Shinedown + Coheed and Cambria + From Ashes to New

Alors que le Festival d’été de Québec battait son plein à quelques kilomètres de là, un autre imposant rendez-vous rock faisait vibrer la capitale. Au Centre Vidéotron, les amateurs avaient choisi de retrouver Shinedown, accompagné de Coheed and Cambria et From Ashes to New, pour une soirée où les flammes, les détonations se sont succédé sans temps mort.

Dès les premières minutes, une chose était certaine : personne n’était venu pour rester tranquillement assis.

Avant même l’entrée en scène de Shinedown, un étrange personnage coiffé d’un téléviseur s’est chargé de maintenir la température dans la salle avec ses deux comparses. Une façon plutôt originale d’occuper l’espace entre les prestations et de préparer le public à une production qui ne comptait manifestement pas miser sur la discrétion.

Les premières notes de Safe and Sound ont ensuite retenti.

Les flammes ont jailli, les détonations ont résonné et les membres de Shinedown sont apparus directement au cœur de l’amphithéâtre. Brent Smith, Zach Myers et Josh Sturm avaient chacun pris position à une extrémité de l’immense passerelle qui traversait le parterre.

Une entrée spectaculaire qui donnait immédiatement l’impression que la scène principale ne constituait qu’une partie du terrain de jeu.

La production était en effet construite autour de deux espaces reliés par une longue passerelle : la scène principale et une seconde scène installée au milieu du parterre, permettant aux musiciens d’évoluer au plus près des spectateurs et de se présenter à toutes les sections de l’amphithéâtre.

Tout au long du concert, les membres du groupe ont circulé entre ces deux scènes, multipliant les déplacements et les interactions afin que personne ne se sente oublié.

Après Safe and Sound, Devour et Diamond Eyes (Boom-Lay Boom-Lay Boom) ont rapidement installé la force de frappe de Shinedown. Entre les projections lumineuses, la pyrotechnie et l’énergie des musiciens, le spectacle prenait déjà des allures de véritable production d’aréna.

Après Diamond Eyes, Brent Smith a demandé aux spectateurs de se présenter aux personnes installées autour d’eux. Le chanteur a lui-même donné l’exemple en se dirigeant vers l’extrémité de la passerelle pour aller saluer des mains dans la foule et serrer la main de plusieurs agents de sécurité.

Un détail qui résumait bien l’intention de la soirée : créer un lien réel avec le public, malgré les dimensions imposantes du lieu.

Après How Did You Love, Brent Smith a pris un long moment pour s’adresser au public avant d’interpréter Three Six Five.

Le chanteur a invité chacun à penser à une personne importante qui n’était plus présente pour vivre ce moment à ses côtés. En quelques secondes, l’atmosphère du Centre Vidéotron a complètement changé.

Le public est demeuré debout pendant toute la chanson. Dans les gradins, certains se sont rapprochés, d’autres ont levé leur téléphone, tandis que plusieurs semblaient simplement se laisser traverser par l’émotion.

Au milieu d’un spectacle dominé par les flammes et la puissance sonore, cette parenthèse de recueillement a créé l’un des moments les plus touchants de la soirée.

Le contraste a été immédiat avec Devil, qui a ramené la pyrotechnie explosive sur scène. Quelques minutes plus tard, Searchlight a de nouveau transformé l’amphithéâtre, cette fois grâce aux centaines de téléphones allumés dans la salle.

Avec Enemies, Brent Smith a clairement fait comprendre au public qu’il était temps de bouger.

Le chanteur a encouragé les spectateurs à danser, à sauter et à abandonner leurs sièges. Dans les gradins, il n’a pas fallu beaucoup d’insistance : presque tout le monde s’est rapidement retrouvé debout.

Un solo de batterie a ensuite fait monter la tension d’un cran. À la demande du chanteur, le public s’est mis à applaudir en rythme, pendant que Brent Smith se préparait lui-même à bondir.

« On n’est pas à la bibliothèque ici! », a-t-il lancé. L’invitation a été entendue.

Quelques secondes plus tard, le Centre Vidéotron sautait à l’unisson. Les gradins vibraient, la foule criait et l’énergie semblait circuler d’un bout à l’autre de l’amphithéâtre.

La bibliothèque pouvait officiellement fermer ses portes pour la soirée.

L’ambiance s’est ensuite adoucie lorsque les musiciens ont rejoint la scène installée au milieu du parterre pour interpréter Call Me.

