Category: Québec

Kansas et Deep Purple : le rock classique refuse de prendre sa retraite @ Place Bell (Laval, Québec)

Il y a quelque chose de rassurant à voir la Place Bell se remplir pour trois monuments du rock classique. Ce soir, ce ne sont pas des jeunes loups qui montent sur scène, mais des vétérans qui ont écrit une partie de l’histoire du genre. Et malgré les décennies au compteur, l’énergie est bien là.

Malheureusement j’ai raté Jefferson Starship, le show a commencé pour moi avec Kansas.

Kansas ouvre le bal avec plus de nerf qu’on ne l’attendait

On s’attendait à un groupe assagi, posé, économe de ses mouvements vu l’âge de ses membres. Erreur. Kansas monte sur scène avec une belle énergie et ne se contente pas de rester planté derrière les micros. Le groupe déroule ses classiques et le plaisir est réel dans la salle — difficile de résister quand ces mélodies-là reviennent.

On regrettera néanmoins une production visuelle réduite au strict minimum. De belles lumières, certes, mais pas grand-chose de plus, et aucun décor derrière le groupe pour habiter la scène. Pour une formation de cette notoriété, on aurait pu s’attendre à un peu plus d’ambition scénique.

Autre marque de fabrique de l’époque : les solos. Chaque membre y va tour à tour, avec des résultats plus ou moins convaincants. Je l’admets, je ne suis pas un grand connaisseur du répertoire du groupe, et ne connaissant que peu les chansons, il m’était souvent difficile de savoir où finissait la composition et où commençait l’improvisation. Cela dit, c’était une pratique très répandue dans les groupes de cette génération, et les fans y trouvent assurément leur compte. Alors pourquoi pas. À noter aussi qu’une bonne partie de la formation actuelle n’est plus le line-up d’origine.

Setlist Kansas : Point of Know Return · Paradox · Play the Game Tonight · Fight Fire With Fire · Jets Overhead · The Wall · Song for America · Dust in the Wind · Hold On · Down the Road · Portrait (He Knew) · Miracles Out of Nowhere · Carry On Wayward Son

Deep Purple : des légendes qui ont pris de l’âge, mais qui n’ont rien perdu de leur métier

Le noir se fait, une vidéo d’objets volants étranges envahit l’écran géant avant que lle groupe lance lles premières notes de « Highway Star ». La salle est réveillée d’un coup.

Grand plaisir de retrouver une partie des membres originaux encore présents. On sent bien sûr que le temps a passé. Le chanteur semblait un peu en difficulté en début de show, quittant souvent la scène, parfois même en plein milieu des chansons. Mais passé ce constat, le groupe reste énergique et, surtout, le niveau de musicalité et de chant demeure remarquable. N’ayant jamais eu la chance de les voir plus jeunes, c’était ma première fois, je ne peux malheureusement pas comparer.

Là encore, la production n’avait rien de démesuré pour des légendes de ce calibre. On se dit que cela force peut-être à se concentrer davantage sur la musique que sur le spectacle. Personnellement, j’aurais préféré avoir les deux. Le groupe glisse d’ailleurs quatre titres de son album 2026, SPLAT, dont « Arrogant Boy » et « Diablo » — une belle preuve que, 24 albums plus tard, ils ont encore des choses à dire.

Et puis il y a ce moment : « Smoke on the Water ». Une des toutes premières chansons que j’ai apprises à la guitare — comme tant d’autres guitaristes. L’entendre jouée par ceux-là mêmes qui l’ont créée, ça n’a pas de prix.

Setlist Deep Purple : Highway Star · Arrogant Boy · Diablo · Perfect Strangers · Space Truckin’ · Smoke on the Water · Guinnesis (rappel) · Hush (rappel)

Trois groupes, une scène, des décennies de musique et des milliers de voix. En sortant de la Place Bell, une évidence : le rock classique est bien vivant, et il sait encore cogner.

Journaliste et photographe: Thomas Courtois

Métal, chaleur et Killswitch Engage en point d’orgue @ Rock la Cauze 2026

Je ne connaissais pas le festival Rock La Cauze avant mon passage au Festival au Lac à Granby. Mais lorsque j’ai vu la programmation du vendredi, je me suis dit que je ne pouvais pas rater ça !

La programmation du vendredi était entièrement tournée vers les sonorités lourdes : metalcore, groove metal, punk hardcore québécois et rock-rap explosif, avec en tête d’affiche une véritable légende du genre. Six groupes, une chaleur qui frôlait les 40 degrés avec très peu d’ombre au Parc Terre-des-Jeunes de Victoriaville, mais il en faudrait plus pour ralentir la foule d’amateurs de musique métal et punk.

J’ai malheureusement raté le groupe d’ouverture Malevolence et je suis donc directement rentré dans le bain avec du lourd : Machine Head.

Machine Head : énergie, visuels et cubes géants

C’est plutôt rare de voir Machine Head jouer aussi tôt dans la journée, mais ces derniers ont été rajoutés à la programmation un peu après tout le monde.

Machine Head est rentré sur scène avec la stature qui leur correspond : celle d’un groupe de scène rodé depuis plus de trente ans. Robb Flynn a rapidement réclamé le plus gros moshpit de l’univers, et la foule a répondu sans hésiter malgré la chaleur. Plusieurs moshpits et de nombreux crowd surfers ont animé la foule tout au long du show.

Je ne serai pas très objectif étant un énorme fan du groupe, mais je dois dire qu’ils ont été excellents sur scène : une super énergie, des chansons parmi leurs classiques plus que maîtrisés, bref du Machine Head comme on l’aime.

Pour conclure le set en beauté, le groupe a sorti des cubes gonflables géants à leur effigie, ce qui a provoqué son lot de réactions dans la foule.

Basterds, la fierté locale

Pour ceux qui se demandaient encore si un groupe québécois pouvait tenir sa place dans une telle affiche, Basterds a répondu à l’appel. La formation hardcore de Drummondville a enchaîné avec une brutalité et une énergie à toute épreuve.

