Category: Québec

FEQ 2026 : Limp Bizkit et Cypress Hill lancent la 58e édition dans une marée humaine @ Québec

Cleopatrick + Cypress Hill + Limp Bizkit + Lou-Adriane Cassidy — Festival d’été de Québec, 9 juillet 2026

Il y avait quelque chose d’assez particulier dans l’air de Québec ce jeudi soir. Pour lancer sa 58e édition, le Festival d’été de Québec a choisi de faire les choses autrement : laisser les guitares lourdes, le hip-hop rock et l’énergie explosive prendre possession des plaines d’Abraham dès la première soirée.

Un choix audacieux qui semble avoir été largement récompensé. Rarement une ouverture du FEQ aura donné autant l’impression d’un immense rassemblement rock. Bien avant le début des spectacles, la foule envahissait déjà les rues autour du site. Se rendre jusqu’aux plaines relevait presque du parcours du combattant tant les festivaliers étaient nombreux à vouloir assister à cette soirée.

Sous un magnifique ciel d’été légèrement nuageux et humide, Québec était prête à faire du bruit et du bruit, il y en a eu.

Pour ouvrir cette première soirée sur les plaines, c’est le duo canadien Cleopatrick qui avait la responsabilité de donner les premiers coups de guitare de cette 58e édition. Une entrée en matière résolument rock et efficace, qui annonçait déjà la couleur d’une soirée où les amplis allaient clairement prendre leur place.

Avec leur énergie garage rock et leurs sonorités lourdes, Cleopatrick a rapidement installé l’ambiance devant un public qui continuait d’envahir les plaines minute après minute.

Puis c’est Cypress Hill qui est venu faire monter la température d’un cran avant l’arrivée très attendue de Limp Bizkit. Mission accomplie pour le groupe californien qui, après plus de trois décennies de carrière, continue de prouver que ses classiques traversent les générations.

Car c’est probablement l’une des choses les plus marquantes de cette première soirée : ce mélange incroyable entre les fans de la première heure et une toute nouvelle génération venue s’approprier ces chansons.

Dans la foule, il y avait évidemment ceux qui ont grandi avec ces groupes dans les années 90 et 2000. Ceux pour qui ces morceaux rappellent une époque, une adolescence, des souvenirs précis. Mais à côté d’eux, il y avait aussi la toute nouvelle génération, parfois les yeux brillants, qui connaissaient chaque parole par cœur.

La même magie s’est produite avec Limp Bizkit. Sept ans après son passage remarqué à l’Agora Fest en 2019, le groupe était de retour à Québec. Mais cette fois, Fred Durst et sa bande avaient devant eux l’immensité des plaines d’Abraham, transformées pour l’occasion en véritable terrain de jeu géant.

La connexion avec le public était immédiate. Les bras se sont levés, les voix ont suivi, et la foule immense semblait connaître chaque mot.

Ce qui frappait le plus, c’est que cette vague d’amour pour Limp Bizkit ne reposait pas uniquement sur la nostalgie. Bien sûr, il y avait ceux qui avaient grandi avec Chocolate Starfish and the Hot Dog Flavored Water au début des années 2000. Mais tout autour d’eux, une nouvelle génération scandait Rollin’, My Generation ou encore Break Stuff avec la même intensité.

Certains n’étaient même pas nés lorsque ces titres ont explosé partout dans le monde, et pourtant ils étaient là, au premier rang, à vivre ces chansons comme si elles leur appartenaient depuis toujours.

La preuve qu’un bon riff, une attitude assumée et une chanson qui marque une époque peuvent traverser les années sans prendre une ride.

Et parmi les moments qui resteront certainement gravés dans les souvenirs de cette soirée, difficile de ne pas parler de cette fan invitée à monter sur scène aux côtés de Fred Durts.

Parce qu’il faut le dire : accepter une telle invitation devant une foule aussi immense demande une bonne dose de courage. Mais une fois le micro entre les mains elle a envoyé du lourd, portée par l’énergie du groupe et celle des milliers de festivaliers réunis devant elle. Un moment complètement inattendu où une fan est passée, l’espace de quelques minutes, de spectatrice à véritable partie du spectacle. Et elle n’a pas seulement relevé le défi : elle a réussi à épater les plaines d’Abraham.

Preuve que quelque chose de spécial venait de se produire, sa prestation faisait déjà le tour des réseaux sociaux quelques heures seulement après la fin du concert.

Après cette déferlante d’énergie, direction la scène Loto-Québec à la place George-V pour changer complètement d’univers avec Lou-Adriane Cassidy.

Et c’est justement ce contraste qui rend le FEQ si unique.

Après les guitares explosives et l’énergie débordante des plaines, place à une proposition beaucoup plus lumineuse et intime. Avec son énergie pétillante, son naturel et cette petite touche d’humour qui accompagne ses interventions, Lou-Adriane Cassidy a offert un moment rempli de fraîcheur devant un public venu, lui aussi, profiter pleinement de cette première soirée.

L’un des instants les plus touchants est arrivé lorsqu’elle a pris quelques minutes pour raconter l’histoire derrière une chanson écrite pour sa tante, alors en fin de vie.

