Primavera Porto 2023 – J3 : Darkside + Central Cee + Pusha T et autres Porto (Portugal)
Wednesday
Pusha T
Rema
Self Esteem
St Vincent
Central Cee
Darkside
Darkside Primavera Porto 2023
Darkside Primavera Porto 2023
En attente de validation de la part de la Production
Todiefor
13 avril 2019
Le mal de dos se fait ressentir, le couplet bière/frites fait office de petit-déjeuner… oui, j’entame le troisième jour du festival, et si ça commence à tirer de partout, l’excitation est toujours aussi présente. Cette journée attaque sur les chapeaux de roue avec la prestation tant attendue de Have a Nice Life, groupe iconique et pourtant très secret de la scène shoegaze/post-rock/expérimentale de ces dix dernières années. Iconique car c’est seulement en deux albums que le groupe s’est forgée une réputation indéniable dans le milieu “rock alternatif” mais secret car le groupe ne fait quasiment jamais de concerts; on peut en effet les compter sur les doigts d’une main en dix ans. C’est donc à quelque chose d’assez exceptionnel que nous allons assister ce samedi. Et si, une fois de plus, la Koepelhal porte préjudice à la prestation, faute d’un bon son, c’est vrai que ce sera 1h de show intense, diversifié, avec des visuels prenants et qui changent de ce que l’on voit d’habitude, tant dans le fond que dans la forme (c’est un mec qui fait ça en live sur son ordi sur le côté de la scène). Alors ok, ils n’ont pas joué le morceau que j’attendais tant (Burial Society) mais le set, bien varié – à l’image de leur musique -, a définitivement bien lancé la journée.
Ce sera ensuite pour moi 3h d’errance entre la Green Room et Fontän qui m’a rappelé pas mal de choses, dont Ratatat parfois – étonnamment – de par ses sons électro et psyché à la fois (le groupe est un trio guitare, basse, machines), la Main Stage et Wolvennest dont on entend pas mal parler ces derniers temps mais qui m’en a honnêtement touché une sans faire bouger l’autre, le Hall of Fame et Noisepicker que j’avais sélectionné mais je n’ai pas compris pourquoi, et enfin la Main Stage de nouveau pour Sumac qui, malgré la puissance de leur musique et les fameux noms derrière le projet (Nick Yacyshyn de Baptists, Brian Cook de Russian Circles et Aaron Turner de Isis), me laissera lui aussi dans une indifférence totale. Je ne dénigre pas les compos ou le talent, mais bordel qu’est-ce que ça manque de cÅ“ur tout ça… C’est donc légèrement blasée et fatiguée que je me rends à la Green Room pour The Exorcist GBG, groupe on ne peut plus excitant sur le papier. Trio d’électro/psych aux multiples influences dont le giallo ou de manière générale les films d’horreur à l’ancienne en mode Goblin ? Je dis oui, et je n’ai pas regretté. Pendant 50 minutes, le groupe aura réussi à donner le sourire à une bonne partie de la salle et même à la faire danser ! Il faut dire que c’était pas évident de résister à cette basse ultra funky, ce synthé qui nous envoie des sons tout droits sortis des 80’s, le tout rythmé par une batterie présente mais qui n’étouffe pas le tout. Du coup, pendant ce temps, on oublie presque qu’on est au Roadburn, on se croit dans une boîte de nuit de bon goût, et on kiffe. Merci donc à eux d’avoir allégé cette journée !
Terzij de Horde par Paul Verhagen
Après ça je me rends à Het Patronaat pour une toute autre ambiance car je vais assister à la prestation de Terzij de Horde, groupe de black métal aux multiples influences, du doom au hardcore. Me découvrant un goût certain pour la scène black métal ces derniers temps après des années de reniement, c’est un peu quitte ou double avec moi, mais le groupe l’a emporté haut la main. En effet, la musique de la formation néerlandaise est aussi efficace que diversifiée, et quand je regrettais un manque de cÅ“ur chez certains, on ne peut pas dire ça ici. Il est clair que Terzij de Horde vit sa musique à 200%, et notamment le chanteur qui transmet une émotion palpable. Il faut dire que quand on creuse un peu, on voit qu’il y a un vrai concept cathartique chez le groupe, et ça se ressent. Je ne regarderais pas le concert jusqu’au bout car il est temps de revenir à la Main Stage pour Sleep mais validation certaine pour le groupe.
