billy Talent et celle d’Alexisonfire. Ce qui est curieux, c’est qu’aucun des deux groupes n’ait joué de chansons de leur premier opus. C’est comme si les groupes prennaient position sur l’aspect nostalgique de leur discographie : comme si c’était à la fois une célébration des 20 ans de leurs albums, mais aussi une manière de tourner la page sur ce qui a été produit auparavant, plaçant l’attention des fans vers les prochains disques à venir. C’est un poétique message que de nous faire comprendre que le futur s’écrit au présent, à chaque jour et à chaque heure qui passe, et que bien qu’on ait déjà hâte à leur prochaine tournée, on sait que le plus important, c’est de vivre maintenant, dans le moment présent.

Journaliste: Laurence Daoust

Photographe: Alex Guay

Place George-V : une soirée qui n’avait rien à envier aux Plaines @ Québec

Les Louanges + Haute & Freddy + Bricknasty + Hélène Barbier + Nectar Palace

Alors que les Plaines d’Abraham accueillaient les grands noms de cette quatrième soirée du Festival d’été de Québec, la Place George-V proposait une programmation aussi éclectique que surprenante. D’une prestation à l’autre, le public est passé d’une ambiance contemplative à une véritable explosion d’énergie, démontrant une fois de plus que les plus belles découvertes du FEQ se cachent parfois sur les scènes secondaires.

Le coup d’envoi est donné par Nectar Palace, qui livre une prestation dynamique et rafraîchissante. Avec son énergie communicative et ses mélodies accrocheuses, le groupe séduit rapidement les premiers festivaliers venus profiter de cette fin d’après-midi estivale. Une très belle découverte qui donne immédiatement le ton à la soirée.

L’atmosphère change ensuite avec Hélène Barbier. Sa musique, teintée de sonorités psychédéliques, installe un climat beaucoup plus contemplatif. Portée par une voix aérienne et accompagnée de ses musiciens, elle demeure presque immobile derrière son micro, sa guitare en bandoulière, laissant toute la place à ses chansons. Devant la scène, le public écoute attentivement. Quelques festivaliers esquissent même de timides pas de danse, bercés par cette proposition musicale tout en douceur.

L’intensité monte d’un cran avec Bricknasty. La foule s’épaissit devant la scène, séduite par le talent du groupe et la qualité de ses interprétations. L’accueil est si chaleureux que les musiciens profitent des quelques minutes qu’il leur reste pour offrir une ultime chanson, une petite surprise qui fait le bonheur d’un public qui en redemandait.

Puis arrive sans doute la révélation de la soirée, et même mon plus grand coup de cœur de cette 58e édition du FEQ jusqu’à présent : Haute & Freddy.

Difficile de rester indifférent devant cet univers complètement déjanté où se rencontrent électro-pop, rock, théâtralité et esthétique circassienne. Dès les premières minutes, le duo entraîne le public dans un spectacle aussi musical que visuel. Plusieurs festivaliers jouent même le jeu en arborant des costumes d’arlequin ou des tenues à l’esthétique très britannique, rappelant autant les années 80 que 90.

Impossible de quitter Haute des yeux. Véritable comédienne autant que chanteuse, elle transforme chacune de ses chansons en numéro de théâtre, multipliant les grimaces, les mimiques et les expressions les plus improbables. Loin d’avoir peur du ridicule, elle en fait sa plus grande force et captive instantanément le public.

Le duo offre également une excellente reprise de Let’s Dance de David Bowie, une chanson qui semble avoir été écrite pour leur univers flamboyant. Le public embarque immédiatement dans cette version festive, avant d’exploser une dernière fois lorsque résonnent les premières notes de Shy Girl, leur chanson de clôture.

L’accueil réservé au duo est tout simplement phénoménal. Après leur dernier morceau, Haute & Freddy descendent de scène pour aller à la rencontre des premiers rangs, serrant des mains et distribuant quelques setlists à leurs admirateurs. Puis, fidèles à leur univers complètement décalé, ils offrent un ultime clin d’œil au public : sur une musique de cirque, ils improvisent quelques clowneries avant de quitter la scène en gambadant, déclenchant les rires et une longue ovation.

Révélé notamment grâce aux titres Scantily Clad, Anti-Superstar et Shy Girl, le duo, nommé parmi les Spotify Artists To Watch 2026, confirme qu’il possède une identité artistique aussi unique qu’attachante.

