Martyr célèbre Warp Zone et fait vibrer le Petit Campus @ Montréal
Kings Of Thrash, Meliah Rage, Atrophy : la sainte trinité du Piranha Bar @ Piranha Pit Fest III (Montréal)
Le métal a encore sa place au Capitole Fit For a King + Event-Animate + Ten56
On réalise parfois à quel point on est chanceux quand les lumières s’éteignent. Dans une époque où plusieurs salles historiques misent davantage sur des programmations plus consensuelles, voir le Théâtre Capitole accueillir encore des groupes comme Fit for a King rappelle à quel point la scène métal a encore sa place à Québec. Et honnêtement? Les fans de métalcore peuvent être reconnaissants qu’on ait encore la possibilité d’accueillir ce genre de show ici.
Dès les premières minutes, l’énergie était palpable jusque dans les escaliers du Capitole. Une drôle de collision entre l’élégance du théâtre et les chandails noirs déjà collés par la chaleur avant même le début du concert.
Les Parisiens de TEN56 ont ouvert la soirée avec la subtilité d’un camion lancé à pleine vitesse. Et c’était exactement ce qu’il fallait.
Ils ont littéralement conquis le public dès les premières notes. Moshpits, crowdsurfing, réactions instantanées de la foule : le groupe a mis la table de façon impeccable. Propre, net et précis. L’ouverture idéale pour un show de métal.
Puis Invent Animate est arrivé.
Et honnêtement… pourquoi est-ce qu’on n’entend pas davantage parler d’eux?
La découverte de la soirée. On peut même parler de coup de cœur immédiat.
Le groupe possède cette capacité rare de mélanger violence et atmosphère sans jamais perdre l’émotion au passage. Leur musique semblait flotter quelque part entre la lourdeur écrasante du metalcore moderne et quelque chose de beaucoup plus aérien, presque hypnotique par moments.
Ils sont vraiment incroyables.
Et le plus impressionnant, c’est probablement la manière dont ils ont réussi à tenir en haleine une foule déjà en ébullition. Même dans les passages plus lyriques, personne ne décrochait. On sentait littéralement le Capitole tomber sous le charme du groupe chanson après chanson.
Quand Fit for a King a finalement pris possession de la scène, le public était déjà complètement chauffé à blanc, et plutôt que de chercher à dompter cette énergie, le groupe texan s’est contenté de la suivre, puis de la pousser encore plus loin.
Ce qu’ils ont livré s’approche dangereusement d’un concert parfait. Pas au sens clinique du terme.
Les refrains étaient repris par la foule, ces voix qui se mêlent jusqu’à couvrir parfois celle du chanteur. Et l’énergie sur scène, quant à elle, ne s’est jamais effondrée une seule seconde ! Aucun creux, juste cette tension qui montait jusqu’à saturer complètement la salle.
Les morceaux de Lonely God se sont intégrés au reste du répertoire avec une fluidité impressionnante, sans jamais casser le rythme du concert. Et dans une salle comme le Capitole, cette intensité prenait une dimension presque intime malgré la brutalité sonore.
Le plus beau dans tout ça, c’est peut-être justement ce contraste.
Impossible également de ne pas sentir l’impact de chansons devenues incontournables dans leur catalogue, ces morceaux qui transforment instantanément une salle entière en chœur improvisé.
Voir une salle historique de Québec vibrer sous les cris et les riffs d’un groupe comme Fit for a King ça confirme une chose : à quelques rues de là, des gens lèvent leur pinte de bière devant un match du Canadien; ici, on lève la voix pour acclamer un groupe de métal, et la ferveur n’a rien à envier à celle du Centre Bell. Et tant que des soirées comme celle-là continueront d’exister, on va continuer de s’y entasser avec plaisir.
Auteure et Photographe : Sandra Esteves
L’australien de 22 ans The Kid LAROI épate la Place Bell @ Montréal
L’artiste The Kid LAROI était en concert à Laval le dimanche 17 mai, dans le cadre de sa tournée mondiale A PERFECT WORLD. Le jeune australien était de passage à la Place Bell, accompagné de deux artistes, respectivement WizTheMc et Tommy Richman.
Le concert débute à 17h30 avec la performance du chanteur allemand WizTheMc, qui mélange la musique house au afrobeat avec brio. En plus d’offrir une proposition novatrice et agréable à écouter, l’artiste sait parler français ! Il s’adresse à nous par moments en français en expliquant qu’il l’a étudiée à Berlin – sa ville natale – il y a plus de douze ans ! L’artiste livre une prestation très humaine, parfois en descendant dans la foule pour chanter parmi les spectateurs, d’autres fois en leur communiquant des messages d’espoir inspirants et sincères. WizTheMc joue ses chansons les plus écoutées, notamment Show Me Love, Take My Mind, Sensational et l’excellente Wait For You, chansons qui accompagnent à merveille les premiers 20 degrés ressentis dans la métropole. Cet artiste est une belle découverte et on vous conseille de noter son nom car il fera assurément parler de lui dans les années à venir.