Elle a expliqué vouloir préserver ses souvenirs, lui rappeler des fragments de son enfance et de son histoire alors que ceux-ci commençaient tranquillement à lui échapper. Une façon de transformer un moment difficile en quelque chose de beau et d’intemporel.

Dans la foule, les lumières des téléphones se sont allumées une à une, créant une atmosphère complètement différente de celle vécue quelques minutes plus tôt sur les plaines, mais tout aussi forte.

C’est aussi ça, le Festival d’été de Québec : pouvoir passer d’une immense vague de décibels à un instant de pure émotion en quelques pas seulement.

Pour sa première journée, cette 58e édition aura rappelé pourquoi le FEQ occupe une place si particulière dans le cœur des festivaliers. Peu importe l’époque, le style ou la génération, lorsque la musique rassemble, elle parle encore le même langage.

Auteure : Sandra Esteves

Photographes :

Limp Bizkit : Mélanie Clément

Cleopatrix, Cypress Hill, Lou-Adrianne Cassidy : Sandra Esteves

Evanescence + Spiritbox au Centre Bell : quand la petite scène rencontre la grande @ Montréal

Montréal, Centre Bell — 30 juin 2026

Le 30 juin dernier, le Sanctuary World Tour d’Evanescence faisait escale au Centre Bell, avec Spiritbox et Nova Twins en première partie. Le groupe d’Amy Lee a lancé sa tournée nord-américaine le 11 juin à West Palm Beach, en Floride, afin de mettre en avant leur nouvel album Sanctuary, sorti le 5 juin 2026 chez Columbia. Il s’agit de leur sixième disque studio et du premier depuis The Bitter Truth (2021).

Spiritbox : une grosse pointure à l’étroit sur une trop grande scène

Je dois dire avant toute chose que je ne connaissais pas Spiritbox, alors qu’Evanescence a bercé mon adolescence. Mais il est difficile de ne pas ressentir un décalage entre les deux prestations. Spiritbox sort tout juste de sa propre tournée en tête d’affiche pour leur nouvel album Tsunami Sea, où ils ont l’habitude d’être les maîtres des lieux dans des salles à leur mesure. Sur la scène du Centre Bell, en revanche, le son manquait de punch et l’ensemble donnait une impression étonnamment cheap pour un groupe de ce calibre. On sentait presque qu’ils n’avaient pas l’habitude d’occuper les grandes surfaces : la production visuelle était minimale, les éclairages au strict minimum syndical, surtout sur les premières chansons. Le show est devenu un peu meilleur par la suite, mais pour un groupe habitué à ouvrir pour de très grands noms et capable de remplir le MTelus, je m’attendais à mieux.

Ceci dit, le groupe reste solide musicalement, porté entre autres par un bassiste qui bouge très bien sur scène et qui vole une bonne partie de l’attention visuelle. La chanteuse Courtney Laplante est également assez active, même si j’aimerais qu’elle mette son pied-de-micro au placard. Mais l’impression qui domine, c’est celle d’un groupe qu’on a envie de revoir dans une salle plus petite, je regrette de les avoirs raté en Avril au MTelus, cela m’aurait permi d’avoir un bon point de comparaison.

Evanescence : une scénographie qui, elle, est à la hauteur

Le contraste est total dès l’entrée en scène d’Evanescence. Le groupe d’Amy Lee, en pleine tournée pour Sanctuary, a livré un spectacle qui n’a jamais souffert du même sentiment d’être « trop petit » pour l’endroit — bien au contraire. La quantité de lumière, de fumée, de pyrotechnie… était juste impressionnante.

Sur plusieurs chansons dont Lithium, le piano à queue sort d’une trappe et se retrouve à l’avant-scène, presque au milieu du public. Juste après Like You, la seule chanson de The Open Door qui n’avait jamais été jouée en spectacle, un clin d’œil bienvenu au 20e anniversaire de cet album en 2026, a eu droit à sa première live sur cette tournée, un vrai cadeau pour les fans de longue date.

Self Destruct, tiré du nouvel album, est un exemple de mise en scène travaillée et aboutie : des câbles LED suspendus qui bougent au-dessus de la scène, une projection de ville futuriste en fond et un plancher incliné et lumineux qui donne une vraie profondeur visuelle à la pièce. On a l’impression d’être immergé dans l’univers du groupe.

Sur Calm Down, la scène s’enflamme littéralement, avant que le groupe ne s’envole sur des plateformes élévatrices. Il y en a toujours plus (parfois presque trop ?) et on se demande si le groupe a encore des surprises pour nous. 

Call Me When You’re Sober profite quant à elle d’un écran en fond de scène qui mélange habilement images captées en direct et extraits de vieux clips du groupe, un effet très réussi qui joue autant sur la nostalgie que sur le moment présent.

Comment passer à côté de Bring Me to Life, qui était placé en milieu de set, J’aurais pensé la voir à la toute fin, mais peu importe. C’est ma chanson préférée du groupe et malgré l’absence de la voix masculine de Paul McCoy (qui l’interprétait sur l’enregistrement original), on aurait pu craindre un moment un peu bancal. Mais le groupe a intelligemment réarrangé la chanson pour composer avec cette absence, et Amy Lee reprend elle-même certaines des sections vocales masculines. Le résultat est plutôt réussi. 