La soirée se conclut avec Les Louanges, dont la venue était visiblement très attendue. Avant même que Vincent Roberge n’apparaisse, les musiciens prennent tranquillement place sur scène tandis que résonnent les premières notes d’Alouette. Puis, depuis les coulisses, le chanteur entonne le début de la chanson. Instantanément, la foule reprend chaque parole à l’unisson. Les cris deviennent assourdissants et les festivaliers scandent à plusieurs reprises « Lou! Lou! », réclamant leur artiste avant même son entrée sur scène.

À peine arrivé, Vincent Roberge lance en souriant :

« Ce soir, c’est nous tous qui faisons le show… on va mettre le FOMO aux Plaines! »

Une phrase qui déclenche immédiatement les applaudissements et donne le ton à une prestation placée sous le signe de la complicité.

L’enthousiasme ne retombera jamais. Entre plusieurs chansons, les « Lou! Lou! » reprennent de plus belle, témoignant de la connexion évidente entre le groupe et son public.

Le spectacle s’enchaîne ensuite avec une aisance remarquable. Le duel amical entre Vincent Roberge et le saxophoniste Félix Petit sur Promis juré donne rapidement le ton. Le groove contagieux de Qu’est-ce que tu m’fais, l’intensité de Goddamn et l’énergie dansante de Correct font progressivement monter la température devant la scène. Un électrisant solo de guitare vient ensuite couronner Tercel, arrachant une nouvelle salve d’applaudissements.

En rappel, Les Louanges offrent La nuit est une panthère, transformant la Place George-V en immense chœur à ciel ouvert. Des centaines de voix accompagnent Vincent Roberge jusqu’aux dernières paroles, concluant cette quatrième soirée dans une ambiance de communion parfaite entre les musiciens et leur public.

Cette quatrième soirée à la Place George-V aura une fois de plus démontré toute la richesse de la programmation du Festival d’été de Québec. Entre les prestations tout en douceur d’Hélène Barbier, l’énergie de Bricknasty, la folie assumée de Haute & Freddy et la communion offerte par Les Louanges, les festivaliers auront vécu un véritable voyage musical.

Et s’il fallait retenir une seule découverte de cette soirée, Haute & Freddy s’imposent sans hésitation comme le coup de cœur. Le genre de groupe que l’on ne connaissait pas une heure plus tôt… et dont on repart avec l’envie de suivre la carrière.

Auteure et photographe : Sandra Esteves

La malédiction est enfin levée : la soirée latino fait danser les Plaines 11 Juillet 2026 @ FEQ (Québec)

Luis Fonsi + Aria Vega + Cruzito

Il y a parfois des soirées qui semblent poursuivies par le mauvais sort. Les spectacles latinos du Festival d’été de Québec en savent quelque chose. En 2022, un violent orage avait forcé l’annulation du spectacle très attendu de Luis Fonsi. L’année dernière, c’est Cruzito qui avait vu sa prestation écourtée par une météo tout aussi capricieuse. Cette fois, la malédiction semblait enfin appartenir au passé.

Sous un soleil radieux et une chaleur digne des plus belles destinations du Sud, les Plaines d’Abraham se sont transformées en immense piste de danse où les rythmes latins ont réuni des milliers de festivaliers venus profiter d’une soirée qui, enfin, allait pouvoir se dérouler jusqu’à la dernière note.

Le premier à monter sur scène est Cruzito, et l’on comprend rapidement que cette soirée dépasse le simple cadre d’un concert. Devant la scène Bell, les premiers rangs se parent des couleurs de plusieurs pays d’Amérique latine. Des drapeaux de la Colombie, du Mexique et de la République dominicaine flottent fièrement au-dessus d’une foule venue célébrer autant sa culture que la musique.

Né au Québec, mais fier de ses racines latino-américaines, Cruzito revendique pleinement cette double identité. Son chandail affiche d’ailleurs un message qui résume parfaitement son parcours : « Un Québécois dans le cœur, un Latino dans le sang !!! » Une phrase qui semble trouver écho auprès des nombreux festivaliers rassemblés devant la scène.

Alternant ses propres chansons et quelques reprises bien connues, l’artiste réussit rapidement à transformer les Plaines d’Abraham en une immense piste de danse. Son énergie est communicative, tout comme sa proximité avec le public, qui chante, danse et répond à chacune de ses interventions.

