J’avais hâte. Honnêtement. Comme quand on attend la sortie d’un nouvel album de NOFX (RIP les tournées, les gars). Pour la deuxième année consécutive, j’ai eu le plaisir de couvrir le RedBridgeFest à Pont-Rouge, et sans surprise, c’est devenu un de mes festivals chouchous. Deux jours de musique, de cris, de pogos, de sourires… et de sueur. Beaucoup de sueur.

Dès l’entrée, les codes sont là : les habitués avec leurs looks complètement déjantés, les filles aux tenues absolument génialissimes, assumées, flamboyantes, bref, un festival comme on les aime : libre, punk, vivant.

Mention spéciale au gars déguisé en zizi géant (oui, littéralement), qui a récolté un millier d’autographes sur son costume, autant de la part des festivaliers que des artistes. La légende du week-end. Il flottait dans la foule comme une mascotte officielle non sollicitée, mais complètement adoptée.

Côté scène, c’était un condensé de ce que le punk fait de mieux : des moments qui restent en travers de la gorge… dans le bon sens.

Vendredi, Implants ont lancé les festivités avec un set carré, efficace, idéal pour poser le ton. Penelope a suivi avec une belle énergie. Reformés pour l’occasion après presque vingt ans d’absence, c’était un vrai régal de les retrouver sur scène. Le genre de come-back qui donne des frissons, surtout quand il est aussi bien livré. Puis Frenzal Rhomb, venus tout droit d’Australie, ont dynamité le site avec leur punk bien tassé.

La foule commençait sérieusement à s’agiter. Voodoo Glow Skulls ont pris le relais en mode ska-punk survitaminé, cuivres en furie et vibes festives. Et pour clore la soirée en beauté, Goldfinger est arrivé, classe en costume et cravate. Ils ont tout donné. Le final avec les ballons rouges, clin d’œil aux couleurs du festival, a transformé la scène en fête totale.

Samedi, c’est General Chaos qui a ouvert les hostilités. Et il faut croire que le chaos, c’est leur créneau : ça a démarré fort, très fort. Ce qui bluffe, au-delà de leur fougue, c’est leur âge : à peine 18 ans pour la plupart, et déjà une présence scénique qui en ferait pâlir plus d’un vétéran. La relève n’est pas seulement assurée, elle est en feu. XXSmile a enchaîné avec un set sans détour, bien punk comme on l’aime. Ten Days Late et Misconduct ont ensuite pris le relais, augmentant le niveau d’intensité à chaque morceau. 

Et bon… est-ce que c’est vraiment un festival punk sans mon éternel coup de cœur pour le punk celtique des Rumjacks ? À chaque fois, c’est la même chose : dès les premières notes, t’as envie de lever ton verre, de danser comme si t’étais dans un pub irlandais à 3h du mat, et de hurler des paroles que tu connais à moitié, mais que ton corps semble maîtriser par instinct. C’est festif, c’est bordélique juste ce qu’il faut, et ça fout une claque émotionnelle. Bref : je suis fan. Encore. 

Authority Zero et Good Riddance ont balancé des performances solides et engagées.

Puis ce fut au tour des Vulgaires Machins, un peu plus rock dans l’âme mais portés par une belle ferveur du public. Leur présence sur scène reste toujours aussi marquante, notamment pour la foule qui chantait chaque parole comme un cri du cœur. Et enfin, Propagandhi a clos le festival. Attendus au tournant, ils ont surpris en balançant plusieurs nouveaux morceaux. Un choix audacieux, alors que beaucoup espéraient retrouver les classiques comme Supporting Caste ou Back to the Motor League. Mais fidèle à lui-même, le groupe est resté droit dans ses convictions, sans compromis, ni sur le fond, ni sur la forme.

Et bien sûr, ce ne serait pas un festival réussi sans une bonne dose de crowd surfing. La sécurité a passé les deux soirées à canaliser les plus téméraires, rattrapant au vol ceux qui surfaient un peu trop loin. C’est le jeu, et on adore ça !

Entre deux sets, pas question de flancher : les changements de scène étaient rythmés par de vrais combats de catch, avec des chutes spectaculaires et une ambiance survoltée. Le tout, évidemment, arrosé d’une bonne gorgée de bière locale pour se remettre des émotions.

Le RedBridgeFest, c’est aussi l’occasion de croiser les copains photographes. Ceux avec qui on partage la fosse, les bières fraîches. Cette année, on est même passés à l’étape supérieure : tattoo matching de photographes, rien de moins. Merci à L’Équinoxe Tattoo pour l’encre et le love. Sérieusement, à Québec, la gang de photographes, c’est une famille. Une vraie. Solidaire, bienveillante, toujours là pour te passer un objectif… ou une gorgée d’eau (ou de bière, selon le degré de chaos, hydratation avant tout, on est pas des punks sauvages.)

Autour de la scène, ça sentait bon la frite et le steak grillé. Les foodtrucks assuraient, les stands de merch vidaient ton portefeuille avec le sourire, et bien sûr, Le Trou du Diable coulait à flots, avec modération mais enthousiasme. L’organisation, elle, était irréprochable : fluide, carrée, et toujours avec ce petit mot sympa qui fait qu’on se sent attendu, même dans le chaos contrôlé d’un festival punk.

RedBridgeFest 2025, c’était une claque. Celle qui te réveille, qui te secoue, qui te rappelle pourquoi tu aimes cette scène, cette musique. Si tu y étais, tu sais. Si tu n’y étais pas… tu sais ce qu’il te reste à faire.

Pour revoir l’édition précédente : RedBridgeFest 2024 

Et pour suivre les prochaines : Site officiel du RedBridge

Auteur et photographe : Sandra Léo Esteves