Québec, 6 novembre 2025.

Le Centre Vidéotron affichait une configuration réduite d’environ 5000 places, idéale pour ce genre de soirée où la proximité fait toute la différence. Cette échelle plus humaine crée un lien direct entre les artistes et le public, une intensité qu’aucun grand stade ne peut égaler. Trois formations, trois univers, un même fil conducteur : l’authenticité. Trivium, Jinjer et Heriot ont offert une soirée sans répit.

Heriot, la déflagration britannique

Les lumières à peine tamisées, Heriot surgit dans une déferlante de riffs saturés. Originaire du Royaume-Uni, le quatuor impose d’emblée un son lourd, précis et viscéral.

Leur frontwoman, Debbie Gough, mène la charge guitare en main, criant chaque mot avec une rage contenue. Pas de discours, pas de surenchère : seulement une intensité brute et c’est très bien comme ça. Siege Lord, Demure, Fortress… tout s’enchaîne sans pause, et la salle est déjà conquise.

Ce groupe, encore jeune sur la scène internationale, dégage une maturité étonnante, une manière d’habiter la scène qui donne le ton pour la suite.

Jinjer, la tempête venue d’Ukraine

Avec Jinjer, le ton change mais la tension monte encore d’un cran.

La scène se teinte de rouge et de vert, la fumée enveloppe la salle, et Tatiana Shmayluk entre en scène. Silhouette calme, regard brûlant. Sa voix oscille entre douceur cristalline et puissance gutturale, sans jamais perdre en justesse.

Teacher, Teacher!, Perennial, Vortex, Pisces : chaque morceau est livré avec une précision redoutable. Derrière elle, le reste du groupe fait corps, impeccable de cohésion.

Entre deux titres, Tatiana glisse un « Merci, Québec ! » avant d’esquisser un sourire. La salle s’illumine. Il y a dans sa présence quelque chose de magnétique, une façon d’unir le public dans une même vibration.

Trivium confirme son règne

Quand les lumières s’éteignent, la salle retient son souffle. Le logo rouge de Trivium s’illumine lentement, et dès les premières notes d’In Waves, la foule explose.
Matt Heafy, sourire aux lèvres, s’avance au micro : « Québec, êtes-vous prêts ? ». La réponse est immédiate : un rugissement qui fait vibrer les gradins.

Le groupe déroule un set massif : Strife, The Sin and the Sentence, Pull Harder on the Strings of Your Martyr, sans jamais relâcher la pression.

Matt Heafy alterne hurlements et chant clair avec une aisance bluffante, pendant que Corey Beaulieu balance des solos précis et tranchants.

Derrière eux, Alex Rüdinger (ancien batteur de Whitechapel) fait une entrée remarquée. Recruté récemment, il joue chaque morceau avec assurance, comme s’il faisait partie du groupe depuis toujours. Sa frappe est nette, puissante, et son jeu est précis. Il apporte une dimension nouvelle au son de Trivium.

L’artwork d’In the Court of the Dragon prend vie au milieu du set, noyé dans une explosion de lumière et de fumée rouge. Le public entre littéralement en transe. Les refrains deviennent des cris de guerre, les bras se lèvent, et les pogos s’ouvrent de tous côtés.

Heafy s’amuse avec la foule : « You’re one of the loudest crowds of the tour! ». Et tout le monde repart de plus belle. La soirée se termine sur In Waves, reprise à plein poumons par des milliers de voix. Un moment intense, bruyant, sincère bref, du Trivium comme on l’aime.

Dans cette configuration plus intime du Centre Vidéotron, les trois groupes ont trouvé un terrain parfait : celui de la proximité. On sentait les vibrations dans le sol, les sourires sur scène, et surtout, cette complicité entre artistes et public qu’on ne retrouve que dans les salles où chaque regard compte.
Trivium, Jinjer et Heriot, ont rappelé que le métal, avant d’être une affaire de décibels, est surtout une histoire de lien.

Auteure et photographe : Sandra Léo Esteves