Tête d’affiche de la journée, et du festival on peut le dire, le célèbre groupe de stoner/doom californien est sur toutes les vestes, sacs, casquettes et t-shirts depuis trois jours. Il faut dire que le groupe ne sort pas beaucoup d’albums (5 en 27 ans) et Sciences, successeur de Dopesmoker, a mis 15 ans à paraître, donc c’est légèrement attendue comme date. Bref, ça fume pas mal de joints chez Sleep et ça se la coule douce. Mais quand ça joue, ça joue pas à moitié. C’est donc armé d’une dizaine d’amplis que le groupe vient jouer Holy Mountain, sorti en 1992, et sur lequel apparaît la fameuse Dragonaut; et dès les premières notes, on s’en prend plein la tronche. Déflagration de guitare, de basse et de batterie; c’est lourd, lent, ça fait mal au cou, et c’est parti pour 2h.
Sleep par Paul Verhagen
Mais je quitte la salle au bout de la première car ils jouent de nouveau le lendemain et que je voudrais bien voir ce que donne Louise Lemón sur scène. Elle aussi c’est une découverte de la prog’, une de celles en bleu dans mon code couleur allant de rouge à bleu en passant par vert selon l’envie de voir sur scène. Je suis un peu dubitative face à ce qu’elle renvoie (cartes postales d’elle et seulement elle en tenue sexy et ultra maquillée font notamment partie de son merchandising donc elle me semble légèrement égo centrée), mais également curieuse car son album a été enregistré dans les studios de Randall Dunn, par lesquels sont passés Chelsea Wolfe et Sunn O))), rien que ça. Alors au diable les préjugés, je veux lui donner une chance. Bon, et bien je vais vite déchanter. En effet, malgré sa belle voix (mais déjà bien trop entendue), sa robe clinquante et le mec en toge qui dispersera sa fumée d’encens façon cérémonie de magie noire en début de concert, et donc tout ce qu’il faut pour me plaire, tout cela sent beaucoup trop le faux et le re faux. Du coup je me dis qu’il n’y a rien à rater, je sors de la Green Room précipitamment et cours jusqu’à la Hall of Fame où va jouer Bellrope, un de mes coups de cÅ“ur en rouge du festival. J’arrive juste à temps, le concert ayant déjà commencé mais la foule post Sleep n’ayant pas encore débarqué (elle n’arrivera qu’à la fin), et je me trouve une bonne place près du bar pour profiter pleinement de ce qui sera le deuxième concert de mon top 3 du Roadburn édition 2019. Quelle claque ! Il m’aura fallu moins de trente secondes pour me mettre dans l’ambiance et je ne vais pas en sortir avant la fin (et même après). Car si j’apprécie la diversité de la programmation, quelle joie de voir (enfin) un groupe aux vraies influences doom, avec pour mots d’ordre “lourdeur” et “intensité”. C’est plutôt crade et noise mais c’est super bien exécuté et le groupe prend autant son pied que le public. Une petite heure de pur bonheur où les sourires sur les visages feront concurrence à la sueur et aux craquements de nuques. Le groupe allemand, sous le nom de Black Shape of Nexus, avait déjà laissé une trace indélébile sur le Roadburn après leur passage en 2008, et bien je pense pouvoir assurer qu’ils ont cette fois-ci passer la seconde couche. Merci à eux.
Après cela, c’est simple, plus rien ne peut m’atteindre. J’ai mal partout mais je suis heureuse comme jamais et je sautille dans tous les sens. Et alors que je pense avoir 40 minutes devant moi pour redescendre avant Uran GBG, je passe devant le Ladybird Skatepark et vois une foule attroupée là . Je me renseigne et on me dit que Thou va jouer son set de reprises. Parfait, ça me fera patienter en bonne compagnie. Finalement, je n’irai jamais voir Uran GBG car j’ai confondu les salles et les horaires (no comment), mais aussi et surtout car le concert de Thou à ce moment-là fût certainement le plus excitant du festival. En mode punk et Misfits, le groupe aura réussi à transformer l’endroit en maison des jeunes en 2 secondes chrono et à faire danser, rire et sourire tout un parterre de doomeux qui, s’ils sont sympathiques, ne sont pas les rois de la sympathie affichée… Du coup ça pogote dans tous les sens, ça slamme, y compris parmi les membres du groupe, et tout le monde prend son pied pendant une heure. Tout ce qu’il me fallait pour finir cette soirée fortement houblonnée et pleine d’émotions. Dimanche, dernier jour, je t’attends !