À 18h30, on a droit à une seconde performance, cette fois, du rappeur américain Tommy Richman. L’artiste propose un rap qui marie le trap, le soul et le hip-hop. Tout au long de sa présence, Richman marche le long de la scène, sans se distinguer par une chorégraphie et sans complicité apparente avec les musiciens qui accompagnent, ce qui est un peu décevant. De plus, impossible de passer outre le fait que l’artiste a généré plusieurs malaises lors de sa prestation.
D’abord, il demande au parterre de se séparer durant une chanson et d’attendre son signal afin de se regrouper – signal qui n’est jamais arrivé – pour ensuite interrompre sa chanson et dire à la foule de laisser tomber. Malaise. Plus tard, il demande aux spectateurs à quel endroit sortir à Montréal et il ne semble pas comprendre les suggestions que le public lui dicte. Finalement, avant sa chanson virale MILLION DOLLAR BABY, la foule scande le « Olé Olé Olé » et on comprend que ça le dérange, puisqu’il s’adresse à la foule en la traitant de « wack ». Au final, l’artiste quitte en hâte après 20 minutes de prestation. On a apprécié davantage la présence du talentueux guitariste qui était vêtu d’un jersey des Canadiens à l’effigie de Patrick Roy, que le 20 minutes de gloire de Tommy Richman.
À 19h30 The Kid LAROI débarque sur scène sous un tonnerre d’applaudissements et entame la piste ME + YOU, tirée de son plus récent opus BEFORE I FORGET, paru en janvier dernier. En plus d’être accompagné d’un DJ, l’artiste dispose d’un impressionnant écran géant incurvé qui occupe la pleine largeur de la scène, du plafond jusqu’au sol. LAROI y présente d’abord une animation de nuages qui défilent dans un ciel azur, qui se teinte ensuite d’une couleur rosée pour la seconde piste, JULY. Au fur et à mesure que son spectacle progresse, la projection devient de plus en plus sombre, histoire d’accompagner le ton des chansons de l’album, la plupart corrélées à la fin de sa relation avec la chanteuse canadienne Tate McRae. LAROI poursuit avec HOLD STILL, NEVER CAME BACK et BLEED, pour laquelle la foule chante chaque parole haut et fort. D’ailleurs, dans les moments où l’artiste tend son micro en direction de la foule, on réalise qu’il chante chaque parole de ses chansons, car on entend uniquement le public chanter !
Durant l’entièreté de son spectacle The Kid LAROI ne laisse aucun temps mort : il imbrique parfois ses chansons les unes avec les autres, ce qui lui permet de maximiser le nombre de pistes performées au grand plaisir de la foule. Il nous offre une prestation dynamique, durant laquelle il est impossible de demeurer immobile. LAROI est aussi impressionnant qu’attachant. Il s’adresse aux spectateurs en les remerciant d’être présents. Il est reconnaissant que nous soyons là, malgré le report de son spectacle d’une journée en raison du match des Canadiens de la veille, qui a occasionné un changement d’horaire. Il ajoute qu’il est désolé que l’équipe ait perdu et il nous souhaite la victoire au 7e affrontement contre les Sabres de Buffalo, ce qui déclenche de vives acclamations.
Le chanteur joue des compositions plus sensibles et douces telles que PERFECT WORLD, BACK WHEN YOU WERE MINE et A COLD PLAY, autant que des pièces qui bougent, pour lesquelles il saute sur place, notamment RATHER BE, BABY I’M BACK et son méga succès avec Justin Bieber, STAY. LAROI est incroyable lorsqu’il enchaîne trois de ses plus gros succès : Diva, I CONDEMN et GO. Pour cette pièce, il emprunte un drapeau à l’effigie de JUICE WRLD et de lui-même à un spectateur, afin de le brandir en l’honneur de son défunt comparse qui a posé sa voix sur cette piste. Il encourage ensuite la foule à scander « Long live Juice » en sortant de scène, avant que le chant ne se meut en un « Olé Olé Olé », exigeant le retour de l’artiste sur les planches.