L’un des moments les plus touchants du spectacle survient lorsqu’il invite sa choriste, qui est également sa conjointe, à partager un duo empreint de complicité. Plus tard, un autre artiste invité vient se joindre à la fête, ajoutant une nouvelle dose d’énergie à une prestation déjà particulièrement rassembleuse.

Pendant ce temps, devant la scène, un phénomène devenu presque une tradition au FEQ reprend de plus belle. Les festivaliers ne se contentent plus de danser : ils se propulsent littéralement dans les airs, exécutant d’impressionnantes figures acrobatiques avant d’être rattrapés par la foule. Un spectacle aussi surprenant que photogénique qui contribue à l’ambiance festive de cette première partie de soirée.

La scène accueille ensuite Aria Véga, et il ne lui faut que quelques minutes pour conquérir les Plaines. Souriante du début à la fin, la chanteuse déborde d’énergie et entraîne rapidement les festivaliers dans son univers. Entourée de ses danseuses, elle enchaîne les morceaux festifs avec une aisance remarquable, portée par une voix puissante et une présence scénique lumineuse.

Entre deux chansons, elle s’adresse principalement au public en espagnol avant de tenter quelques mots en français, un geste accueilli avec enthousiasme. Chaque interaction trouve un écho immédiat dans la foule, qui répond présente en chantant, en applaudissant et en dansant au rythme de ses chansons. L’ambiance devient rapidement contagieuse, tant sur scène que dans les premiers rangs.

La complicité entre Aria Véga et ses danseuses est également palpable. Les sourires, les regards échangés et l’énergie collective donnent au spectacle un caractère chaleureux. Même au moment de quitter la scène, son enthousiasme demeure intact. Aria Véga s’éclipse en sautillant vers les coulisses, un immense sourire aux lèvres, visiblement touchée par l’accueil que lui ont réservé les festivaliers. Une sortie spontanée et pleine de fraîcheur qui résume parfaitement son passage au Festival d’été de Québec.

Lorsque Luis Fonsi apparaît enfin sur la scène Bell, les Plaines d’Abraham sont remplies à craquer. Des milliers de festivaliers sont venus célébrer avec celui qui a offert au monde certains des plus grands succès de la musique latino.

Cette fois, la météo n’avait rien à voir avec la chaleur qui envahissait les Plaines. Dès les premières chansons, de gigantesques colonnes de flammes jaillissent de l’avant-scène, ajoutant une dimension spectaculaire à une soirée qui portait décidément bien son qualificatif de caliente.

L’ambiance démarre avec enthousiasme, mais l’intensité fluctue au fil du spectacle. L’artiste choisit de mettre de l’avant plusieurs chansons de son répertoire plus récent, un choix artistique qui semble laisser une partie du public sur son appétit. Beaucoup espéraient retrouver plus rapidement les grands succès qui l’ont rendu célèbre à travers le monde.

Il faudra attendre les derniers instants de la soirée pour entendre Despacito. Dès les premières notes, les téléphones s’élèvent, les voix se joignent à celle de l’artiste et les Plaines retrouvent instantanément toute leur effervescence. Ce moment, attendu depuis le début du spectacle, offre une conclusion festive.

Après plusieurs éditions marquées par des orages venus bouleverser les soirées latines du FEQ, cette troisième journée aura finalement offert tout ce que les festivaliers attendaient : du soleil, des sourires, de la danse… et une immense fiesta qui a duré jusqu’à la toute dernière chanson.

Auteure et photographe : Sandra Esteves

Le thrash reprend ses droits à la Place George-V 11 Juillet 2026 @ FEQ (Québec)

Testament + Municipal Waste + B.A.R.F + Basterds + Chaos Wasteland

Pendant que les Plaines d’Abraham s’apprêtaient à vibrer au rythme de la musique latine, la Place George-V devenait le terrain de jeu des amateurs de thrash metal. Une programmation sans compromis qui réunissait Chaos Wasteland, Basterds, B.A.R.F., Municipal Waste et Testament.