14 avril 2019
Dernière ligne droite du festival. Claques, déceptions, bonheur, ennui, je suis maintenant passée par tous les stades et donc je suis prête à tout. Sauf à ce qui m’attend. Aujourd’hui aussi le festival commence avec un set de Have a Nice Life, et pas des moindres, le groupe venant jouer l’intégralité de son mythique album Deathconsciousness. C’est donc vers une Main Stage étonnamment peu remplie que je me dirige, et alors que je m’apprête à me nourrir de la mélancolie inhérente au groupe, c’est tout l’inverse qui se produit. En effet, certainement déjà trop saoule pour la prestation (il est 14h, je sais, mais on ne juge pas), je passe le concert à me fendre la poire en bonne compagnie plutôt que de me plonger dans l’ambiance. Autour de moi, des gens se prennent (littéralement) la tête et pleurent alors j’imagine que ça a fonctionné pour certains mais très peu pour moi. Enfin objectivement, c’était quand même une fois de plus très intéressant visuellement parlant (avec notamment un morceau avec des visuels en 3D mais je n’ai pas fait partie des chanceux qui ont reçu les lunettes adéquates pour apprécier le tout pleinement), mais définitivement le comportement de post ado torturé de Dan Barett, ainsi que sa voix (oui, il chante faux la plupart du temps), m’ont poussé à quelques moqueries pleinement assumées…
Après ça, j’ai entrevu MJ Guider dans la Green Room, juste le temps de me rendre compte que je n’étais pas dans l’ambiance pour ce genre de musique même si ça avait l’air très chouette, je suis rentrée dans la Main Stage pour confirmer que je n’aimais pas Daughters, et j’ai un peu vu de Mord’A’Stigmata dans la Het Patronaat, histoire d’entendre un peu de black aujourd’hui.
Mord’A’Stigmata par Paul Verhagen
C’était pas mal du tout d’ailleurs, bien exécuté tout ça, mais ça manquait cruellement de cÅ“ur, une fois de plus. Et quand je dis cÅ“ur, je n’entends pas de l’amour – on parle de black métal tout de même – mais quelque chose qui se dégage et qui soit autre que de la technique merde…
Enfin de toute façon c’est déjà l’heure de Thou et je décide de me diriger vers la Main Stage bien en avance, histoire d’être sûre d’avoir une bonne place. La dernière fois que je les ai vu, c’était il y a presque deux ans à San Francisco, et c’est un souvenir magique que cette soirée. Et bien ce dimanche 14 avril restera aussi gravé dans ma mémoire, ce concert détrônant la troisième place de mon top du Roadburn. Le groupe de Louisiane entame ce soir son quatrième set du festival (après un acoustique que j’ai raté mais qui était apparemment assez décevant, celui avec Emma Ruth Rundle et celui de reprises dont je parlais plus haut) et définitivement le meilleur. Ils jouent cette fois l’entièreté de Magus, leur dernier méfait sorti l’été dernier sur Sacred Bones Records. Groupe à géométrie variable, on ne se lasse pas des allées et venues de musiciens divers et variés, dont cette fois la chanteuse qui était plus tôt sur scène avec MJ Guider au clavier (elle-même participant au projet de temps en temps). Cinquante minutes donc, et un même nombre de claques dans les dents, tant on a droit à une performance exécutée autant avec talent technique qu’émotions. Car c’est là que je voulais en venir plus tôt : on ne peut pas dire que Thou fait dans la dentelle, loin de là , mais de leur musique se dégage quelque chose qui touche et émeut. Et pour moi c’est ça le vrai talent. C’est bien beau de se branler sur un manche de guitare mais si ça ne me hérisse pas le poil, je n’en vois pas l’intérêt. Enfin les goûts et les couleurs… Bref, tout ça pour dire que la formation sludge a une fois de plus remis les pendules à l’heure et pas mal de monde est sorti de là le sourire aux lèvres. Moi la première.
