26 Juillet 2012 – Avec la parution de leur épique album Mylo Xyloto en octobre 2011, ce n’était qu’une question de temps avant que le légendaire groupe britannique Coldplay n’annonce une tournée nord-américaine. Comme de fait, il n’a fallu qu’un mois pour que les deux shows estivaux au Centre Bell soient officialisés. Ayant réussi à me procurer une paire de billets sur le parterre lors de la mise en vente en décembre, voilà que nous attendions impatiemment plus de 7 mois avant de se retrouver au 1909, avenue des Canadiens-de-Montréal. Pour ma part, j’étais bien loin de me douter que ce serait une soirée qui bouleverserait à tout jamais mon expérience d’habitué des concerts de métal.

Nous nous sommes pointés à la cours Windsor vers 18h30, rien qu’une demi-heure avant le début du premier acte de la soirée. Suite à la validation de nos billets, on nous a offerts chacun un bracelet – le mien rouge, celui de ma compagne blanc, les deux parmi une boîte remplie de bracelets de toutes les couleurs – sur lequel il était marqué #COLDPLAYFILM avec la même police de caractères que le lettrage de Mylo Xyloto sur la pochette de l’album (en plus des quelques logos de Twitter). Un petit boîtier en plastique coloré, à peine la largeur d’une montre, reliait les deux bouts et portait le nom du groupe. Des mémentos du concert? Pourquoi pas!

Quelques minutes avant 19h00, la première artiste allait bientôt commencer son set. Entrant dans la salle de spectacle, nous avions pris un bon moment pour observer avec émerveillement le montage de la scène : une énorme plateforme rectangulaire était érigée au milieu de la gigantesque salle avec une piste émanant de son centre, se terminant en un gros X au cœur des bancs installés sur ce qu’était autrefois une patinoire. Section parterre, rangée Z, sièges 39 et 40 : entre les Y et les AA, nous nous figurions ni plus ni moins au centre du parterre, près du bord de l’aréna, à moins de 10 mètres de la scène centrale en forme de croix. Alors que nous étions encore fascinés par nos nouveaux bijoux autour du poignet, les lumières se sont éteints pour accueillir la première chanteuse de la soirée.

Avec beaucoup d’amour de la part de la foule, Charli XCX est apparu sur scène accompagnée de claviériste et batteur. Avec un soutient instrumental aussi minimaliste en show, c’était tout à fait incroyable ce que cette jeune dame de 19 ans avait réussi à faire. Elle a profité de chaque seconde de la demi-heure qui lui était accordée pour éblouir les premiers arrivants avec son électro-pop britannique assez unique en son genre – sans oublier ses mouvements de danse extravagants! Ces dernières années, le Royaume-Uni semble nous livrer un talent assez impressionnant venant de jeunes artistes (Adele au Grammy Awards 2012, ça vous rappelle quelque chose?) et Charli XCX n’est certainement pas la première à freiner cette tendance. Ayant publié son premier album complet You’re The One en juin dernier, les décennies devant elle semblent bien prometteuses.

19h45, il était déjà l’heure de l’acte deux. Cette fois-ci, nous avions accueilli Marina and the Diamonds sur scène : une demoiselle vêtue d’une robe rose digne d’une princesse de Disney ainsi que 5 individus en complets-veston pour l’accompagner à la guitare, à la basse, au clavier et aux drums. Pendant 45 minutes, Marina avait inondé la salle de spectacle de sa belle voix opératique alors que son soutient instrumental fournissait rythme et musicalité, le tout dans le cadre d’une performance bien impressionnant d’indie pop. Parmi les tounes de ses deux albums, nous avions eu droit à des prestations de ses plus gros hits incluant I Am Not A Robot, Hollywood, Bubblegum Bitch, How To Be A Heartbreaker ainsi que Primadonna. Somme toute, une performance bien agréable et un band qui vaut sans doute la peine d’apprendre à connaître!

La demi-heure de pause avant l’arrivée des têtes d’affiche semblait s’éterniser et l’impatience régnait chez les milliers de fans présents au Centre Bell. Pas de surprise lorsque les lumières se sont finalement éteintes à 21h00 : le chaos total dans la salle de spectacle, le résultat de cris provenant des 20 000 admirateurs affamés réunis ensemble cette soirée-là. Alors qu’ils débutaient le show avec la piste éponyme de leur dernier album suivi de Hurts Like Heaven, des anneaux de lumières multicolores concentriques s’allumaient et se fermaient en alternance sur la scène; un énorme écran circulaire suspendu au-dessus du batteur servait à projeter divers effets visuels hallucinants; un vaste répertoire de sources lumineuses éparpillées çà et là autour de la scène – autant suspendus que devant les pieds des performeurs – nourrissaient nos yeux de lumières de toutes les couleurs concevables. En seulement quelques minutes depuis le début du show, la foule montréalaise s’était fait recouvrir d’une prodigalité de spot lights et de faisceaux lumineux, une vraie vivacité de couleurs qui ferait honte aux arcs-en-ciel. La beauté de la mise en scène était telle que certaines semblaient même avoir de la difficulté à retenir quelques larmes!

Le concert s’était poursuivi avec In My Place, toujours dans le même train d’effets visuels extraordinaires, alors que des canons placés le long du périmètre du parterre et autour de la scène se sont mis à projeter des confettis multicolores. En plus d’une excellente qualité sonore et un light show phénoménal, voilà qu’on se faisait intégrer dans l’acte du groupe en recevant une pluie de tissus en forme de papillons, de gouttes d’eau, de couronnes et de cœurs. Pour ajouter encore plus d’effet, les bracelets distribués aux quelques milliers de premiers arrivants se sont mis à clignoter de toutes les couleurs imaginables. Ceux à qui j’ai parlé le lendemain du concert, vous comprenez maintenant ce que j’entends par « le light show le plus impressionnant que j’ai vu de toute ma vie » : une orgie de couleurs émanant de la scène et une dizaine de milliers des clignotements multicolores parmi l’océan de fans, le tout en simultanéité avec une cascade tranquille et élégante de confettis recouvrant la totalité du parterre… Voilà le genre d’expérience dont le simple souvenir donne des frissons à y repenser.

