C’est pour deux soirs et à guichet fermé que les Vulgaires Machins ont performé à Montréal les 12 et 13 mars derniers, au théâtre Beanfield. D’ailleurs, plus de la moitié de leurs dates de tournée affiche également complet ! Cette tournée a lieu en raison que la formation a fait paraître son dernier opus en novembre 2025, Contempler l’abîme .

On se faufile parmi un public fortement masculin vêtu de t-shirts noirs, afin d’assister au premier groupe de la soirée, Somet, une formation québécoise qui joue du soft rock-emo. On y voit des similarités avec le groupe du Royaume-Uni Basement, avec des mélodies accords plus joyeux. On aime le bilinguisme musical (et leur meilleure chanson fut Dans Tes Yeux, la seule en français de leur répertoire) !

Le chanteur nous fait bien sentir à quel point les membres du groupe sont reconnaissant envers les Vulgaires Machins d’avoir une telle opportunité. Il souligne d’ailleurs l’effort des deux bands de la soirée, qui eux, performent en français. Malgré des moments de longueurs au début et pendant leur perfo et quelques maladresses, les gars sont demeurés sur le beat, mention honorable au drummer qui était très efficace.

Quand les membres de Thick Glasses embarquent sur les planches après Somet, on sent les 4 gars très dynamiques et son chanteur, Charles, adresse immédiatement un gros « Ça va bien ? » qui est reçu avec clameur par la foule. Thick Glasses propose d’abord des pièces de leur dernier EP, Dans l’abysse, paru en 2025 dont la piste éponyme, Mon accalmie, ELIZA, mais également des plus anciens morceaux de leur répertoire comme Mydriase et Bam Margera. Il finissent avec la très solide Doggo tiré du mini-album Courir après sa queue (2020) et ça se donne à coeur joie au parterre dans un immense pit.

On a un gros coup de cœur pour ce band emo-punk montréalais. On salue également leur effort de coordination vestimentaire (chose qui laissait à désirer pour le groupe précédent) et leur nombreuses interactions avec la foule. Thick Glasses avait de nombreux fans dans la salle, scandant les paroles et participant à créer un mosh pit à plusieurs occasions. En somme, c’est un band bien rodé, avec de belles harmonies, très dynamique et professionnel, qui a su bien réchauffer la foule avant le plat principal.  

C’est à 21h23 que les Vulgaires Machins débutent leur prestation avec Terminé le fun, chanson parfaite pour l’occasion : montée en douceur avant une explosion fulgurante. Dès les premières paroles, la foule chante si fort, on dirait une grande messe célébrative… avec un pit ! La chanson se mue naturellement en Om Mani Padme Hum, qui suit la pièce précédente sur leur plus récent album Contempler l’abîme paru en novembre 2025. Les bières volent dans les airs alors que les gens se donnent à cœur joie sur le parettere. Ce soir, on assiste à un party digne de la Saint-Jean-Baptiste et à une purge temporaire de tout ce qui va mal dans le cœur des spectateurs, et c’est palpable : tout le monde veut chanter, danser (ou trasher), tous ont déjà laissé leurs tracas à la porte du théâtre Beanfield et son là pour vivre le moment à fond.

Les fans de longue date sont ravis lorsque les premiers accords de Être un comme résonnent, un des singles de leur populaire album Compter les corps (2006). On a du mal à croire qu’on est en 2026, puisque la formation se donne autant sur scène que s’ils avaient encore 20 ans. Ses membres sautent énergiquement sur scène et la dominent de toute part, sans manquer une seule mesure pour autant. Entre les sourires complices, le headbanging des membres et leurs adresses à la foule, on sent que les Vulgaires Machines aiment sincèrement ce qu’ils font !

En plus de proposer un rock engagé, avec des paroles percutantes, le groupe effectue également de très belles harmonies. Il enchaîne Asile, OK, On continue et Vivre, avant de mentionner à la foule qu’il revient de France, alors que le batteur du groupe sort deux longues baguettes de pain à la blague. Le chanteur, Guillaume, débute une version de Triple meurte et suicide raté avec un accent parisien, avant de recommencer la chanson avec sa vraie tonalité. Il adresse au public un « On veut vous entendre chanter ! » et la foule relève le défi avec brio : on a rarement entendu un ensemble de spectateurs scander aussi fort des paroles !

Nul besoin de dire que la foule était grandement animée. Il y avait tant de body surfing, qu’un troisième garde de sécurité a dû se placer entre la grille avant et le stage pour gérer les surfeurs ! Et au balcon aussi c’était animé, les personnes assises n’hésitaient pas à taper des pieds, de sorte que l’on sentait un constant tremblement dans nos sièges ! Guillaume s’adresse aux gens au balcon « Okay le monde au balcon, vous êtes en haut parce que vous attendez des vieilles tounes ? Ça tombe bien parce que les trois prochaines sont vraiment vieilles », avant de poursuivre avec La rue Déragon, Trinitrotuluène et Cocaïnomane.

Le groupe ralentit ensuite le tempo avec Inventer l’impossible, livrée avec guitare acoustique et maracas. Dans cette ambiance plus douce, la foule accompagne spontanément le band en tapant d’abord des mains, puis des pieds. Plus tard, sur Je ne vois plus le ciel, les paroles sont reprises d’une seule voix, avant que Compter les corps et Puits sans fond ne relancent la machine. Mention spéciale ici au guitariste, qui étire le solo de Puits sans fond avec aplomb pendant que la salle scande des « hey ! hey ! hey ! » en rythme.

Entre deux chansons, les Vulgaires Machins pointent Réjean Laplanche dans les loges de côté, rebaptisées pour rire « la haute aristocratie du punk dans les loges de riches », en racontant une petite anecdote à son sujet. Après une gorgée d’eau, le groupe lance même que « le show », pour les 30 prochaines secondes, c’est la foule : cris, olé, claquements de mains et même une vague au balcon s’ensuivent. Plus tard, en présentant la merch, le chanteur rappelle avec ironie qu’un groupe anticapitaliste doit bien « financer ses opinions » lui aussi.

Le rappel, amorcé à 22 h 38 sous une ovation debout jusque dans les balcons, frappe fort. L’effondrement qui vient, interprétée avec Jenny Salgado, puis Et Dieu se pique soulèvent la salle une dernière fois. Quand résonne « la colère qui monte… », tout le théâtre chante jusqu’au fond de l’abîme.

Journaliste: Laurence Daoust

Crédit photo: Alex Guay (Archives Thorium Mag)