C’est tout logiquement que je n’ai pu assister au concert de Marissa Nadler en suivant, celui-ci ayant lieu à la Het Patronaat et la file aillant jusqu’au stand de frites; et c’est loin. Du coup j’attends plus ou moins sagement Old Man Gloom en allant faire un tour au merch‘ et je reviens à la Main Stage pour la claque annoncée.
Old Man Gloom par Paul Verhagen
Bon, au final, Old Man Gloom et Sumac, même combat : c’est technique, c’est bourrin, mais c’est chiant comme la pluie. Je reste malgré tout jusqu’au bout mais je reste également indifférente. Deuxième essai, deuxième raté; désolée Aaron, mais on n’est pas fait pour s’entendre visiblement (je n’ai jamais été une grande fan de Isis non plus). Je prends le temps de manger, puis c’est déjà l’heure du deuxième set de Sleep, celui où le groupe va jouer son dernier album en date en intégralité. Déjà vu la veille, mais aussi il y a un an pour la présentation sur scène de ce dernier, je n’ai donc aucune surprise et part au bout de trente minutes pour tenter de voir Birds In Row à la Het Patronaat. Si je ne m’abuse, Birds In Row est le seule groupe français de la programmation, et si je ne suis pas patriote, loin de là !, ça fait quand même plaisir de savoir que le Roadburn se penche sur notre cas. Malheureusement, je crois que je suis éreintée et que plus rien ne peut m’atteindre à cette heure, et c’est donc sur fond de fatigue que je regarde quelques morceaux du groupe lavalois. Pourtant là il y a du cÅ“ur, de la technique, de la recherche musicale et esthétique (un écran en fond montre en slow motion l’auto shibari d’une nana et c’est de toute beauté), mais c’est comme si tout cela glissait sur moi sans m’atteindre. Mention spéciale tout de même au message de tolérance lancé par le chanteur et que l’on entend trop peu souvent dans la scène. On se revoit une autre fois dans un autre contexte, promis.
Un dernier tour au merch‘ et le festival s’achève pour moi. Il y a eu pas mal de déceptions, beaucoup de découvertes, mais avant tout des beaux moments – humains ou non -, une météo délirante entre t-shirt au soleil et neige, de la bonne bouffe (merci les stands végé et végan de vous développer un peu plus chaque année), et surtout une appréciation toute particulière une fois de plus pour l’orga qui, si elle fait des erreurs (les gobelets en plastique encore en 2019, vraiment ?!), fait en sorte que tout se déroule le mieux pour tout le monde et c’est grandement réussi. Du coup, même pas peur de la foule, Roadburn, je ferai tout pour être de nouveau dans tes bras en 2020.
Doom, love, et autres joyeusetés.
Auteure : Hélène
Crédit photos : Paul Verhagen
Après 5 ans d’absence, et pas mal de réticences au vu des commentaires concernant la jauge augmentée du festival qui semble un peu anxiogène désormais, me voilà de retour au fameux Roadburn. Référence ultime en Europe pour ce qui est de la scène doom et affiliées, le festival néerlandais a su au fil des ans enrichir sa prog’ de par sa diversité. Et si on y voit toujours autant de groupes que l’on aime, on se délecte chaque jour de toutes ces découvertes. Voici donc mon compte rendu tardif et non exhaustif de ce festival dont ma nostalgie n’a d’égale que sa qualité.
11 avril 2019
C’est le sourire aux lèvres et toute en curiosité que je me rends au tout premier concert qui a lieu dans cette chère Het Patronaat, salle emblématique du festival malheureusement vouée à disparaître (j’ai entendu dire que c’était la dernière année qu’elle serait accessible au festival). Ancienne chapelle reconvertie en salle de concerts le temps du Roadburn, la salle est à taille idéale avec quelques centaines de personnes, le bar au fond (et des serveurs tellement sympas !) et un balcon avec moquette au sol et sièges molletonnés idéaux pour faire la sieste entre deux concerts. Et si j’y vais, c’est pour la première découverte du festival, j’ai nommé Sherpa. Groupe italien aux forts relents post-rock, le quatuor, dès les premières notes, me propulsera dans d’autres sphères où le rock psyché dans ce qu’il a de plus lancinant va se teinter de touches aériennes qui allègent le tout sans pour autant nous sortir du trip. Ils ont joué une heure, et pendant une heure j’ai eu l’impression de flotter dans la salle, les pieds pourtant bien ancrés dans le sol, ressentant chaque vibration, mais définitivement la tête au-dessus des montagnes. C’était très beau, et j’en aurais bien pris plus. Beaucoup plus. Mais je suis au Roadburn, et c’est donc le début d’une course folle qui ne va pas s’arrêter pendant quatre jours. En tout cas, je ne peux que chaudement vous recommander de jeter une oreille à leur LP Tigris & Euphrates sorti en septembre 2018 et qui m’a totalement fait revivre le voyage à la maison.