The Kid LAROI revient sur scène avec un café en main, qu’il dépose prêt d’un clavier, afin de libérer ses mains pour enregistrer des harmonies, trame sonore pour la douce pièce MAYBE I’M WRONG. Ça crée un moment très intime et complètement original avec l’artiste, et la foule adore ! Après une bonne gorgée de café, LAROI descend jusqu’à la barricade le séparant de la foule et monte dessus afin de performer la prochaine chanson. Il performe alors la ballade WITHOUT YOU, dos à la foule, afin que la caméra capte tous les spectateurs derrière et près de lui, ainsi que leurs lumières de poche, ce qui crée un autre moment interactif et magique.
Le rappel se veut court, mais explosif : il enchaîne avec une piste de son album BEFORE I FORGET (DELUXE), MOVE YOUR BODY, avant de conclure avec la très attendue NIGHTS LIKE THIS, pour laquelle il nous livre toute l’énergie qu’il lui reste. Pour tous les amateurs de R&B, pour les amoureux de chansons de break up, ainsi que pour les fans de musique à la Justin Bieber, on recommande hautement un spectacle de The Kid Laroi, qui continue d’évoluer et de nous surprendre… du haut de ses 22 ans !
Journaliste : Laurence Daoust
Alestorm à la Place Bell : la piraterie comme art conceptuel @ Montréal
Mardi soir, Place Bell. Cinq pirates, canard gonflable géant en fond, foule en tricornes de plastique. Le ridicule est total. C’est précisément le sujet.
Mais avant les pirates, les elfes. Twilight Force ouvre en armures et capes, power metal symphonique assumé sans ironie. Performance vocale irréprochable d’Allyon, riffs néoclassiques affûtés. Selon une bonne partie de la salle, ils ont presque volé la vedette.
Rappel : Alestorm naît à Perth en 2004 et invente le pirate metal en 2008 avec Captain Morgan’s Revenge. Là où Sabaton industrialise la guerre, Christopher Bowes industrialise l’ivresse. Méta-blague sur le folk metal de Korpiklaani et Finntroll, poussée jusqu’au canard gonflable.
Le set démontre la mécanique. Keelhauled, Zombies Ate My Pirate Ship, Banana : les titres se lisent comme des memes, mais les riffs tiennent debout. La reprise Hangover de Taio Cruz transforme un tube R&B en hymne à la cuite collective. Dans un metal saturé de sérieux performatif, la connerie revendiquée devient une forme de radicalité.
Le rappel achève le travail. Drink, Wooden Leg!, Fucked With an Anchor : chantés par 6000 personnes comme on chante Hey Jude. Rumpelkombo clôt dans un chaos eurodance assumé.
On sort le tricorne de travers. Bowes a gagné. Encore. Mais ce soir, les elfes ne sont pas loin derrière.
Journaliste et Photographe: Paul Blondé
Electric Callboy à la Place Bell : le kitsch comme arme de destruction massive @ Montreal
Vendredi soir, Place Bell. Cinq Allemands sur six (Pascal manquait à l’appel pour raisons familiales) en survêtements fluo et moustaches improbables, transformant une aréna de banlieue en discothèque de Castrop-Rauxel.
Rappel utile : quand Eskimo Callboy (le « Eskimo » tombera en 2022) émerge de la Ruhr en 2010, le metalcore allemand patauge dans sa propre grandiloquence. Le groupe choisit l’inverse : synthés eurodance, blagues de cour d’école, mauvais goût assumé. La scène les méprise dix ans durant. Puis Hypa Hypa explose en 2020, et le ridicule devient stratégie : tenir enfin la promesse jamais tenue du nu-metal, celle d’un metal qui puisse danser sans se renier.
Le set le démontre. TANZNEID en ouverture, breakdowns chirurgicaux sur nappes trance, le pit hésitant entre wall of death et Macarena. La reprise de Still Waiting de Sum 41 sonne comme une revendication de filiation : pop-punk canadien et tekkno allemand partagent le même ADN d’idiotie sincère. Le médley Hurrikan / Overkill / All the Small Things / Bodies enchaîne Motörhead, Blink-182 et Drowning Pool comme un shuffle Spotify de l’histoire du metal grand public. Cynique. Et désarmant d’honnêteté.
Moment de bascule : quelque part en milieu de set, le bassiste Daniel se casse la cheville. Il termine le show attelle au pied droit, boitant à peine, comme si de rien n’était. The show must go on version Ruhr. Voilà du vrai rock n’ roll, plus convaincant que n’importe quel discours sur l’authenticité.
Le passage acoustique (Fuckboi, Everytime We Touch de Cascada) fait tomber la blague : restent des musiciens qui chantent juste. RATATATA et We Got the Moves en bénédiction finale. On sort en sueur, vaguement honteux d’avoir tant aimé. C’est exactement ce qu’ils voulaient.
Journaliste et Photographe: Paul Blondé