Deux géants du métal progressif et mélodique réunis à Montréal @ Théâtre Beanfield
Une soirée heavy métal brûlante avec Burning Witches @ Piranha Bar (Montréal)
Du vieux, du neuf et des surprises : Raven livre la marchandise @ Piranha Bar (Montréal)
Journaliste: Albert Lamoureux
Photographe: Thomas Mazerolles
De Going Solo à Zebra: John Butler recolle les époques @ Théâtre Beanfield (montréal)
Ce dimanche à Montréal, John Butler nous rappelait ce que veut dire tenir une salle sans artifice mais pas sans muscles. D’abord seul, guitare en bandoulière, comme pour poser le décor: un songwriter capable de remplir l’espace avec une voix, un jeu percussif et une présence calme. Puis, graduellement, ses trois musiciens le rejoignent sur scène. Élargissant le spectre sans jamais diluer l’essentiel: le groove organique et cette tension entre l’intime et le collectif.
La setlist navigue entre nouveautés (Going Solo, Gets No Better, Trippin On You) et classiques du John Butler Trio (Better Than, Betterman, Revolution), cousant les époques plutôt que les opposant. Un concert agencé par vagues, mêlant des confessions maîtrisées sur So Sorry et Outta My Head avec des poussées plus militantes et spirituelles sur Wade in the Water et Leave the Rest to Earth. Au cœur du set, Ocean, un morceau qui tient du rite où la virtuosité sert d’abord l’émotion, a suspendu le temps. La machine est ensuite reparti au galop avec des titres plus solaires et festifs (Used to Get High, Treat Yo Mama, Funky Tonight).
En rappel, Peaches & Cream et Zebra ont conclu la soirée sur une évidence: John Butler est un artisan du live, chaleureux, précis, toujours ancré dans le vrai.
Photographe et journaliste: Paul Blondé
Du rétro à l’abrasif : la soirée éclectique de Carpenter Brut à Montréal @ MTelus (Montréal)
Le 15 avril 2026, Carpenter Brut faisait escale au MTELUS dans le cadre de sa tournée, accompagné de HEALTH et Desire. La date montréalaise a rassemblé une foule dense et éclectique, mêlant amateurs de metal, adeptes d’électro et curieux, tous attirés par une affiche qui brouille de plus en plus les frontières entre les genres.
La soirée s’ouvre avec Desire, dont la synthpop minimaliste aux accents rétro installe une atmosphère brumeuse et presque cinématographique. Dès les premières minutes, Desire impose une forte signature visuelle, notamment grâce à la présence de sa chanteuse Megan Louise, vêtue d’une robe en latex sculpturale et audacieuse qui capte immédiatement l’attention et renforce l’esthétique stylisée du projet. Une entrée en matière plus douce, en contraste avec la suite. Heath prend ensuite le relais avec une performance abrasive et intense, portée par des basses saturées, un éclairage agressif et la présence scénique affirmée de Jake Duzsik. Lorsque Carpenter Brut entre en scène, la salle est déjà entièrement acquise. Accompagné d’un groupe live et d’un dispositif visuel percutant : stroboscopes synchronisés, bains de lumière néon et ruptures franches dans l’obscurité. Le groupe enchaîne un set sans relâche centré sur leur plus récent album Leather Temple mais incluant tout de même des morceaux phares comme « Turbo Killer », « Le Perv » et « Maniac » pour clore la soirée. La communication avec le public ne passe pas par les échanges traditionnels, mais par une voix grave et informatisée qui ponctue le spectacle, renforçant son atmosphère froide et mécanique.
Ce qui distingue véritablement cette soirée, c’est la capacité de Carpenter Brut à fédérer un public largement issu de la scène metal autour d’un projet électronique, sans en diluer les codes. Tout en conservant les éléments fondamentaux d’un show électro, notamment dans le travail des lumières, de la programmation et de l’atmosphère, il parvient à traduire l’énergie et la présence scénique propres au metal dans un format synthétique. Le résultat est un spectacle à la fois rigoureusement structuré et viscéralement puissant, démontrant que la musique électronique, poussée à son intensité maximale, peut rivaliser sans difficulté avec les formations les plus lourdes.
Photographe: Thomas Mazerolles
Ariane Roy et Minou : Une Soirée en Douceur et en Intensité Club Dix30
Le 11 avril, on se rendait au Club du Dix30 afin d’assister au spectacle Dogue d’Ariane Roy. Sa première partie était assurée par l’artiste émergent Minou, un projet musical de Dominic Plante que vous avez peut-être vu en prestation aux Francouvertes 2025 ou que vous pouvez avoir entendu sur son balado intitulé Sans Filtre Podcast.