Et dès lors, je dois avouer que cette journée n’aura été qu’errance et perplexité. Il y a tout d’abord eu le passage vers la Main Stage (qui a doublé de volume depuis la dernière fois que j’étais venue) histoire de voir le projet Folkesange de Myrkur, soit un set avec des morceaux à elle retravaillés ou des chants folkloriques norvégiens, le tout mis en beauté par des choristes, un piano, violoncelle et autres. Et certes c’est beau, mais qu’est-ce que c’est chiant…
Myrkur par Paul Verhagen
Alors j’attends Treha Sektori qui va commencer dans la Green Room, soit la petite salle du complexe 013. Issu du célèbre collectif belge Church Of Ra que l’on ne présente plus, ce projet solo de Dehn Sora propose une dark ambient des plus percutantes, le tout relevé par les magnifiques images en noir et blanc projetées à l’arrière de la scène. On se prend vraiment au jeu, on rentre dans une espèce de transe lourde, sombre et assourdissante. Mais au bout de trente minutes, je me rends compte que ça ne va vers nulle part et donc je me dis « à quoi bon ? ». Alors je retourne à Het Patronaat pour Rakta. Découvertes elles aussi via la prog’ du festival, je suis impatiente de voir sur scène ce trio de nanas qui m’avait beaucoup plu lors du la live session KEXP. Entre post punk, expérimentations et rock psyché, j’avais totalement adhéré. Mais là , j’ai pas compris grand chose. En effet, je ne sais pas si ça a un lien mais c’est dorénavant quelqu’un d’autre à la batterie (un homme en l’occurrence) et le groupe semble maintenant officier dans la noise expérimentale plus que dans tout autre chose. Enfin, certains diront sûrement que ça n’a rien de noise ni d’expérimental, mais moi ça m’a paru un peu foutraque et je ne m’y suis pas retrouvée du tout. Alors j’ai profité du fauteuil pour faire une sieste avant Lingua Ignota dans la Green Room, elle aussi inconnue au bataillon avant d’explorer le line up du festival. Seule derrière son clavier, placée en plein milieu du public et seulement éclairée par une lampe de chantier, la californienne m’a retourné le ventre et le cerveau. Passant de voix lyrique à chant hurlé, celle qui répond au nom de Kristin Hayter nous plonge dans un univers sombre où le mal est omniprésent et où la rédemption n’existe pas. Elle-même victime d’une relation malsaine aux divers abus, elle nous fait partager sa rage d’une manière si brute et sincère que l’on ne peut rester indifférent. Et c’est sans parler des images à l’arrière qui nous montrent des paysages dévorés par le feu, le tout parfois agrémenté de voix off où la souffrance omniprésente me fait parfois suffoquer. Bref, une véritable révélation avant même d’en être vraiment une (oui, va falloir lire la suite pour la comprendre celle-là ).