Le public a répondu présent et s’en est donné à cœur joie. Le chanteur du groupe leur a d’ailleurs rendu la pareille en venant chanter une partie d’un morceau collé aux barrières de sécurité.

J’ai pu apprécier leur show alors qu’ils m’étaient totalement inconnus avant. Une belle surprise qui confirme que Basterds est un groupe qu’il va falloir suivre.

August Burns Red : bodysurfers à la chaîne

C’était ensuite au tour d’August Burns Red de monter sur scène. Plus la journée avançait et plus la foule devenait compacte.

Le groupe avait une forte présence sur scène, notamment le chanteur Jake Luhrs, qui occupait l’espace dans son entièreté, courant d’un bout à l’autre sans jamais sembler s’essouffler.

Le metalcore technique et précis du groupe s’accordait parfaitement à l’ambiance déjà électrique du site. Au plus fort du set, il devenait difficile de compter le nombre de bodysurfers qui traversaient la foule.

Une performance déchaînée, qui a mis la barre haute pour la suite de la journée.

Hollywood Undead : le chaos organisé

Si un moment du festival devait marquer les esprits longtemps après la soirée, c’est bien la prestation d’Hollywood Undead. Le groupe a ouvert en grand avec leur titre le plus célèbre : Undead. Ils ont également mis les grands moyens pour cette ouverture avec des flammes d’un bout à l’autre de la scène, de la fumée projetée vers le ciel… La foule était comblée et chantait et rappait avec les membres dès les premières secondes.

Ce qui rend Hollywood Undead unique, c’est cette unité : chacun des membres participe aux voix, ils échangent des instruments pendant ou entre les chansons, un guitariste devient chanteur, un chanteur devient bassiste… C’est rare de voir cela sur scène, mais loin d’être déplaisant.

Ma connaissance du groupe étant limitée, je n’ai pas autant apprécié le reste du show. Je pense qu’ouvrir sur Undead est une bonne idée pour chauffer les spectateurs à blanc, mais malheureusement, la suite m’a paru un peu fade à côté… Dommage.

Killswitch Engage ferme la soirée en monument

Plus besoin de présenter Killswitch Engage. Le groupe est maintenant présent sur la scène metalcore depuis de nombreuses années et les changements de lineup n’ont pas entamé la qualité de leur musique.

Jesse Leach est descendu de la scène pour rejoindre ses fans dans la foule à plusieurs reprises, ce qui a plus que ravi les fans.

Ma seule vraie déception, surtout en tant que photographe, est qu’un groupe qui tourne depuis aussi longtemps devrait avoir de meilleures lumières sur scène. Cela part dans tous les sens, et honnêtement on finit par ne plus vraiment rien y comprendre. Dommage pour un aussi bon groupe !

Malgré tout, le groupe a enchaîné ses classiques avec quelques nouvelles pièces pour une setlist complète qui n’a laissé personne sur sa faim.

Setlist Killswitch Engage : Fixation on the Darkness — This Is Absolution — The End of Heartache — Aftermath — A Bid Farewell — In Due Time — To the Sons of Man — Broken Glass — Unleashed — Hate by Design — Where It Dies — Forever Aligned — The Signal Fire — I Believe — Daylight Dies — Rose of Sharyn — This Fire — My Curse — My Last Serenade — Holy Diver

Le public était aux anges, un groupe parfait pour clôturer cette longue journée de metalcore.

Entre les moshpits sous 40 degrés, la découverte de Basterds, les cubes gonflables de Machine Head, le chaos organisé d’Hollywood Undead et la communion avec Killswitch Engage, le vendredi de Rock la Cauze 2026 restera une journée marquante. Le festival confirme une fois de plus sa capacité à construire des affiches solides du premier groupe au dernier. Bravo Rock La Cauze et à l’année prochaine !

Journaliste et photographe: Thomas Courtois

Good Charlotte vole la vedette à Avenged Sevenfold @ Centre Bell (Montréal)

Jayden Hammer

L’artiste mentionne dès son entrée qu’elle est habituellement avec un band complet, mais ce soir, elle est en solo. Elle nous offre un DJ set avec des classiques bien pensés pour faire bouger le public, ainsi que quelques compositions originales.

Niveau cover, elle nous offre d’abord Living Dead Girl, un classique de Rob Zombie, puis Can You Feel My Heart de la formation Bring Me The Horizon. Elle s’est même risquée avec sa version de Chop Suey! de System of a Down, ainsi que Welcome to the Black Parade de My Chemical Romance, chanson qui a malheureusement coupé au bout le plus intéressant et ça a un peu brisé la magie du moment pour nous. Elle nous a livré deux compositions originales, soit Supernova et Sunshine.

On a éprouvé beaucoup de sympathie pour elle, notamment en raison de quelques pépins sonores, puisque sa voix s’est fait enterrer par la musique à quelques reprises. Le peu de gens arrivé dans la salle au moment de sa performance n’aidait pas à faire élever l’ambiance. Bien que Jayden ait tenté de récupérer l’énergie de la foule, on sentait que l’attention des spectateurs n’était pas présente. L’artiste demeure talentueuse, mais le contexte de sa performance n’était pas idéal. Elle a fait du mieux possible selon les circonstances et pour ça, elle mérite tout notre respect.

STATICA

On a ensuite eu droit à STATICA, le projet expérimental des membres d’Avenged Sevenfold, qui a interprété les quatre pistes de leur EP… sans jamais apparaître sur scène. Pour chaque chanson on aperçoit une phrase et une image statique ce qui nous semble assez amateur, surtout quand les membres du groupe oeuvre dans la musique depuis des décennies.

Pour les spectateurs qui ne s’étaient pas renseignés à l’avance, le concept était assurément déroutant. Musicalement, STATICA s’éloigne beaucoup du Avenged Sevenfold habituel, même si l’on peut y retrouver certaines similitudes avec Life Is but a Dream…(2023). Les synthés, l’autotune et les sonorités électroniques y sont centrales. Malgré tout, certains éléments permettent de reconnaître (avec de l’imagination) de petites touches à la Avenged Sevenfold.