J’ai amorcé cette troisième journée du FEQ devant la scène de la Place George-V afin d’assister aux prestations de Chaos Wasteland et de Basterds, avant de me diriger vers les Plaines d’Abraham pour couvrir la soirée latino. La couverture de la fin de cette programmation a été assurée sur le terrain par ma collègue photographe Mélanie Clément, dont les observations complètent ce compte rendu.
Les premiers à monter sur scène sont Chaos Wasteland. Visiblement heureux de faire partie de la programmation du Festival d’été de Québec, les musiciens livrent une prestation généreuse qui donne rapidement le ton à cette soirée consacrée au thrash. Leur enthousiasme est communicatif et le public répond présent dès les premières chansons.

Puis vient le tour de Basterds, qui consolident immédiatement le lien avec leurs admirateurs. Très accessible, le chanteur n’hésite pas à quitter la scène pour aller à la rencontre des premiers rangs, serrant des mains et interprétant quelques passages au plus près de son public. Une proximité qui fait toute la différence et qui témoigne de la relation privilégiée que le groupe entretient avec ses fidèles.

 

Après mon départ vers les Plaines, la soirée poursuit sa montée en puissance avec B.A.R.F.. Fidèle à sa réputation, le groupe alterne humour et thrash dans un personnage de Québécois faussement sérieux ponctuant ses interventions de jurons qui déclenchent les rires de la foule. Les spectateurs reprennent en chœur plusieurs chansons, notamment Le Poisson, véritable classique du groupe. Les textes, profondément ancrés dans la culture québécoise et souvent teintés de commentaires politiques, trouvent un écho auprès d’un public qui connaît visiblement son répertoire par cœur.

Avec Municipal Waste, l’intensité franchit un nouveau cap. Le chanteur multiplie les interactions avec les premiers rangs, embrasse des festivaliers, harangue continuellement la foule et retire même son chandail afin d’électriser davantage l’ambiance. Dans un moment aussi insolite que mémorable, une poubelle bleue est portée au-dessus des spectateurs jusqu’à l’avant de la scène, arrachant sourires et applaudissements à la foule.

La soirée se conclut avec les légendes américaines de Testament. Devant une Place George-V complètement investie, les body surfers se succèdent presque sans interruption au-dessus de la foule, tandis que les amateurs de thrash répondent présents jusqu’aux dernières notes. Une finale explosive qui confirme, une fois de plus, que le métal extrême possède toujours une communauté fidèle et particulièrement passionnée au Festival d’été de Québec.

Auteure : Sandra Esteves

Photographes :
Sandra Esteves : Chaos Wasteland – Basterds
Mélanie Clément : B.A.R.F – Municipal Waste – Testament

FEQ 2026 : le soleil et les rythmes du monde embrasent la Place George-V @ Québec

Omega Mighty + Neto Yuth + Cimafunk + bbno$

Après une première journée de festival déjà riche en émotions sur les différentes scènes du Festival d’été de Québec, la deuxième soirée nous transportait dans un tout autre univers du côté de la Place George-V. Sous un soleil de plomb qui attendait les festivaliers dès leur arrivée, l’ambiance était déjà donnée : cette soirée allait être chaude, et pas seulement côté météo.

Si la circulation dense autour du centre-ville de Québec aura malheureusement retardé notre arrivée et nous aura fait manquer la prestation de Crispin Way, il suffisait de quelques pas sur le site pour sentir que la fête était déjà bien commencée.

Sur scène, Omega Mighty était en pleine performance, baignée par les rayons du soleil. Une entrée parfaite dans une soirée qui allait progressivement transformer la Place George-V en immense piste de danse à ciel ouvert.

Avec un mélange de R&B, de soul et d’influences caribéennes, la chanteuse a rapidement attiré l’attention grâce à une présence scénique lumineuse. Difficile de ne pas être charmé par cette énergie qui rappelle autant la sensualité des grandes artistes pop caribéennes que la profondeur et la chaleur de la soul.

Mais ce qui marque surtout chez Omega Mighty, c’est son naturel. Très expressive, souriante et proche du public, Omega Mighty n’a pas tardé à installer son univers.

Entre les morceaux, elle prend le temps d’échanger avec les festivaliers, de rire avec eux et de créer une véritable proximité. Même en pleine interprétation, elle garde un œil attentif sur la foule. Apercevant des spectateurs reprendre ses mouvements de danse, elle leur lance spontanément un enthousiaste « Wow, I like it! ».

Neto Yuth : le reggae rassembleur

Avec Neto Yuth, la Place George-V change de rythme, sans toutefois perdre une seule once d’énergie.

