Entre génie et parodie : The Darkness à Montréal @ Club Soda
Le glam rock n’est pas mort, il s’accroche. Dimanche soir, The Darkness a envahi le Club Soda avec ce mélange d’absurde, de virtuosité et de cabotinage qui fait leur marque depuis plus de vingt ans. Vingt ans déjà depuis Permission to Land, cet OVNI qui avait redonné des couleurs au rock anglais en 2003, alors que tout le monde jurait que les guitares n’intéressaient plus personne.
Justin Hawkins n’a rien perdu de son falsetto extraterrestre, ce cri improbable quelque part entre Freddie Mercury et un dessin animé des années 80. Mais c’est justement là que le bât blesse : The Darkness joue toujours les équilibristes entre le génie et la parodie, entre l’hommage flamboyant et la blague potache.
La setlist illustre bien ce grand écart : leurs propres hymnes (Growing on Me, Givin’ Up, Love Is Only a Feeling) cohabitent avec des reprises parfois inspirées (un Dead Flowers des Stones fragile et touchant) et parfois plus discutables (leur Fat Bottomed Girls avait la lourdeur d’un karaoké de pub). On passe du sublime (I Believe in a Thing Called Love reste un uppercut euphorisant) au presque gênant (Motorheart, laborieux).
Il faut pourtant reconnaître à The Darkness une sincérité rare. Contrairement à tant de groupes de revival, ils ne se contentent pas d’imiter : ils exagèrent, déforment, grossissent le trait. Leur héritage est clair – Queen, AC/DC, Def Leppard, Thin Lizzy – mais ils le servent avec une autodérision qui empêche le pastiche de devenir rance.
Alors, The Darkness en 2025 ? C’est un groupe qui ne sauvera pas le rock, mais qui rappelle qu’il peut encore être ridicule, excessif, et terriblement fun. À l’heure où tout sonne poli et calibré, ce n’est pas rien.
Journaliste et Photographe: Paul Blondé