Zara Larsson

En cet ultime jour d’OSHEAGA, il pleut. Beaucoup. Pourtant, quand Zara Larsson apparaît sur scène, difficile de penser à autre chose qu’à l’été. Zara arrive couverte de paillettes, avec un maquillage extravagant qui s’agence parfaitement à sa tenue aux teintes de bleu et d’or. Dans son décor de jungle féminine, on aperçoit une voiture rose installée au sommet de la scène, inspirée de la pochette de Midnight Sun: Girls Trip (2026). Elle entame ainsi Midnight Sun entourée de musiciennes et danseuses, un beau clin d’œil à l’univers de ce récent projet musical.

La popstar enchaîne avec Can’t Tame Her, avant de faire monter l’énergie d’un cran à notre plus grand bonheur avec SHE DID IT AGAIN. Lorsque le public rugit les « oh-oh, oh-oh » de la chanson, Zara s’arrête un instant pour lancer : « Montreal, wow, this is the best crowd by far on tour! » Le compliment peut sembler être une simple flatterie générique, mais dans les circonstances où l’on subit la pluie et la chaleur, et qu’on donne tout ce qu’on a, on l’accepte ton compliment ma chère Zara.

Il faut avouer qu’elle est aussi redoutablement performante. Lors de It Ain’t My Fault, elle démontre qu’elle peut chanter et danser avec une aisance remarquable, sans avoir besoin de constamment s’appuyer sur ses danseuses. Son déhanchement — quelque part entre la pop suédoise et une Shakira nordique — est particulièrement surprenant. Elle ose même faire la split sur le stage, un mouvement que Tate McRae a fait moins de 24 heures auparavant, sur la même scène.

Pour Hot & Sexy, Zara s’installe dans la voiture plaquée « Puss Puss 97 » – référence à la présente chanson -, jouant avec des menottes à fourrure rose et à un moment, elle interrompt la chanson pour prendre un selfie avec la foule. « If you’re sexy, put your hands up! », lance-t-elle avant de regarder le résultat : « Damn, we’re eating. » affirme fièrement la chanteuse.

Mais le moment fort du spectacle arrive avec Lush Life. L’interprète invite sur scène une fan prénommée Olivia, âgée d’environ dix ans. Après lui avoir offert un chandail sur lequel elle dessine un cœur, la jeune fille se fait confier la mission de faire la danse de Lush Life avec Zara sur scène. Et Olivia ne déçoit pas : elle connaît parfaitement la chorégraphie et vole littéralement la vedette. Zara est clairement impressionnée et les deux filles refont la danse à plusieurs reprises, sous les acclamations d’un public trempé, mais euphorique.

Avant Pretty Ugly, Zara prend le temps de présenter ses danseuses grâce à de magnifiques animations. La chanteuse en profite pour faire participer le public à une petite leçon d’acceptation de soi : « To be beautiful you also gotta be ugly. » Elle nous demande ensuite de répéter après elle : « I’m pretty », puis « I’m ugly ». L’exercice se fait avec légèreté et sans aucune malice. Par la suite, durant Never Forget You, c’est au tour de son groupe de musiciennes d’être mis à l’honneur. Zara clôt avec Midnight Sun – Girls Trip, d’abord en version acoustique, avant de prendre de l’ampleur pour conclure en un gros party dansant.

Pour son passage à OSHEAGA, la chanteuse suédoise a livré une prestation à son image : assumée, féminine, dansante et franchement amusante. Dimanche après-midi, sous une pluie battante et une chaleur accablante, Zara Larsson avait une mission : faire oublier la météo aux milliers de Montréalais réunis devant elle, et c’est mission accompl

Lorde

Le privilège de clore cette 19e édition d’OSHEAGA revient à l’artiste Néo-Zélandaise Lorde. On avoue qu’on connait assez peu la discographie de l’artiste, ce qui nous fait remettre en question sa place en tête d’affiche. On assiste donc à sa prestation avec ce questionnement, mais aussi avec le cœur et les oreilles bien ouverts.