Parmi les quatre chansons jouées, LIGHTS propose une guitare qui rappelle immédiatement Avenged Sevenfold, tandis que la piste STATICA laisse entendre la voix de M. Shadows – chanteur de la formation – et le style de batterie du groupe. REJOICE pousse plus loin l’aspect électro, avec une guitare casi absente. Enfin, ASHES est probablement le morceau qui se rapproche le plus du son d’Avenged Sevenfold, tout en conservant son côté électronique — et c’est aussi celui qu’on a le plus apprécié.

Clairement, le projet divise : certains y voient une expérience intrigante, psychédélique, alors que d’autres restent complètement perplexes. Avenged Sevenfold nous a donné l’habitude d’expérimenter dans les dernières années, autant avec l’album Life Is but a Dream… que lors de leur dernier spectacle à Montréal, qui s’était terminé de façon abrupte alors que le groupe était parti de la scène après trois minutes de musique de fond… Mais là, on est passé à la vitesse supérieure niveau expérimentation ! Même en écoutant l’EP, on trouve ça difficile à apprécier. STATICA n’est pas un band de première écoute et n’est probablement pas une adoption unanime de la part des spectateurs ce soir. C’est le genre de projet qui demande un effort à l’écoute, et qui exige d’être apprécié d’une façon différente.

Good Charlotte

Good Charlotte fait son entrée en scène sur la célèbre The Anthem, ce qui donne immédiatement le ton de la soirée : le groupe est là pour satisfaire ses fans de longue date. La formation originaire du Maryland fête ses 30 ans de carrière cette année et ça sent la nostalgie à plein dans le Centre Bell.

Coïncidence ou non, Good Charlotte nous offre l’un à la suite de l’autre trois titres qui comportent le mot « girl » : Girls & Boys, Riot Girl, ainsi que Keep Your Hands Off My Girl. Le band est très conséquent, même dans les plus petits détails de sa performance. Durant Riot Girl, chaque fois que « hot girl » est prononcé, on voit des flammes surgir de scène. Étonné de l’engouement de la foule pour leurs premières chansons, Joël Madden – chanteur de la formation – nous lance « I had no idea what to expect, since it’s been ten years that we’ve been here. But Montreal…What the fuck !!! » et le Centre Bell rugit.

Chaque chanson est accompagnée de magnifiques animations : pour Predictable, on se retrouve dans une église en feu et pour Wondering on est submergés de crânes verts, rappelant les couleurs de l’album The Young and The Hopeless (2002). Les frères Madden prennent la peine de remercier chaque section « First of all, hello to everyone, people in the top, people in the middle, and people on the floor! How are y’all doing? » On sent que l’énergie des fans présents à ce spectacle à guichet fermé les impressionnent. Joël Madden continue « It feels like a hometown show but this is way better than a hometown show. I love Canada and Montreal and we grew up with Canadian bands on tour such as our friends Simple Plan and Sum 41. » Il poursuit « We are on our favorite tour, it’s been incredibly special. Thank you guys so much for letting us take this stage after 10 years, we appreciate the opportunity. »

La formation poursuit avec Rejects qu’ils dédient à leur amis Avenged Sevenfold et on se fait présenter l’icône du Motel Du Cap, référant à leur plus récent album paru il y a un an jour pour jour, le 8 août 2025. On remarque que beaucoup de spectateurs ne chantent pas, ce qui nous confirme que les fans sont là pour l’aspect nostalgique de leur discographie. Ça tombe bien car la formation enchaîne avec The Chronicles of Life and Death et The Motivation Proclamation.

Joël Madden multiplie les discours ce soir, nous faisant penser à un coach de vie, et le prochain discours est le plus mémorable et émotif de la soirée. « If there’s people here tonight that feel like giving up, I want you to know that you’re not alone, everyone here is rooting for you. Right guy? » et tout le monde crie très fort en réponse. « And for that, you guys deserve 100% of our energy. » ajoute-il en présentant l’émotive chanson Hold On.

Un autre temps fort du spectacle survient alors qu’on entend les premières notes de The River : on a l’honneur de vivre la chanson avec tous ses artistes-interprètes sur scène ! M. Shadows sort de la pénombre et rejoint Good Charlotte lorsque son couplet. Les fans sont absolument ravis et ça chante très fort dans le Centre Bell !

La finale de Good Charlotte est explosive. On a droit à The Young and the Hopeless, suivie de Little Things avec des feux d’artifice, puis au méga succès I just wanna live – qu’on avait si hâte d’entendre – avant de faire bouger tous les spectateurs avec Lifestyles of the Rich & Famous. Aucun rappel et aucun temps mort entre les chansons.

Cette célébration de la discographie de Good Charlotte était festive mais également touchante. On a vieilli avec le groupe. Les frères Madden approchent la cinquantaine et on ne leur en veut pas de ne pas constamment sauter sur place, de ne pas se lancer dans la foule ou de faire les acrobaties que leurs corps de vingt ans leur permettaient jadis. Ceci nous importe peu, car durant cette ultime réunion nostalgique, les gens avaient réellement du plaisir. On sait que ce groupe a sauvé la vie de plusieurs personnes (il ne manque pas de témoignages sur les réseaux sociaux) et on sait que les paroles de Joël ont frappé droit au cœur ce soir. On avait vraiment l’impression qu’il s’adressait à chacun de nous et qu’on était loin d’un discours générique. On est déjà fébriles à l’idée que Good Charlotte revienne performer dans la métropole !

Avenged Sevenfold

Dès les premières secondes de Nightmare, le Centre Bell se transforme en immense chorale. Le public chante encore plus fort que lors de la perfo de Good Charlotte, c’est stupéfiant. La mise en scène est ambitieuse : les écrans sont littéralement partout, sur les côtés de la scène, au-dessus de celle-ci et derrière les musiciens. Les images ne servent pas uniquement de décor, elles accompagnent les chansons et participent à nous faire découvrir l’univers visuel de chaque piste.