Dès 20h, Minou nous présente son doux Indie-Rock-Pop, dont la vibe est planante. Les compositions mettent en évidence le groove des riffs de guitare, relevé parfois par des synthés assez prononcés, au détriment de la voix de l’artiste qui s’efface quelque peu au sein de la musique. N’empêche que Minou fait dodeliner de la tête les personnes présentes dans la salle et les réchauffent doucement avec les pièces Émilie, L’ordre naturel des choses et Je suis entré, tirées de son EP Tout va bien (2024). Avant de conclure avec la fringante Demi-tour, il nous propose une pièce exclusive, Différent, à la grande surprise de tous·tes, puisque la chanson n’est pas encore parue ! Ce premier acte a assurément piqué la curiosité de plusieurs spectateur·trice·s et fût bien apprécié par ceux et celles-ci.
C’est sur la chanson Dogue qu’Ariane Roy, précédée par son groupe formé de 4 membres – dont Dominic Plante à la guitare -, entre en scène, totalement assumée et en confiance. Elle joue ensuite Âmes sœurs, pièce durant laquelle elle virevolte sur elle-même, terminant le morceau avec une interlude jazzée. Elle attrape ensuite sa guitare pour jouer Quand je serai grande, suivie par deux autres pièces qui bouge tout autant Si je rampe et Kundah. Durant cette dernière, Ariane mêle quelques arabesques à sa prestation, mais ce qui nous épate le plus globalement est la puissance brute de sa voix. Rares sont les artistes qui performent sans avoir une piste sonore qui joue en fond et à notre grand bonheur, Ariane Roy fait partie de ces artistes d’exception qui jouent 100% de leur mélodie en direct !
Ariane souligne la présence de Minou à la guitare avec humour, juste avant Coule : « Là, vous devez vous demander si vous rêvez, parce que le guitariste ressemble beaucoup à Minou… Mais oui, c’est bien lui, et j’en suis fan ! ». C’est ainsi que Minou prête sa voix à la chanson, nous rappelant la version qu’Ariane a faite avec Thierry Larose sur l’album Dogue de Luxe (2026). Les voix sont très justes et la chanson devient très puissante alors que le groupe joue avec l’intensité sonore qui crée un crescendo, en la faisant pratiquement passer d’un murmure à une perfo explosive.
Alors qu’elle entame Une cigarette sur le balcon, Ariane nous raconte que sa mère est une fumeuse occasionnelle, qu’elle se cache sur le balcon pour fumer quand ça ne va pas et que plus jeune, la chambre d’Ariane était en haut du balcon. L’odeur de cette fumée portrait l’artiste à espionner sa mère et lui indiquait que quelque chose n’allait pas. Cette chanson douce et calme, représentant sa relation avec sa mère, est bien mise en valeur grâce à un unique éclairage à la main, projeté derrière le bar de la salle directement sur la chanteuse. On sent à ce moment qu’Ariane est vulnérable et délicate et ça nous fait connecter davantage avec elle.
Afin de ramener le dynamisme dans sa performance, la chanteuse enchaîne avec Agneau, Mordre et Tous mes hommages. Ariane commence cette chanson en coulisses et entame les premières paroles alors qu’elle se trouve (à notre grande surprise) dans la foule, oscillant entre les chaises et plantant son regard intense dans celui des spectateur·trices. Elle progresse ainsi à travers le public le temps d’un couplet et d’un refrain, avant de reprendre d’assaut la scène et de clore la piste avec des vocalises très impressionnantes.
Au début de la piste I.W.Y.B., Ariane nous invite à nous lever et à danser, sans se préoccuper du regard des autres. Afin d’appuyer ses paroles, lors du bridge de I.W.Y.B., elle revêt une tête de caniche blanche et se met à danser de toutes sortes de façons frisant le ridicule (dont la Macarena), mais ces gestes la rendent captivante et épatante puisqu’elle les assume tous ! Ça crée un engouement et on se délecte de ce moment à danser sans scrupules aux côtés de l’artiste. Ariane reprend ensuite sa guitare pour jouer Ce n’est pas de la chance ainsi que Tu voulais parler. Durant Ce n’est pas de la chance, elle joue de son instrument côte-à-côte avec Minou, témoignant de leur complicité apparente au grand plaisir de tous·tes.
D’une manière qu’on qualifie de poétique, puisque Ariane a entamé son spectacle avec la première piste de Dogue, elle termine son spectacle avec la dernière piste de son opus, soit Berceuse. En guise de rappel, Ariane frappe fort avec deux de ses plus vieilles et plus populaires chansons, de grandes favorites du public : Ta main et Fille à porter. Le public tape des mains et chante toutes les paroles. Au final, on est ravis de cette performance chaleureuse, sans faute, authentique et totalement assumée. On vous conseille d’attraper Ariane en spectacle avant la fin de sa tournée Dogue !
Journaliste : Laurence Daoust
Crédit photo: Photo de presse Léa Taillefer