On reconnaît la toute première chanson, puisque l’artiste débute avec son méga succès Royals. Elle nous livre ensuite What Was That et Broken Glass, tirés de son album le plus récent Virgin (2025). Dans un français impeccable, elle nous lance « Bonsoir OSHEAGA, comment ça va ? C’est mouillé ! » On est agréablement surpris par ce français riche et ça nous réchauffe à l’idée d’assister à la prestation d’une artiste qui fait cet effort de communion.

 

Sur Perfect Places, Lorde retire son écouteur pour entendre la foule chanter. « That sounds really good! » nous dit-elle. Des lasers bleus traversent la scène alors que la chanteuse et ses deux danseurs transforment la chanson pop en véritable tableau émotionnel. L’intention est claire : chez Lorde, l’émotion est à l’avant-plan de toute chose.

C’est d’ailleurs ce qui distingue sa prestation de celle de Zara Larsson, qui avait livré un spectacle beaucoup plus chorégraphié et explosif. Lorde n’a besoin que de deux danseurs et de son propre corps pour remplir la scène principale. L’artiste se tape sur le torse, fait vriller sa couette, lance ses bras dans les airs, tombe à genoux, saute sur place et propose toutes sortes de mouvements qui, bien qu’ils soient moins complexes que certaines starlettes, transmettent une énergie animale.

La construction du spectacle – qui puise principalement dans Virgin (2025)  tout en revisitant Melodrama (2017) et Pure Heroine (2013) – permet à Lorde de montrer son évolution, sans renier celle qu’elle était. On comprend que la Néo-Zélandaise n’est pas venue simplement offrir une prestation nostalgique : elle voulait faire cohabiter son passé et son présent.

Lorde raconte qu’elle avait performé il y a 13 ans à OSHEAGA et elle s’émeut de voir que ses admirateurs ont grandi avec elle. Elle les invite ce soir à se rapprocher d’eux-mêmes, de toutes les versions qui cohabitent dans l’humain qu’ils sont désormais, de ressentir leurs émotions les plus profondes, leurs douleurs et les joies, avec bienveillance. Puis elle remercie la foule d’être là, encore à ce jour.

C’est avec Liability que le concert se transforme en immense chorale et devient en quelque sorte une prestation collective. Les voix du public — particulièrement celles des nombreuses jeunes femmes — portent la sensibilité de Liability avec passion. Les gros plans projetés sur le visage de Lorde accentuent l’impression de proximité et c’est touchant. Il ne s’agit plus d’une vedette qui interprète une chanson devant une foule : c’est une génération qui a grandi avec elle qui lui rend son amour et son énergie.

Lorde retrouve ensuite son côté plus dynamique avec l’excellente Hammer, suivi du single Supercut, avant de nous faire chanter à tue-tête avec Team. Après avoir performé Girl, so confusing, le party est levé et on a beaucoup trop chaud pour revêtir nos imperméables. Mais c’est véritablement Green Light qui confirme qu’elle avait sa place comme tête d’affiche : le parterre, la section VIP et les gens autour de nous sur la terrasse sautent tant que cette dernière tremble. L’immense foule se transforme en véritable piste de danse et on embarque avec elle.

Lors de son ultime chanson Ribs, l’artiste descend dans la foule et s’approche suffisamment du public pour que le spectacle perdre momentanément son impression de gigantisme. La superstar devient simplement Lorde, au milieu d’« amis » qui la connaissent et portent ses chansons dans leur cœur depuis leur adolescence.

C’est justement là que réside la force de cette prestation. Lorde ne cherche pas constamment à impressionner avec une production ultra sophistiquée. Elle préfère créer une connexion. Entre deux lasers et deux danseurs, une chorégraphie minimale et quelques milliers de voix qui connaissent chaque parole, elle nous rappelle qu’une grande performance pop n’a pas nécessairement besoin d’être la plus spectaculaire pour toucher droit au cœur.

Journaliste: Laurence Daoust

Crédit photo: Photo de presse Osheaga (Tim Snow)