Par exemple, durant Buried Alive, lorsque les harmonies de guitare entrent en jeu, les éclairages suivent instantanément : les crânes qui entouraient les écrans deviennent rouges et leurs yeux s’illuminent, ça donne une ambiance alarmante, méchante (et on adore). Pour Afterlife, des lasers dessinent des symboles sur l’écran géant pendant et durant Shepherd of Fire, tous les écrans montrent des flammes et le public accueille avec joie ces chansons, car un massif « olé, olé, olé, olé » suit dès que les pistes sont terminées.

Même si le groupe se risque avec des chansons plus récentes, qui divergent du traditionnel son du groupe (notamment avec Magic et Nobody), les fans alimentent le constant pit au parterre et il y a en masse de bodysurfing. En revanche, pratiquement personne ne chante ces nouvelles pistes.

M. Shadows à un moment, s’adresse à la foule : « Hey Montreal, you guys win a bunch of awards for sure tonight. First prize: loudest crowd. » et la foule rugit de plus belle. Il poursuit en soulignant que Montréal est leur plus gros marché de la tournée nord-américaine, tout en plaisantant sur l’ironie que ce marché leur a offert « the smallest venue of the tour ». On sait que le spectacle affichait complet depuis des mois et on parie que plusieurs fans n’ont pas pu mettre la main sur un billet, ce qui est dommage. M. Shadows nous décerne un deuxième prix : « prettiest audience ever », avant d’inviter les Montréalais à vérifier sur YouTube, qu’il ne dit pas ça à chaque arrêt de la tournée. Le public, évidemment, mange dans sa main !

Vient le méga succès Seize the Day, chanson que le groupe nous dédie. C’est précisément dans ce genre de moment que l’on comprend l’héritage d’Avenged Sevenfold : une chanson qui a plus de deux décennies est encore chantée comme si elle était le succès le plus en vogue du moment. Le groupe poursuit avec Hail to the King et Nobody, avant de nous offrir la dernière piste de City of Evil M.I.A., au grand bonheur de tous. Au début de cette piste, on se fait bercer par la guitare, pendant que M. Shadows descend dans la foule et prête son micro à une femme qui chante avec justesse le premier couplet.

Avenged Sevenfold fait monter l’énergie d’un cran en nous livrant Bat Country et même si M. Shadows ne pousse pas la note pour atteindre la pleine hauteur de son répertoire, on est satisfait d’entendre ce morceau. Vient ensuite une autre solide chanson, Unholy Confessions, durant laquelle le chanteur prête son micro à un jeune qui monte sur la scène et performe avec brio la moitié de la piste. Le jeune saute, effectue chaque cri, habite la scène encore mieux que M. Shadows et les membres du groupe revêtent leur plus beaux sourires devant cette vision de leur héritage, reprit par un jeune qui n’était pas né au moment de la parution de la chanson.

Après ces deux chansons ultra dynamiques, le groupe sort ensuite de scène. Il revient nous livrer une dernière piste, Cosmic, un morceau de plus de 7 minutes, qui ne rend malheureusement pas justice à l’effervescente nostalgie qui régnait dans la salle ce soir. On aurait préféré un mix de deux plus vieilles chansons, plutôt que celle-là, puisque son crescendo et son tempo sont très lents. Il faut avouer aussi qu’on est pas très fan de l’utilisation d’autotune et de déformation expérimentales de la voix pour un band de hard rock. C’est une finale qu’on qualifierait de « manquée ».

Le groupe a pourtant dépassé le « couvre-feu » de 23h d’environ dix minutes et a certainement écopé d’une pénalité monétaire… pour jouer Cosmic ? Franchement, on n’y comprend rien. On sort un peu confus, et un peu déçu. Le groupe ne nous a offert que douze chansons. Une seule piste tirée de l’album Waking The Fallen (2003), une seule de Avenged Sevenfold (2007) et un oubli (peut-être volontaire à cause d’une limite de voix ?) du méga succès Beast and the Harlot. L’expérience de la nostalgie de nos albums préférés a été passable, mais sans plus.

En revanche, la setlist de Good Charlotte était minutieuse et leur crescendo était parfait. On comprend le désir de Avenged Sevenfold de renouveler leur genre musical après plus ou moins 25 ans de carrière, mais la formation aurait dû laisser la place de tête d’affiche à leurs amis de Good Charlotte. Ça nous aurait laissé un meilleur goût en bouche et on nous aurait livré la finale qu’on méritait.

Journaliste : Laurence Daoust

Crédit photo : Photo de Presse (publication de promo Facebook par Avenged Sevenfold et Good Charlotte, aucun crédit donné)

Montgolfières clouées au sol, mais le feu prend quand même à Saint-Jean @ St-Jean sur Richelieu (Québec)

Samedi 8 août 2026. Le ciel a décidé de jouer les trouble-fête : orage en maraude, vent hargneux, pluie qui s’incruste par vagues. Résultat, les montgolfières restent sagement amarrées toute la journée. Frustration légitime pour un festival qui porte leur nom.

Entre 17h, heure initialement prévue pour le décollage, et 18h30, heure du couperet final, l’attente se vit en direct grâce ce que j’ai surnommé « L’Antichambre des montgolfières », dispositif de commentateurs postés sur le site qui égrènent les mises à jour météo. Ambiance mi-tension mi-spectacle. Chaque bulletin est accueilli par des soupirs collectifs, jusqu’au verdict final, sobre et sans appel.

La soirée, elle, ne déçoit pas. Vulgaires Machins ouvrent avec une rage toujours intacte, Arrachez-moi les yeux résonnant comme un manifeste plus que jamais pertinent trois décennies après leurs débuts granbyens. Puis Offspring prend possession de la scène et transforme instantanément de site de l’aéroport de St-Jean sur Richelieu en karaoké géant des les premieres notes de All I Want. Come Out and Play, Bad Habit, un medley Sabbath/Ozzy qui surprend agréablement et un incident savoureux pendant leur reprise de Love Story avec une admiratrice qui grimpe sur scène avant d’être promptement escortée hors des lieux par la sécurité sur un “told you Taylor Swift was Punk-Rock” de la part du guitariste Noodle

Bilan de la journée : l’organisation impressionne par sa logistique sans accroc et une ambiance chaleureuse malgré un ciel peu coopératif. C’était ma premiere visite et c’est définitivement déjà a mon agenda pour l’an prochain !

