Thrash et nostalgie : le retour sur les Plaines d’Abraham après la tournée d’adieu Slayer + Mastodon + Sandveiss
Slayer sur les Plaines : la messe noire du Festival d’Été de Québec
Dès l’ouverture du site, le ton était donné. Une marée de fans, t-shirt Slayer bien en vue, s’est ruée vers les premières lignes comme si leur vie en dépendait. Une vision spectaculaire, presque irréelle : les Plaines d’Abraham se sont noircies en quelques minutes d’un océan de noir et de rouge. Certains y voyaient un retour en arrière avec des flashs de Metallica ou de Rage Against the Machine, lors de leurs passages mythiques au FEQ. Même fièvre, même tension électrique, même sentiment d’assister à quelque chose de rare.
Il fait chaud, beau, et dès 19h, les Plaines d’Abraham vibrent déjà sous les premières déflagrations de Sandveiss. La formation de Québec, bien connue des amateurs de rock lourd, ouvre cette soirée titanesque avec aplomb. Leur plus récent album, Standing in the Fire, porte décidément bien son nom : riffs granitiques, atmosphères sombres, et une intensité qui capte illico l’attention des festivaliers déjà nombreux. Luc Bourgeois et sa bande livrent une performance maîtrisée, comme une offrande stoner-doom bien salée, quelque part entre Tool, Kyuss et Mastodon. Pas besoin d’en faire des tonnes : Sandveiss impose le respect.
À peine remis de cette première claque, le public se fait aspirer dans l’univers tentaculaire de Mastodon. Le groupe d’Atlanta, qu’on ne présente plus, déploie ses pièces complexes avec une aisance déconcertante. Les titres s’enchaînent comme autant de labyrinthes sonores où la lourdeur côtoie la finesse. On navigue entre Leviathan et Hushed and Grim, sans jamais perdre le fil. Mention spéciale à Brann Dailor, impérial derrière sa batterie, et à Bill Kelliher, dont les riffs tracent des lignes droites dans le chaos. Une performance dense mais toujours viscérale.
Et puis, 21h30 arrive.
Slayer. Rien que le nom suffit à provoquer une onde de choc sur les Plaines. Le t-shirt officiel, édition spéciale Festival d’été de Québec, s’est évaporé dès le milieu d’après-midi. Collector, oui. Introuvable, surtout. Mais celui qui a vraiment volé la vedette textile, c’est Kerry King, qui arbore fièrement un t-shirt Québec, Je me souviens avec blason officiel bien en évidence. Nouveau statement de mode métal ou simple clin d’œil touristique ? Une seule vraie question subsiste : est-ce qu’on s’apprête à voir une horde de métalleux déferler dans les boutiques souvenirs du Vieux-Québec pour s’arracher le même chandail ? Les paris sont ouverts.
Car ce soir, tout est possible. Depuis leur tournée d’adieu en 2019, Slayer ne se reforme que pour des événements d’exception. Et Québec, avec son site mythique et ses dizaines de milliers de fans, fait partie des élus. Dès les premières notes de Repentless, c’est l’émeute. La sécurité doit renforcer les effectifs en urgence : des moshpits se forment un peu partout, des cercles s’ouvrent, et la foule ondule comme une créature à mille têtes. La pyrotechnie ? Moins présente qu’à l’habitude. La Ville de Québec a demandé au groupe de calmer le jeu sur le feu, un comble pour une légende du thrash. Résultat : les flammes sont moins hautes, mais l’intensité, elle, explose littéralement.
Tom Araya, calme et implacable, balance ses lignes avec cette intensité unique. Kerry King, égal à lui-même, fait pleuvoir les riffs. South of Heaven, Raining Blood, Angel of Death… Chaque titre déclenche une nouvelle vague de hurlements. Le feu a peut-être été dompté, mais la rage, elle, est restée libre. Et ce soir, Québec a prouvé qu’elle méritait amplement sa place sur la carte mondiale du métal.
Entre la lourdeur hypnotique de Sandveiss, les structures hallucinantes de Mastodon et la furie bien réelle de Slayer, cette soirée du FEQ était un uppercut sonique. Pas besoin de 50 jets de flammes quand le cœur brûle déjà. Et qui sait… après les t-shirts collectors épuisés, verra-t-on bientôt une nouvelle tendance thrash envahir les boutiques souvenirs ? Québec – Je me souviens… et j’en redemande. Vous saurez où tout a commencé : un soir de juillet, sous un soleil parfait, quand Québec a accueilli l’apocalypse… avec un t-shirt souvenir.
Auteure et photographe : Sandra Léo Esteves