Après ça, honnêtement, je n’avais plus besoin de grand chose, alors je suis allée me perdre de l’autre coté du festival, dans cette ère jusqu’alors inconnue pour moi, j’ai nommé le Pitstop. Mis en place l’année passée si j’ai bien compris, cet énorme hangar abrite tout un de choses dont deux scènes (la Koepelhal et le Hall Of Fame), mais aussi le merchandising, le bar à bières artisanales, une salle d’expo, un skate park et j’en passe. Bref, un chouette endroit où se trouver quand on a – étrangement – un trou dans sa journée. Alors c’est sur fond d’Emma Ruth Rundle que j’explore les lieux et fais mes premières courses, et je dois dire que je trouve ça pas mal mais ça ne me donne pas non plus envie d’aller dedans. Je décide quand même à y aller pour les trois dernier morceaux et force est de constater que le son ne lui rend pas justice… Mais bon, personnellement, même si j’aime ces mélodies, sa voix m’énerve un peu, et puis ça se sent qu’elle a beaucoup trop écouté Chelsea Wolfe. Du coup, pour ce qui est de « la révélation dont tout le monde parle depuis des mois », je repasserai…
Heilung par Paul Verhagen
La curiosité m’amène alors de nouveau vers la Main Stage où se produit Heilung, groupe de folk expérimental tout droit inspiré de la culture viking et dont les membres proviennent de Norvège, du Danemark ou encore d’Allemagne. Affublés de costumes incroyables qui me donnent l’impression d’assister à une performance assurée par des entités divines, voire des esprits, plus que par des êtres humains, le groupe me plonge temporairement dans leur musique qui se trouve aux confins de plusieurs courants, du chant traditionnel à la transe. Mais là encore, ça ne fonctionne pas pour moi, et si je suis déçue d’avoir raté le sacrifice en fin de set, je préfère aller reposer mes jambes et mes oreilles ailleurs. Ce qui me ramène au Hall Of Fame pour le concert d’Ovtrenoir. Je ne m’étirerai pas sur leur show que j’ai trouvé plutôt vide d’émotions et d’originalité, mais, en gros, si vous n’en avez pas marre d’écouter des pâles copies d’Amenra, vous pouvez toujours tenter. Moi j’ai eu ma dose, je vais me coucher.
12 avril 2019
Après avoir dormi dans un grenier hanté (c’est ça d’être hébergée chez des gens qui vivent près d’un cimetière), me revoilà au 013 pour entamer la deuxième journée sur quatre. Pleine d’entrain, je déchante vite en réalisant que je vais louper le premier acte que je voulais voir ce jour-là , j’ai nommé Gold. En effet, que faire face à cette longue longue longue file devant la Het Patronaat qui s’étend jusqu’à l’entrée de la rue et qui signifie que je ne serai pas dans la salle avant au moins la moitié du set ? Et bien rien, à part m’en aller et me diriger vers le Koepelhal où je veux voir Throane. En fond de scène un grand écran et des images en noir et blanc. Au milieu de le scène, un totem et quatre musiciens qui jouent face à lui et un chanteur qui chante dos au public. Ça vous rappelle quelque chose ? Amenra me dites-vous ? Et bien oui ! Sans surprise, Throane est un projet du mec derrière Treha Sektori, la bassiste est celle d’Ovtrenoir, bref, on nage en plein dans cet océan-là , certes beau et maîtrisé, mais terriblement vide et chiant.
Throane par Paul Verhagen
Du coup, deuxième fuite de la journée et retour à Het Patronaat où j’attends Mythic Sunship. Groupe de heavy space rock psyché (ou un truc du genre) découvert grâce à la prog’, il me fait vite déchanter lorsque je vois et entends un saxophone. Et il faut savoir que je déteste le saxophone. Mais vraiment. Je reste malgré tout deux, trois morceaux, mais c’est toujours la même rengaine alors je m’échappe, une fois de plus. Et bordel je suis vraiment déçue car c’est seulement sur le dernier album que l’on trouve ce terrible instrument, mais à l’image de Rakta la veille, c’est celui-là qu’ils ont en toute logique décidé de jouer sur scène. Bon bon bon… Je fais donc un détour par la Main Stage pour me réconforter dans l’idée que non, je n’aime pas Tryptikon, même quand ils sont en mode orchestre et qu’ils jouent le Requiem de Celtic Frost. Du coup je me dis qu’à un moment il faut arrêter de lutter et que ces déboires représentent l’occasion de ne pas rater le concert que j’attendais plus que n’importe quel autre, celui de AA Williams dans le Hall of Fame. Alors elle, ça a été mon véritable coup de cÅ“ur quand j’ai écouté le line up du festival. Seulement munie d’un EP quatre titres sorti en janvier et déjà sold out (sur un peu moins de 300 copies), la jeune anglaise a déjà signé sur Holy Roar, rien que ça. Et je comprends. Dès les premières notes de Control, premier titre de l’EP, les poils se hérissent et les larmes viennent aux yeux tant c’est plein de grâce et de sensibilité. Et ça ne s’amenuise pas au fil des titres, où la guitare, souvent acoustique, se mêle à une batterie vrombissante et des sons aériens qui nous ramènent en pleines contrés éloignées. Mais revenons-en au concert. Je trépigne d’avance, ayant trouvé une place de choix au milieu de cette petite salle qui subie elle aussi les aléas du Roadburn et son (trop ?) grand nombre de participants. Et je ne sais plus par quel morceau démarre le set, mais je sais que AA Williams jouera les quatre morceaux de son EP (coup de grâce pour Cold), ainsi que d’autres chansons encore inconnues mais qui résonnent déjà dans ma tête. Le concert se termine sur la fameuse Control et l’émotion me prend à la gorge et au cÅ“ur. Les larmes me viennent et déjà c’est l’heure de la fin. Ce concert de 50 minutes m’aura semblé en durer 15; il faut dire que cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu quelque chose d’aussi beau. Et si je suis sortie en me disant que ça aurait tout de même pu être mieux, qu’elle ne peut que s’améliorer, tant dans sa prestance que dans sa puissance, j’ai appris par la suite que c’était son tout premier concert, alors je lui donne tout mon respect. Artiste définitivement à suivre.