Journaliste et Photographe : Paul Blondé

Cigale souffle sa 5ème bougie sous le soleil @ Baie de Beauport (Québec)

Le festival Cigale célébrait cette année son cinquième anniversaire à la Baie de Beauport. L’événement a une nouvelle fois démontré l’efficacité de son concept réunissant musique, bouffe et plage. Quelques gouttes ont bien tenté de s’inviter à la fête, mais il en fallait davantage pour refroidir les festivaliers.

Depuis cinq ans, Cigale cultive une identité bien différente de celle des grands festivals urbains. Ici, les scènes côtoient le sable, les camions de cuisine de rue et les espaces où il est possible de ralentir entre deux concerts. On ne vient donc pas uniquement pour une programmation musicale : on vient passer la journée à la Baie de Beauport.

Le 8 août, le soleil a largement dominé les célébrations, malgré une très courte pluie en après-midi et une petite averse pendant la prestation de Milky Chance. Rien de suffisamment sérieux pour perturber la fête. Quelques imperméables sont apparus, certaines personnes se sont momentanément réfugiées sous les installations, puis la musique a rapidement repris le dessus.

Une expérience qui dépasse les scènes

Dès l’arrivée sur le site, la formule « musique, bouffe, plage » prend tout son sens. Les camions de cuisine de rue attirent les files, les commerces locaux animent les allées et les festivaliers circulent entre les différentes zones sans perdre de vue les scènes principales.

Cette ambiance contribue grandement au succès de Cigale. Le festival propose une expérience estivale complète, assez animée pour garder le public en mouvement, mais suffisamment décontractée pour permettre de s’installer dans le sable ou sur l’herbe et de profiter simplement du moment.

Les familles sont également bien présentes. Des enfants observent les spectacles sur les épaules de leurs parents pendant que d’autres festivaliers prennent le temps de manger, de découvrir les kiosques ou de participer aux activités proposées. Le site conserve ainsi une atmosphère conviviale, même lorsque la foule devient plus dense à l’approche des concerts les plus attendus.

Qualité Motel transforme la scène en terrain de jeu

Avec Qualité Motel, le festival change complètement de registre. Le collectif québécois débarque sur scène avec une scénographie volontairement déjantée dominée par l’arrière d’une voiture transformé en console. L’installation donne immédiatement le ton : la prestation ne sera ni sage ni discrète.

Entre électro, humour et énergie contagieuse, Qualité Motel transforme rapidement le secteur de la scène en véritable fête à ciel ouvert. Les membres du collectif multiplient les interventions autour de leur improbable véhicule, pendant que les rythmes entraînants font danser un public déjà nombreux.

L’ensemble possède ce grain de folie parfaitement adapté à Cigale. Le spectacle est coloré, imprévisible et rassembleur. Il attire autant les habitués du collectif que les festivaliers simplement venus profiter de l’ambiance. Devant la scène, les sourires se multiplient et les plus jeunes semblent aussi fascinés par cette joyeuse mécanique que les adultes.

Men I Trust fait planer la Baie de Beauport

Après cette explosion festive, Men I Trust impose une atmosphère beaucoup plus feutrée. Le groupe montréalais n’a pas besoin d’en faire trop pour capter l’attention. Sa musique enveloppante, portée par la voix douce d’Emma Proulx, s’installe naturellement sur le site.

Les lignes de basse souples, les guitares délicates et les textures aériennes créent un contraste saisissant avec l’agitation précédente. Là où Qualité Motel faisait bondir la foule, Men I Trust l’invite plutôt à se laisser porter.

Cette retenue ne diminue en rien la présence du groupe. Elle constitue au contraire sa plus grande force. Des pièces comme Show Me How, Lauren et Tailwhip ont depuis longtemps permis à Men I Trust de rejoindre un public international, mais c’est sur scène que son élégance musicale prend toute sa dimension.

À mesure que la lumière décline, les faisceaux éclairant les musiciens renforcent le caractère presque irréel de la prestation. La Baie de Beauport semble alors ralentir quelques instants.

Matt Hansen entre dans la lumière

La soirée se poursuit avec Matt Hansen, dont la pop teintée de folk mise sur l’émotion et la proximité. Armé de sa guitare acoustique, l’auteur-compositeur-interprète américain construit une prestation chaleureuse, portée par une voix immédiatement reconnaissable.

Sa relation avec le public s’installe rapidement. Devant la scène, plusieurs pancartes apparaissent, dont certaines proposent des échanges plutôt ambitieux : monter sur scène, danser avec l’artiste ou, pourquoi pas, lui céder un cœur déjà déclaré « brisé ». À Cigale, visiblement, on ne vient pas seulement avec de la crème solaire. On vient aussi avec des stratégies.

La musique de Matt Hansen repose sur cette impression de confidence partagée avec plusieurs milliers de personnes. Les arrangements gagnent toutefois en ampleur sur scène, soutenus par les guitares, la batterie et une mise en lumière colorée.

Entre les morceaux plus intimes et les envolées collectives, le chanteur maintient un équilibre efficace. Sa générosité et son aisance donnent au spectacle une couleur profondément humaine, préparant parfaitement le terrain pour la tête d’affiche.

Milky Chance, même sous quelques gouttes

La nuit est bien installée lorsque Milky Chance monte sur scène. Une petite averse s’invite pendant la prestation, comme si la météo tenait absolument à rappeler qu’un festival extérieur conserve toujours une part d’imprévu.

Quelques imperméables apparaissent, mais la pluie ne suffit pas à disperser la foule. Les festivaliers restent en place et continuent de danser dans le sable. Après tout, quelques gouttes ne pèsent pas bien lourd face à un groupe visiblement heureux de retrouver le Québec.