En bref

Une soirée à deux vitesses : un Spiritbox que j’ai trouvé pas vraiment à l’aise dans un aréna aussi grand malgré son statut actuel de tête d’affiche dans ses propres tournées, et un Evanescence qui, avec Sanctuary, prouve qu’il sait encore transformer une salle en véritable spectacle scénique. Cela n’a donné envie de réécouter ce groupe que j’écoutais adolescent et les chansons de leur dernier album Sanctuary, bien présentes pendant le concert, ont su me convaincre d’aller l’écouter. J’ai déjà hâte de pouvoir les revoir.

Journaliste et photographe: Thomas Courtois

Tomber en amour deux fois : Lorie conquiert enfin le Québec @ Impérial Bell (Québec)

Certaines premières fois ont l’étrange allure de retrouvailles.

Vendredi soir, j’étais dans la salle quand Lorie a posé le pied pour la toute première fois sur une scène québécoise. Et pourtant dès les premières minutes l’impression qui régnait dans la salle n’avait rien d’une découverte. Pour beaucoup de ceux et celles présents à l’Impérial Bell, Lorie faisait déjà partie de leur histoire depuis plus de vingt ans.

Avant le spectacle, les conversations tournaient souvent autour des mêmes souvenirs : les chansons qui ont marqué l’adolescence, les albums écoutés en boucle et l’excitation de voir enfin celle qui a accompagné toute une génération. Une chose était évidente : le public québécois était déjà tombé en amour avec Lorie bien avant son arrivée à Québec.

Visiblement émue, la chanteuse a rapidement confié ressentir une certaine nervosité à l’idée de cette première rencontre avec son public québécois. Une inquiétude qui s’est rapidement dissipée dès les premiers échanges avec la foule.

Ce qui m’a frappée tout au long de la soirée, c’est à quel point Lorie regarde les gens. Pas en direction de la foule, elle regardait des visages et elle cherchait des yeux. Et ça, ça change tout. Les sourires, les échanges complices avec les premiers rangs, les refrains repris en chœur, tout ça aurait pu rester dans le registre du spectacle bien rodé. Mais non. Portée par l’enthousiasme du public, elle a enchaîné les succès dans une ambiance festive.

La deuxième partie du concert a permis de prendre la mesure de qui est Lorie aujourd’hui. Maman depuis peu, elle a interprété Nina, une chanson inédite dédiée à sa fille. Un moment d’une sincérité désarmante.

Au fil de ses confidences, elle a aussi abordé sans détour son combat contre l’endométriose et l’adénomyose, deux maladies qui ont compliqué douloureusement son parcours vers la maternité. Un témoignage livré avec beaucoup de simplicité et d’authenticité.

Assise près du public pour une version piano-voix de Près de moi, elle a offert l’un des moments les plus forts de la soirée. Puis 20 ans x 2, et avec cette chanson, la reconnaissance tacite que son public a grandi avec elle.

À voir les nombreux téléphones levés, les mains formant des cœurs devant la scène et les sourires qui illuminaient les premiers rangs, il devenait clair que cette première visite ne serait probablement pas la dernière.

Québec était tombé en amour avec Lorie il y a plus de vingt ans. Vendredi soir, c’est Lorie qui semblait tomber en amour avec le Québec.

Une première partie qui avait tout d’une fête entre amis

Avant même que Lorie entre en scène, Sami Landri avait déjà retourné la salle.

Dès les premières notes du Feu, l’artiste acadienne a installé quelque chose qui ressemblait moins à une première partie qu’à un party chez quelqu’un qu’on connaît depuis longtemps. Entre les chansons, les anecdotes fusaient, l’humour arrivait sans prévenir, et la proximité avec le public s’est construite en quelques minutes à peine.

As-tu des cigarettes ? a déclenché l’une des séquences les plus rassembleuses de la soirée et à peine les premières paroles entonnées, la salle répondait déjà. La chanson est devenue une conversation collective, un appel-réponse spontané entre l’artiste et quelques centaines de personnes qui la découvraient pour la plupart.

Elle a aussi parlé avec beaucoup d’autodérision et de franchise, des différences culturelles entre la France et le Québec, de l’accueil réservé ici à la communauté LGBTQ+, de l’homophobie, de l’acceptation. Des sujets qui auraient pu alourdir l’atmosphère. Mais Sami Landri a ce don de dire des choses importantes en restant légère et sans jamais basculer dans le sermon, sans jamais perdre le fil du plaisir.

Ajoutez un parallèle improbable entre la Formule 1 et les drapeaux, deux reprises de Céline Dion qui ont littéralement enflammé la salle, et vous avez tous les ingrédients d’une première partie dont on ne voulait pas qu’elle se termine.

Quand Sami Landri a quitté la scène, le public était conquis, chaud, prêt.

La soirée pouvait commencer.

Et elle n’aurait pas pu mieux commencer.

Auteure et Photographe : Sandra Esteves

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