Dès son arrivée sur scène, l’artiste reggae occupe tout l’espace. Véritable boule d’énergie, il arpente la scène sans relâche, faisant virevolter ses longues rastas d’un côté à l’autre au rythme de la musique.

Inspiré par la culture rastafarienne et porté par des textes souvent engagés, Neto Yuth propose un reggae positif et rassembleur. Accompagné par des musiciens talentueux, il réussit progressivement à faire monter la température devant une foule de plus en plus réceptive.

Alors que le soleil descend doucement derrière la Place George-V, la chaleur, elle, reste bien présente parmi les festivaliers tandis que l’ambiance propre aux concerts reggae s’installe tranquillement. On dira simplement qu’une certaine odeur familière flottait également dans l’air… un détail que les amateurs du genre reconnaîtront sans avoir besoin de le nommer.

Cimafunk : la fête cubaine s’invite à Québec

Puis arrive Cimafunk… et la Place George-V prend littéralement une autre dimension.

Dès les premières minutes, l’artiste cubain arrive avec un immense sourire accroché au visage et une énergie absolument contagieuse. Impossible de rester immobile devant ce mélange explosif de funk, de soul et de sonorités afro-cubaines.

Cimafunk réussi en peu de temps à faire tomber la barrière entre la scène et le public, à transformer un spectacle en véritable célébration collective.

Entouré de musiciens talentueux, il invite tout le monde à une fête. Les regards complices s’échangent, les pas de danse s’enchaînent et chaque membre du groupe devient un artiste essentiel du spectacle.

Dans la foule, les drapeaux cubains apparaissent rapidement. La Place George-V devient une immense piste de danse portée par les rythmes, les cuivres et cette joie communicative.

Le moment fort arrive lorsque Cimafunk invite plusieurs festivaliers à monter sur scène avec lui. Rapidement, la scène se remplit de danseurs, de sourires et de drapeaux cubains brandis fièrement.

Mais l’artiste va encore plus loin. Avant de laisser repartir ses invités d’un soir, il prend le temps de les mettre à l’honneur, de les applaudir et de les féliciter, sous les acclamations de toute la foule.

bbno$ : une tornade de folie pour terminer la soirée

Pour clôturer cette soirée, place à bbno$, appelé à remplacer Sean Paul dans la programmation. Et si certains festivaliers pouvaient se demander à quoi s’attendre avec ce changement, l’artiste canadien a rapidement répondu à sa façon : en débarquant comme une véritable tornade.

Dès les premières minutes, bbno$ impose son univers unique. Un mélange de rap, d’humour absurde, d’autodérision et d’énergie complètement déjantée. Une formule difficile à expliquer… mais terriblement efficace.

La foule embarque immédiatement dans son chaos. Certains fans avaient d’ailleurs adopté pleinement son univers coloré, avec costumes et perruques bleu turquoise, ajoutant encore davantage au côté extravagant du spectacle.

Entre deux chansons, bbno$ multiplie les interventions improbables. Il passe d’une confidence sur ses problèmes intestinaux à la lecture d’une recette tirée de son livre végétarien, dont une salade avocat et pamplemousse.

Oui, c’est étrange. Oui, on peut se demander ce qui est en train de se passer. Mais étrangement… ça fonctionne.

« J’ai un petit problème d’intestin, mais ce n’est pas grave. J’ai pris l’avion vers Québec avec l’intention de perdre complètement la tête », lance-t-il au public avant sa reprise de C’est la vie de Yung Gravy.

L’artiste revient aussi sur son passage écourté au FEQ il y a deux ans, lorsque l’orage avait interrompu son spectacle sur les Plaines d’Abraham.

« Ce fut un des moments les plus tristes de ma vie », confie-t-il, visiblement heureux de retrouver Québec dans de meilleures conditions.

Entre une entrée presque militaire menant à Yezzir, une reprise de I Don’t Care de Charli XCX et une énergie qui ne descend jamais, bbno$ réussit son passage. Difficile à classer, parfois difficile à suivre, mais impossible à ignorer.

Au final, cette deuxième journée du FEQ à la Place George-V aura eu un point commun du début à la fin : la connexion. Des univers très différents, mais une même envie : faire tomber cette frontière invisible entre la scène et la foule.

Auteure et photographe : Sandra Esteves

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