Après ça, encore toute émue, je cours vers la Main Stage où va commencer le show d’une autre de mes “living goddesses”, j’ai nommé Anna Von Hausswolff.
Anna Von Hausswolff par Paul Verhagen
Découverte il y a 6 ans peu après la sortie de deuxième album Ceremony, je l’ai depuis vu deux fois sur scène et je suis sortie de là complètement ébranlée le même nombre de fois. J’en attends donc énormément, car même si l’idée de la voir dans un si vaste espace ne m’excite pas plus que ça, je me dis que la puissance qui en ressortira n’en sera que plus appréciable. Et bien pas du tout. J’ai passé la moitié du set la tête ailleurs, pas vraiment imprégnée par la musique. En effet, je ne sais pas si c’était l’idée, mais la suédoise et son groupe qui l’accompagne pour le live ont délivré un set assez particulier, très noise, qui m’a donné l’impression qu’il fallait tout pousser à fond pour en mettre plein la vue à tous ces gens. Du coup ça manquait énormément d’harmonie à mon goût et tout ce pourquoi j’aime l’artiste sur album a disparu en live. Je reste tout de même jusqu’au bout (oui, c’est pas mauvais non plus, soyons bien d’accords), et après un (très) rapide détour par Het Patronaat pour Fauna (groupe de black métal ambient américain qui défend corps et âme Dame Nature) et Thou & Emma Ruth Rundle à la Koepelhal (où elle ne me séduit toujours pas et où le son est toujours aussi mauvais), je me rends bien à l’avance au Ladybird Skatepark pour le show surprise de Lingua Ignota. Et si je ne vais pas m’étendre sur le set dont j’ai déjà parlé plus haut et qui était sensiblement le même (à part la fin), je dois quand même avouer qu’être au deuxième rang, être face à elle et avoir la chance d’entendre sa voix directe plutôt que celle dans le micro m’a encore plus remué les tripes. La moitié de la salle est partie en chialant, et elle-même n’en était pas loin. Bref, c’était tout simplement incroyable et je conseille à quiconque qui lit ses lignes de se pencher sur cette artiste.
C’est donc le cÅ“ur tout retourné que je me dirige vers la Koepelhal où joue Drab Majesty, un des ovnis du festival qui fait plaisir à voir. En effet, le duo américain officie dans la dark wave, ce qui est probablement aux antipodes de tout ce que j’ai pu voir sur scène jusque là . Mais ça tombe bien, je dois revenir sur terre après Lingua Ignota, et danser sur de l’électro mélancolique était le meilleur des remèdes. On a eu droit à des morceaux des deux albums Careless et The Demonstration, mais également de celui à venir en juillet prochain, Modern Mirror. Les lumières sont magnifiques (une des seules fois où je me suis dit ça du festival d’ailleurs) et à la fois tout est en sobriété avec les deux zicos vêtus de blanc de la tête aux pieds (et même les cheveux), lunettes de soleil noires et le visuel du groupe à l’arrière. Simple, sans prétention, mais foutrement efficace. Y en a d’autres qui devraient en prendre de la graine…
Et à partir de ce moment-là , j’en ai plus rien à foutre de rien, donc ni les prestations (ou le peu que j’en ai vu) de Messa, Loop, et encore moins de Street Sects n’éveilleront un soupçon d’intérêt chez moi. Retour donc à mes fantômes et à demain le Roadburn.
Auteure : Hélène
Crédit photos : Paul Verhagen