Sur scène, Milky Chance souligne d’ailleurs son attachement au public québécois, rappelant avoir souvent joué ici au fil des années. Porté par Clemens Rehbein, Milky Chance déploie son mélange caractéristique de folk, de pop alternative et de sonorités électroniques. En concert, les chansons prennent une dimension plus musclée, soutenues par les percussions, les guitares et cette énergie légèrement désinvolte qui constitue depuis longtemps la signature du groupe allemand.

Pendant Passion, Clemens Rehbein quitte la scène pour se rapprocher des premières rangées. Descendu au plus près des festivaliers, il poursuit la chanson entouré par le public, transformant momentanément la prestation en rencontre beaucoup plus intime. La distance entre l’artiste et la foule disparaît presque entièrement – ne restent alors que les voix, la musique et quelques téléphones levés pour immortaliser la scène.

Mais l’un des moments les plus mémorables survient pendant Stolen Dance. Une festivalière est invitée à monter sur scène pour chanter aux côtés du groupe. Malgré les milliers de regards tournés vers elle, la jeune femme profite pleinement de l’expérience et accompagne Milky Chance sur cette chanson devenue incontournable.

Accueillie chaleureusement par les musiciens et encouragée par toute la foule, elle devient, le temps de quelques minutes, un membre supplémentaire du groupe. Le genre de souvenir que l’on raconte encore longtemps après avoir secoué le sable de ses chaussures.

Plus d’une décennie après sa sortie, Stolen Dance conserve intact son pouvoir de rassemblement. Les voix s’élèvent devant la scène, le public danse et la petite averse finit par devenir un simple détail météorologique dans une soirée déjà bien chargée en moments forts.

Sous des éclairages tantôt dorés, tantôt rouges et bleus, Milky Chance conclut la journée avec une prestation généreuse et complice. Entre le rapprochement de Clemens Rehbein avec la foule pendant Passion, l’arrivée inattendue d’une festivalière sur Stolen Dance et les mots chaleureux adressés au public québécois, le groupe ne s’est pas contenté d’enchaîner ses succès : il a véritablement partagé la soirée avec Cigale.

Cinq ans et une formule toujours aussi populaire

Après cinq éditions, Cigale semble avoir trouvé son rythme. Son succès ne repose pas seulement sur les noms inscrits à l’affiche, mais sur sa capacité à transformer une journée de concerts en véritable parenthèse estivale.

Le 8 août en a offert une belle démonstration. Qualité Motel a lancé la fête avec son énergie déjantée, Men I Trust a enveloppé le site de sa douceur, Matt Hansen a joué la carte de l’émotion et Milky Chance a fait danser la Baie de Beauport malgré quelques gouttes.

 

Cigale a soufflé sa cinquième bougie sous le soleil, avec une minuscule contribution de la pluie. Une anniversaire célébré sur le sable, entre les scènes et les camions de cuisine de rue, selon une formule toujours aussi simple qu’efficace : de la musique, de la bouffe et une plage. Pourquoi compliquer les choses lorsque le résultat fonctionne aussi bien?

Auteure et photographe : Sandra Esteves

Une soirée sous haute tension avec Taxi Girls, GrimSkunk et Papa Roach @ Festivent 2026

Le vendredi 31 juillet, le soleil brillait sur le parc Champigny de Lévis. Une météo idéale pour profiter des montgolfières, des manèges et de l’ambiance familiale du Festivent… avant que les guitares ne viennent sérieusement secouer la soirée.

Pour cette troisième journée de la 43e édition, le festival proposait une programmation résolument punk et rock, portée par Taxi Girls, GrimSkunk, accompagné de Groovy Aardvark, puis par la tête d’affiche américaine Papa Roach.

Une soirée qui a commencé avec une excellente découverte montréalaise et qui s’est terminée dans une impressionnante décharge d’énergie collective.

Taxi Girls, la découverte qui ne demande qu’à être revue

Dès 18 h 30, Taxi Girls a pris possession de la scène Loto-Québec avec une assurance et une énergie capables d’attirer rapidement l’attention des festivaliers.

Formé à Montréal en 2022, le groupe évolue principalement dans un garage punk énergique, auquel viennent se mêler des sonorités rock’n’roll et quelques accents rockabilly. Sur scène, la recette devient particulièrement efficace : des guitares rugueuses, une section rythmique qui ne laisse aucun répit et, surtout, une attitude débordante de personnalité.

Dès les premières minutes, Taxi Girls impose son univers. Le décor visuel aux roses rouges contraste avec la nervosité de la prestation, tandis que les musiciennes enchaînent les morceaux avec un plaisir évident.

Le groupe ne se contente pas de jouer fort. Il sait habiter la scène, créer une véritable identité visuelle et transmettre cette urgence propre aux formations qui semblent avoir beaucoup à dire et aucune intention d’attendre poliment leur tour.

Le résultat est punché, accrocheur et suffisamment distinctif pour donner immédiatement envie de revoir le groupe dans une salle plus intime, là où cette énergie pourrait probablement devenir encore plus explosive.

Ce premier passage au Festivent aura donc rempli sa mission, et même davantage : Taxi Girls repart avec le titre officieux de très belle découverte de la soirée. Voilà une formation québécoise que l’on aimerait assurément croiser beaucoup plus souvent sur les scènes de la province.

GrimSkunk, toujours aussi engagé et rassembleur

Quelques semaines seulement après son passage au Festival d’été de Québec, GrimSkunk retrouvait déjà le public de la grande région de Québec.

Au FEQ, la formation avait dû composer avec une soirée complètement bouleversée par le violent passage d’une cellule orageuse sur la ville. Les spectacles présentés à la place George-V avaient alors été interrompus, puis repoussés. Cette fois, au Festivent, pas d’orage menaçant ni de programmation chamboulée : les conditions étaient réunies pour laisser toute la place à la musique.

Et lorsqu’il est question de GrimSkunk, la musique ne demeure jamais bien sage très longtemps.

Le groupe conserve cette puissance brute qui caractérise ses prestations. Les années passent, mais l’intensité demeure intacte. Les textes engagés, parfois franchement enragés, continuent de résonner auprès d’un public qui connaît visiblement très bien le répertoire.

