Tomber en amour deux fois : Lorie conquiert enfin le Québec @ Impérial Bell (Québec)
Certaines premières fois ont l’étrange allure de retrouvailles.
Vendredi soir, j’étais dans la salle quand Lorie a posé le pied pour la toute première fois sur une scène québécoise. Et pourtant dès les premières minutes l’impression qui régnait dans la salle n’avait rien d’une découverte. Pour beaucoup de ceux et celles présents à l’Impérial Bell, Lorie faisait déjà partie de leur histoire depuis plus de vingt ans.
Avant le spectacle, les conversations tournaient souvent autour des mêmes souvenirs : les chansons qui ont marqué l’adolescence, les albums écoutés en boucle et l’excitation de voir enfin celle qui a accompagné toute une génération. Une chose était évidente : le public québécois était déjà tombé en amour avec Lorie bien avant son arrivée à Québec.
Visiblement émue, la chanteuse a rapidement confié ressentir une certaine nervosité à l’idée de cette première rencontre avec son public québécois. Une inquiétude qui s’est rapidement dissipée dès les premiers échanges avec la foule.
Ce qui m’a frappée tout au long de la soirée, c’est à quel point Lorie regarde les gens. Pas en direction de la foule, elle regardait des visages et elle cherchait des yeux. Et ça, ça change tout. Les sourires, les échanges complices avec les premiers rangs, les refrains repris en chœur, tout ça aurait pu rester dans le registre du spectacle bien rodé. Mais non. Portée par l’enthousiasme du public, elle a enchaîné les succès dans une ambiance festive.
La deuxième partie du concert a permis de prendre la mesure de qui est Lorie aujourd’hui. Maman depuis peu, elle a interprété Nina, une chanson inédite dédiée à sa fille. Un moment d’une sincérité désarmante.
Au fil de ses confidences, elle a aussi abordé sans détour son combat contre l’endométriose et l’adénomyose, deux maladies qui ont compliqué douloureusement son parcours vers la maternité. Un témoignage livré avec beaucoup de simplicité et d’authenticité.
Assise près du public pour une version piano-voix de Près de moi, elle a offert l’un des moments les plus forts de la soirée. Puis 20 ans x 2, et avec cette chanson, la reconnaissance tacite que son public a grandi avec elle.
À voir les nombreux téléphones levés, les mains formant des cœurs devant la scène et les sourires qui illuminaient les premiers rangs, il devenait clair que cette première visite ne serait probablement pas la dernière.
Québec était tombé en amour avec Lorie il y a plus de vingt ans. Vendredi soir, c’est Lorie qui semblait tomber en amour avec le Québec.
Une première partie qui avait tout d’une fête entre amis
Avant même que Lorie entre en scène, Sami Landri avait déjà retourné la salle.
Dès les premières notes du Feu, l’artiste acadienne a installé quelque chose qui ressemblait moins à une première partie qu’à un party chez quelqu’un qu’on connaît depuis longtemps. Entre les chansons, les anecdotes fusaient, l’humour arrivait sans prévenir, et la proximité avec le public s’est construite en quelques minutes à peine.
As-tu des cigarettes ? a déclenché l’une des séquences les plus rassembleuses de la soirée et à peine les premières paroles entonnées, la salle répondait déjà. La chanson est devenue une conversation collective, un appel-réponse spontané entre l’artiste et quelques centaines de personnes qui la découvraient pour la plupart.
Elle a aussi parlé avec beaucoup d’autodérision et de franchise, des différences culturelles entre la France et le Québec, de l’accueil réservé ici à la communauté LGBTQ+, de l’homophobie, de l’acceptation. Des sujets qui auraient pu alourdir l’atmosphère. Mais Sami Landri a ce don de dire des choses importantes en restant légère et sans jamais basculer dans le sermon, sans jamais perdre le fil du plaisir.
Ajoutez un parallèle improbable entre la Formule 1 et les drapeaux, deux reprises de Céline Dion qui ont littéralement enflammé la salle, et vous avez tous les ingrédients d’une première partie dont on ne voulait pas qu’elle se termine.
Quand Sami Landri a quitté la scène, le public était conquis, chaud, prêt.
La soirée pouvait commencer.
Et elle n’aurait pas pu mieux commencer.
Auteure et Photographe : Sandra Esteves