Album Review : Winterhorde – Underwatermoon
Le prog metal réveille en mon être l’amour et la haine de façon symbiotique. Étant avant tout un musicien, les expérimentations et les libertés prises dans les compositions suscitent en moi une excitation hors pair, mais cette exhortation est de très courte durée souvent à cause de la voix à la James Labrie. Bref, la musique manque de testostérone soit dans la voix, dans sa qualité de production ou dans ses solos de saxophone interminables.
Mais, il arrive de temps à autre un album qui me déboussole si profondément qu’il devient mon nouveau standard en terme de musique et Underwatermoon du groupe israélien Winterhorde accomplit ceci avec maestria. Brio. Facilité…pour ceux avec qui je dois utiliser des petits mots!
Je n’ai pas tout à fait été honnête en classant Winterhorde en tant que prog, pour rendre justice à cet opus on devrait plutôt décrire les compositions en tant que Black/Symphonic/Orchestral/Progressive/Melodic Metal. En effet, il y a une myriade d’influences qui forment un son qui non seulement nous entraîne dans un monde, mais qui nous garde accroché à chaque riff qui saute du black pur et dur à la Emperor aux passes acoustiques qui nous rappellent leurs confrères israéliens Orphaned Land, à des solos jazz jusqu’aux refrains épiques digne d’un band power metal.
The Shell, la chanson d’introduction de l’album débute sur un pas un peu gêné pour ensuite exploser durant le riff tout à fait massif (et plein de testostérone) de Wreckages Ghost qui ouvre le chemin vers des blast beats bien placés. Il est important de prendre note que les chansons se suivent avec une fluidité digne de la vaseline et que ceci même si les pièces durent en moyenne 6 à 9 minutes. Underwatermoon, la chanson-titre de l’album est la perfection du mélange entre le Black Metal et le prog avec son blast beat intense par-dessus lequel Horeph chante clean. Et c’est pour cette raison que j’apprécie cet album autant, il ne frappe pas un cheval mort (comme disent les anglais), il ne recycle franchement rien et cependant on entend toutes les influences disparates sans jamais se dire, tiens mais c’est du vieux Dimmu Borgir ça! Hunting the Human poursuit ce qui est apparemment une épopée (oui oui, c’est AUSSI un album-concept) écrite par le bassiste du groupe qui raconte une histoire de fantômes, de navires et de gitans. Execution capture mieux que n’importe quelle chanson métal que j’ai entendue le feeling d’être à l’aube d’une exécution avec son introduction en orgue et son tempo de marche qui aboutit sur And Flames Wept to Heaven, une interlude des plus dramatiques. The Curse of Gypsy, un monstre de près de dix minutes, est beaucoup plus up-tempo et démontre les talents véritables de compositions du groupe ainsi que la prouesse du chanteur. Puisque l’album est concept, les chansons ont tendance à illustrer leurs titres, ainsi Delirium est chaotique avec des voix chuchotés et des dissonances bien placés, et quelques sons d’éclair ici et là, pour la forme. The Tenth Wave débute avec une mélodie digne des pirates des caraïbes pour ensuite progresser vers un solo de….sifflement. Smoke Figures est une façon intelligente de raccourcir la chanson qui suit, The Martyr and Deliverance en la séparent en deux. Mais mon œil de tigre a vu à travers le stratagème et je vais les résumer en tant qu’un seul opus…et quel opus! Batteurs du monde entier, voici votre nouveau Neil Peart. L’instrumentation est composée avec une originalité rare dans le métal, se rapprochant aux passes jazzy dans le style de Opeth. Farewell est la conclusion aigre-douce que Underwatermoon mérite car cette pièce est un point culminant atteint grâce à des accords dramatiques, des mélodies tristes mais n’abandonnant pas les blast beats et les riffs puissants. La cerise sur le gâteau est la hidden track à la fin de l’album qui reprend une mélodie de Delirium en guitare classique juxtaposée à un bruit de vagues pour un effet tout à fait hypnotisant.
Même si l’enregistrement de cet album est dû au légendaire V. Santura, producer de Dark Fortress, le groupe n’est peut-être pas assez Black Metal pour les amateurs plus que sélectifs. Aussi, ce n’est pas un album prog pur et dur non plus; c’est un album propre en son genre mais qui ne réinvente pas la roue et se contente plutôt de nous offrir une expérience musicale inoubliable et proche de la perfection.
The Martyr and Deliverance by WINTERHORDE
Note : 10/10
Auteur : Eddy Levitsky, alias Snow