Le quatuor légendaire a continué leur set avec des favoris dont Major Minus et Lovers In Japan, durant lequel plusieurs dizaines de ballons gigantesques des couleurs psychédéliques se promenaient sur la foule. On nous a gâté par la suite avec l’essentiel The Scientist, lors duquel le chanteur Chris Martin nous avait offert le plaisir de chanter le refrain une couple de fois à sa place – et les 20 000 fans avaient répondu sans problème en chantant tous en chœur : Nobody said it was easy, it’s such a shame for us to part; Nobody said it was easy, no one ever said it would be this hard; Oh, take me back to the start.

Au son de la clameur dans la salle, la noirceur nous avait ensuite recouverts. Tout à coup, des spotlights jaunes se sont allumés progressivement pour illuminer la scène… et Chris Martin de nous dire, « This next song is called Yellow ». Encore une fois, les voix des dizaines de milliers d’admirateurs se sont jointes à la sienne pour chanter ensemble ce qu’on considère comme étant un des plus grands classiques du groupe. Il fut suivi par Violet Hill et God Put A Smile Upon Your Face avant que le band fasse un changement de setup sur scène.

Le batteur, Will Champion, s’était présenté sur la plateforme en croix au centre de la salle, debout devant un petit drumkit électronique aux côtés de son confrère Chris Martin. Puis, guitariste Johnny Buckland et bassiste Guy Berryman se sont rejoints alors que l’écran géant circulaire affichait l’image de l’adorée Rihanna. Eh oui, une prestation live de Princess Of China avec la présence virtuelle de la célèbre star! Par la suite, après les interprétations d’Up In Flames, Warning Sign et Don’t Let It Break Your Heart, il aurait fallu plus d’une heure avant que les Britanniques ne jouent une des tounes les plus anticipées de la soirée : Viva La Vida. For some reason I can’t explain; I know Saint Peter won’t call my name; Never an honest word; But that was when I ruled the world, s’exprimait la foule enthousiasmée, en phase avec le chanteur. De géants objets luminescents se sont par la suite matérialisés aux entrées de la section rouge pendant l’interprétation de Charlie Brown et il ne restait ensuite que Paradise à jouer au grand plaisir des fans avant que le groupe ne quitte la scène.

Pendant les 5 minutes que la foule criait et hurlait sans s’essouffler afin de revoir son groupe préféré réapparaître, on ne se doutait aucunement que le band ne referait pas surface sur la scène principale. Surprenant des milliers de gens d’un coup, Chris Martin est apparu sur une petite scène intime montée au plein milieu de la section rouge à l’arrière de la salle, équipé d’un microphone. Il s’est justifié en nous expliquant qu’ils ne pouvaient pas venir jusqu’à Montréal sans rendre visite aux fans dans les sections les plus éloignées de la scène. En accueillant un à la fois ses confrères sur la petite plateforme, ils ont joué Us Against The World et Speed Of Sound au cœur d’un attroupement de fans stupéfaits. Les gars ont ensuite laissé la charge de leur équipement aux techniciens alors que Johnny Buckland et Guy Berryman ont remis leur picks en mains propres à quelques fans avant de leur remercier pour leur présence et les quatre se sont précipités en bas des escaliers pour retrouver le parterre. Étant donné notre emplacement près du bord de la patinoire, Ils ont passé à juste à côté de nous pour aller rejoindre la scène principale – même que mon amie a passé à quelques doigts de toucher les vedettes! Je l’avoue, il a fallu toute ma virilité pour m’empêcher de crier comme une fillette. Sérieux.

De retour sur scène, ils ont terminé leur concert avec trois de leurs plus fameux hits – Clocks, Fix You et Every Teardrop Is A Waterfall – pendant lesquels la salle au complet chantait avec amour et joie alors que les lumières multicolores définissaient la beauté visuelle du spectacle. Après plus d’une heure et demie de musique absolument émouvante, je ne pouvais m’empêcher que de chanter à voix haute sous les lampadaires en retournant à la maison : Lights will guide you home; And ignite your bones; And I will try to fix you

En conclusion, je l’ai mentionné brièvement au début de l’article et je réitère : à la base, je suis un adepte du gros métal lourd qui décoiffe. Vous pouvez donc vous imaginer que jamais je n’aurais espéré être affecté à un tel point d’un tel concert. Par contre, Chris Martin nous l’avait annoncé au début du show et il a resté fidèle à ses paroles : « We will make sure that this will be the greatest concert of your life! » Il a prouvé sans aucune difficulté que la valeur de l’expérience d’un concert n’est pas propre à la musique jouée. Cette valeur est visiblement amplifiée par l’effort consacré aux détails dans l’organisation : le dynamisme de la lumière, les projections, l’apparence de la scène – même les gadgets remis aux spectateurs – afin d’assurer un sentiment d’appartenance et d’union avec le groupe qui performe. En quelques heures, ma perspective sur les concerts a été réformée par un simple quatuor qui, tel que promis, nous avait tatoué la mémoire d’une soirée parfaitement inoubliable.

httpv://youtu.be/1G4isv_Fylg

Auteur : Sam Osseiran

Crédit photo : www.coldplay.com

Pour en savoir plus : Coldplay