Ce qui frappe surtout, c’est cette relation toujours aussi solide entre la formation et ses admirateurs. Le public ne se contente pas d’écouter : il chante. Constamment. Les paroles sont reprises d’un bout à l’autre du spectacle, comme si elles appartenaient désormais autant à la foule qu’au groupe.

Il existe des formations dont les chansons vieillissent avec leur époque. Celles de GrimSkunk, elles, semblent plutôt continuer de trouver de nouvelles raisons d’être criées à pleins poumons.

Le Festivent avait d’ailleurs annoncé une prestation particulière réunissant GrimSkunk et Groovy Aardvark, deux formations emblématiques de la scène alternative québécoise. Cette rencontre exclusive ajoutait une dimension supplémentaire à une soirée déjà solidement chargée en décibels.

L’univers de Groovy Aardvark, quelque part entre punk, métal, funk et rock alternatif, s’accordait naturellement à celui de GrimSkunk. Une association qui rappelait à quel point ces groupes ont contribué à façonner une scène québécoise capable d’être à la fois éclatée, engagée et férocement festive.

Papa Roach transforme le parc Champigny en immense défouloir

À 21 h 30, Papa Roach avait la responsabilité de conclure la soirée sur la scène Loto-Québec. Une tâche que la formation californienne a accomplie sans trop de difficulté.

Fondé en 1993, le groupe possède désormais plus de trois décennies de carrière et un catalogue suffisamment solide pour réunir plusieurs générations d’amateurs de rock et de nu metal. Sur scène, cette longévité ne se traduit toutefois pas par une prestation tranquille ou nostalgique.

Bien au contraire.

Mené par un Jacoby Shaddix toujours aussi charismatique, Papa Roach livre un spectacle puissant, généreux. Le chanteur multiplie les interactions avec la foule et conserve cette capacité rare à donner l’impression que chaque spectateur participe directement au concert.

Les guitares sont massives, la rythmique frappe avec précision et l’enchaînement des morceaux ne laisse que peu de temps pour reprendre son souffle. Tout est pensé pour maintenir la tension, provoquer les mouvements de foule et transformer le parc Champigny en immense défouloir collectif.

L’équipe de Thorium Mag n’ayant pas obtenu d’accréditation photographique pour cette portion de la soirée, aucune image du passage de Papa Roach au Festivent ne peut accompagner directement ce compte rendu. Les photographies utilisées sont donc tirées des archives du magazine.

Mais même sans appareil photo devant les yeux, le constat demeure le même : Papa Roach sait encore offrir un sacré bon spectacle.

Des chansons comme Scars, Getting Away With Murder, Between Angels and Insects et l’incontournable Last Resort ont traversé les années sans perdre leur capacité à rassembler. Lorsque les premiers accords familiers retentissent, les voix s’élèvent spontanément et le spectacle devient aussi celui du public.

Le Festivent peut certainement compter sur ses montgolfières pour colorer le ciel de Lévis. Mais ce vendredi soir, ce sont surtout les guitares qui ont fait décoller le parc Champigny. Et s’il fallait retenir un nom à surveiller après cette soirée, ce serait assurément Taxi Girls. Le groupe possède l’attitude, le son et la présence scénique nécessaires pour aller beaucoup plus loin. Il ne reste maintenant qu’à espérer le revoir rapidement sur scène parce qu’une seule dose, manifestement, ce n’était pas suffisant.

Auteure et photographe : Sandra Esteves

Crédit photo: David Vacher (Papa Roach, Archives Thorium)

Zara fait oublier la pluie, Lorde touche droit au cœur @ Osheaga 2026 J3

Zara Larsson

En cet ultime jour d’OSHEAGA, il pleut. Beaucoup. Pourtant, quand Zara Larsson apparaît sur scène, difficile de penser à autre chose qu’à l’été. Zara arrive couverte de paillettes, avec un maquillage extravagant qui s’agence parfaitement à sa tenue aux teintes de bleu et d’or. Dans son décor de jungle féminine, on aperçoit une voiture rose installée au sommet de la scène, inspirée de la pochette de Midnight Sun: Girls Trip (2026). Elle entame ainsi Midnight Sun entourée de musiciennes et danseuses, un beau clin d’œil à l’univers de ce récent projet musical.

La popstar enchaîne avec Can’t Tame Her, avant de faire monter l’énergie d’un cran à notre plus grand bonheur avec SHE DID IT AGAIN. Lorsque le public rugit les « oh-oh, oh-oh » de la chanson, Zara s’arrête un instant pour lancer : « Montreal, wow, this is the best crowd by far on tour! » Le compliment peut sembler être une simple flatterie générique, mais dans les circonstances où l’on subit la pluie et la chaleur, et qu’on donne tout ce qu’on a, on l’accepte ton compliment ma chère Zara.

Il faut avouer qu’elle est aussi redoutablement performante. Lors de It Ain’t My Fault, elle démontre qu’elle peut chanter et danser avec une aisance remarquable, sans avoir besoin de constamment s’appuyer sur ses danseuses. Son déhanchement — quelque part entre la pop suédoise et une Shakira nordique — est particulièrement surprenant. Elle ose même faire la split sur le stage, un mouvement que Tate McRae a fait moins de 24 heures auparavant, sur la même scène.

Pour Hot & Sexy, Zara s’installe dans la voiture plaquée « Puss Puss 97 » – référence à la présente chanson -, jouant avec des menottes à fourrure rose et à un moment, elle interrompt la chanson pour prendre un selfie avec la foule. « If you’re sexy, put your hands up! », lance-t-elle avant de regarder le résultat : « Damn, we’re eating. » affirme fièrement la chanteuse.

Mais le moment fort du spectacle arrive avec Lush Life. L’interprète invite sur scène une fan prénommée Olivia, âgée d’environ dix ans. Après lui avoir offert un chandail sur lequel elle dessine un cœur, la jeune fille se fait confier la mission de faire la danse de Lush Life avec Zara sur scène. Et Olivia ne déçoit pas : elle connaît parfaitement la chorégraphie et vole littéralement la vedette. Zara est clairement impressionnée et les deux filles refont la danse à plusieurs reprises, sous les acclamations d’un public trempé, mais euphorique.

