Vendredi soir, Place Bell. Cinq Allemands sur six (Pascal manquait à l’appel pour raisons familiales) en survêtements fluo et moustaches improbables, transformant une aréna de banlieue en discothèque de Castrop-Rauxel.

Rappel utile : quand Eskimo Callboy (le « Eskimo » tombera en 2022) émerge de la Ruhr en 2010, le metalcore allemand patauge dans sa propre grandiloquence. Le groupe choisit l’inverse : synthés eurodance, blagues de cour d’école, mauvais goût assumé. La scène les méprise dix ans durant. Puis Hypa Hypa explose en 2020, et le ridicule devient stratégie : tenir enfin la promesse jamais tenue du nu-metal, celle d’un metal qui puisse danser sans se renier.

Le set le démontre. TANZNEID en ouverture, breakdowns chirurgicaux sur nappes trance, le pit hésitant entre wall of death et Macarena. La reprise de Still Waiting de Sum 41 sonne comme une revendication de filiation : pop-punk canadien et tekkno allemand partagent le même ADN d’idiotie sincère. Le médley Hurrikan / Overkill / All the Small Things / Bodies enchaîne Motörhead, Blink-182 et Drowning Pool comme un shuffle Spotify de l’histoire du metal grand public. Cynique. Et désarmant d’honnêteté.

Moment de bascule : quelque part en milieu de set, le bassiste Daniel se casse la cheville. Il termine le show attelle au pied droit, boitant à peine, comme si de rien n’était. The show must go on version Ruhr. Voilà du vrai rock n’ roll, plus convaincant que n’importe quel discours sur l’authenticité.

Le passage acoustique (Fuckboi, Everytime We Touch de Cascada) fait tomber la blague : restent des musiciens qui chantent juste. RATATATA et We Got the Moves en bénédiction finale. On sort en sueur, vaguement honteux d’avoir tant aimé. C’est exactement ce qu’ils voulaient.

Journaliste et Photographe: Paul Blondé