Une batterie plus compacte avait été placée à quelques mètres des spectateurs, tandis qu’une immense boule à facettes suspendue au-dessus de la scène reflétait la lumière dans toute la salle.

Malgré les milliers de personnes présentes, cette portion du concert donnait presque l’impression d’assister à un spectacle acoustique dans une salle beaucoup plus petite.

The Crow & the Butterfly, Misfits et If You Only Knew ont également été interprétées depuis cette scène centrale.

Entre deux chansons, Brent Smith a remercié les spectateurs d’avoir choisi de venir voir Shinedown, alors que l’offre de spectacles était particulièrement abondante à Québec en pleine période du FEQ. Il a également assuré au public que le groupe ne mettrait pas quatre années avant de revenir dans la capitale. Le chanteur s’est même amusé à interpréter quelques lignes d’une chanson de Shaggy, pendant que Zach Myers prenait place derrière un clavier.

Cette portion plus dépouillée a permis au groupe de montrer un autre visage, plus chaleureux et plus proche du public, sans perdre l’intensité qui avait marqué le début du spectacle.

Après un retour sur la scène principale avec Fly from the Inside et Young Again, Shinedown a poursuivi avec A Symptom of Being Human, accompagnée une fois encore par les lumières des téléphones.

Brent Smith a alors pris la parole afin de parler de City of Hope, un organisme qui soutient notamment la recherche et les traitements contre le cancer. Dans le cadre de cette tournée, un dollar provenant de chaque billet vendu est remis à l’organisme.

Le chanteur a rappelé que chaque contribution, même petite, pouvait faire une différence.

Dans une salle de cette taille, il était impossible de ne pas penser aux personnes touchées de près ou de loin par la maladie.

Mes pensées sont allées vers des amis présents dans l’amphithéâtre qui traversent actuellement une période particulièrement difficile, alors que l’une d’entre eux combat le cancer. J’ai également pensé à ma belle amie Hélène Verret, photographe pour BLVD, qui nous a quittés récemment.

Au milieu du bruit, des effets et de la démesure, ce moment a soudainement pris une résonance beaucoup plus personnelle.

Une finale sans ralentissement

La dernière portion du spectacle a ramené toute la puissance de Shinedown.

Cut the Cord et Monsters ont fait chanter la salle, avant que la reprise de Simple Man, de Lynyrd Skynyrd, ne crée un autre grand moment collectif.

Puis Sound of Madness a provoqué une ultime décharge d’énergie. Les flammes ont de nouveau jailli, les détonations ont secoué l’amphithéâtre et le public a donné ce qu’il lui restait de voix.

Second Chance est finalement venue refermer la soirée sur une note plus émotive.

Avec ses deux scènes, ses passerelles, sa pyrotechnie et ses musiciens constamment en mouvement, Shinedown a livré une production spectaculaire. Pourtant, derrière toute cette démesure, le groupe a surtout réussi à créer une étonnante proximité avec son public.

Pendant que Québec vibrait au rythme du Festival d’été, le Centre Vidéotron vivait lui aussi l’une des grandes soirées rock de l’été.

Des premières parties contrastées

L’ordre de passage a été modifié à la dernière minute. Coheed and Cambria, qui devait initialement ouvrir la soirée, a finalement laissé cette responsabilité à From Ashes to New.

Le changement n’a toutefois rien enlevé à l’intensité du début de soirée.

From Ashes to New a rapidement donné le ton avec son mélange énergique de rap, de rock et de métal moderne. La complémentarité entre les chanteurs Matt Brandyberry et Danny Case apporte une dynamique efficace aux compositions du groupe.

Avant Barely Breathing, Matt Brandyberry a livré un message sur l’importance de croire en ses rêves, de continuer malgré les critiques et de ne pas laisser les intimidateurs définir notre valeur. Une prise de parole rassembleuse, parfaitement en accord avec l’énergie combative de la formation.

Coheed and Cambria a ensuite proposé un univers musical beaucoup plus progressif et complexe. Porté par la voix reconnaissable de Claudio Sanchez, le groupe a multiplié les changements de rythme, les passages instrumentaux et les sonorités naviguant entre rock progressif, métal et post-hardcore.

Le moment le plus spectaculaire de leur prestation est survenu pendant Welcome Home, lorsque Claudio Sanchez a sorti sa guitare à deux manches, provoquant immédiatement une forte réaction dans la salle.

Deux premières parties très différentes, mais qui auront chacune préparé le terrain à leur manière avant l’arrivée explosive de Shinedown.

Auteure et photographe : Sandra Esteves