Avant Pretty Ugly, Zara prend le temps de présenter ses danseuses grâce à de magnifiques animations. La chanteuse en profite pour faire participer le public à une petite leçon d’acceptation de soi : « To be beautiful you also gotta be ugly. » Elle nous demande ensuite de répéter après elle : « I’m pretty », puis « I’m ugly ». L’exercice se fait avec légèreté et sans aucune malice. Par la suite, durant Never Forget You, c’est au tour de son groupe de musiciennes d’être mis à l’honneur. Zara clôt avec Midnight Sun – Girls Trip, d’abord en version acoustique, avant de prendre de l’ampleur pour conclure en un gros party dansant.

Pour son passage à OSHEAGA, la chanteuse suédoise a livré une prestation à son image : assumée, féminine, dansante et franchement amusante. Dimanche après-midi, sous une pluie battante et une chaleur accablante, Zara Larsson avait une mission : faire oublier la météo aux milliers de Montréalais réunis devant elle, et c’est mission accompl

Lorde

Le privilège de clore cette 19e édition d’OSHEAGA revient à l’artiste Néo-Zélandaise Lorde. On avoue qu’on connait assez peu la discographie de l’artiste, ce qui nous fait remettre en question sa place en tête d’affiche. On assiste donc à sa prestation avec ce questionnement, mais aussi avec le cœur et les oreilles bien ouverts.

On reconnaît la toute première chanson, puisque l’artiste débute avec son méga succès Royals. Elle nous livre ensuite What Was That et Broken Glass, tirés de son album le plus récent Virgin (2025). Dans un français impeccable, elle nous lance « Bonsoir OSHEAGA, comment ça va ? C’est mouillé ! » On est agréablement surpris par ce français riche et ça nous réchauffe à l’idée d’assister à la prestation d’une artiste qui fait cet effort de communion.

 

Sur Perfect Places, Lorde retire son écouteur pour entendre la foule chanter. « That sounds really good! » nous dit-elle. Des lasers bleus traversent la scène alors que la chanteuse et ses deux danseurs transforment la chanson pop en véritable tableau émotionnel. L’intention est claire : chez Lorde, l’émotion est à l’avant-plan de toute chose.

C’est d’ailleurs ce qui distingue sa prestation de celle de Zara Larsson, qui avait livré un spectacle beaucoup plus chorégraphié et explosif. Lorde n’a besoin que de deux danseurs et de son propre corps pour remplir la scène principale. L’artiste se tape sur le torse, fait vriller sa couette, lance ses bras dans les airs, tombe à genoux, saute sur place et propose toutes sortes de mouvements qui, bien qu’ils soient moins complexes que certaines starlettes, transmettent une énergie animale.

La construction du spectacle – qui puise principalement dans Virgin (2025)  tout en revisitant Melodrama (2017) et Pure Heroine (2013) – permet à Lorde de montrer son évolution, sans renier celle qu’elle était. On comprend que la Néo-Zélandaise n’est pas venue simplement offrir une prestation nostalgique : elle voulait faire cohabiter son passé et son présent.

Lorde raconte qu’elle avait performé il y a 13 ans à OSHEAGA et elle s’émeut de voir que ses admirateurs ont grandi avec elle. Elle les invite ce soir à se rapprocher d’eux-mêmes, de toutes les versions qui cohabitent dans l’humain qu’ils sont désormais, de ressentir leurs émotions les plus profondes, leurs douleurs et les joies, avec bienveillance. Puis elle remercie la foule d’être là, encore à ce jour.

C’est avec Liability que le concert se transforme en immense chorale et devient en quelque sorte une prestation collective. Les voix du public — particulièrement celles des nombreuses jeunes femmes — portent la sensibilité de Liability avec passion. Les gros plans projetés sur le visage de Lorde accentuent l’impression de proximité et c’est touchant. Il ne s’agit plus d’une vedette qui interprète une chanson devant une foule : c’est une génération qui a grandi avec elle qui lui rend son amour et son énergie.

Lorde retrouve ensuite son côté plus dynamique avec l’excellente Hammer, suivi du single Supercut, avant de nous faire chanter à tue-tête avec Team. Après avoir performé Girl, so confusing, le party est levé et on a beaucoup trop chaud pour revêtir nos imperméables. Mais c’est véritablement Green Light qui confirme qu’elle avait sa place comme tête d’affiche : le parterre, la section VIP et les gens autour de nous sur la terrasse sautent tant que cette dernière tremble. L’immense foule se transforme en véritable piste de danse et on embarque avec elle.

Lors de son ultime chanson Ribs, l’artiste descend dans la foule et s’approche suffisamment du public pour que le spectacle perdre momentanément son impression de gigantisme. La superstar devient simplement Lorde, au milieu d’« amis » qui la connaissent et portent ses chansons dans leur cœur depuis leur adolescence.

C’est justement là que réside la force de cette prestation. Lorde ne cherche pas constamment à impressionner avec une production ultra sophistiquée. Elle préfère créer une connexion. Entre deux lasers et deux danseurs, une chorégraphie minimale et quelques milliers de voix qui connaissent chaque parole, elle nous rappelle qu’une grande performance pop n’a pas nécessairement besoin d’être la plus spectaculaire pour toucher droit au cœur.

Journaliste: Laurence Daoust

Crédit photo: Photo de presse Osheaga (Tim Snow)

Privacy Settings
We use cookies to enhance your experience while using our website. If you are using our Services via a browser you can restrict, block or remove cookies through your web browser settings. We also use content and scripts from third parties that may use tracking technologies. You can selectively provide your consent below to allow such third party embeds. For complete information about the cookies we use, data we collect and how we process them, please check our Privacy Policy
Youtube
Consent to display content from - Youtube
Vimeo
Consent to display content from - Vimeo
Google Maps
Consent to display content from - Google