Retour en force : MXPX et The Ataris @ Capitole de Québec
MxPx et The Ataris au Capitole : le punk n’a pas dit son dernier mot
Pas besoin d’une révolution pour lancer une légende. Il a suffi d’un garage à Bremerton, trois adolescents de quinze ans et beaucoup trop d’énergie à dépenser. À l’époque, en 1992, Mike Herrera, Yuri Ruley et Andy Husted n’avaient pas encore le permis, mais déjà le sens du tempo et des refrains qui collent à la peau. Leur nom d’origine ? Magnified Plaid. Autant dire que personne n’aurait voulu le crier dans une foule. Heureusement, le graffiti d’un batteur distrait a transformé le « M.P. » en MxPx… et la légende pouvait commencer.
Nés dans cette Amérique de banlieues et de skate parks, les gars de MxPx ont grandi à coups de Green Day, Bad Religion et Ramones, mais avec cette envie bien à eux de faire vibrer la ligne fragile entre punk et mélodie. Parce qu’ici, pas question de hurler dans un micro pour prouver sa rébellion : MxPx, c’est l’art de l’accroche, du riff rapide, du refrain scandé à pleins poumons. Une sorte de punk propre sur lui, sans pour autant renier le chaos qu’il transporte. Leur premier album, Pokinatcha (1994), est une décharge d’adrénaline : 21 titres en moins de quarante minutes, rien que ça. Mais c’est avec Life in General (1996) que le trio explose vraiment et que la planète punk commence à tendre l’oreille. Le morceau Chick Magnet devient presque un hymne malgré lui : du groove, un brin d’autodérision, et une basse si ronde qu’on jurerait qu’elle sourit.
Et si certains les ont d’abord catalogués comme « punk chrétien », MxPx a vite dépassé les étiquettes. Pas de sermons, juste des chansons sur la jeunesse, la galère, les amitiés bancales et cette quête universelle d’un sens au milieu du vacarme.
Trente ans plus tard, ils n’ont rien perdu de cette rage joyeuse. Leur son s’est affiné, mais pas adouci. Toujours fidèles à eux-mêmes, MxPx continue d’incarner ce punk lucide, celui qui a grandi sans se renier. Et si leur nom ne vous dit rien, leurs chansons, elles, vous parleront sûrement. Beaucoup d’entre nous reconnaissent d’ailleurs leurs plus gros hits sans même le savoir, leurs morceaux ont rythmé les bandes-son de nombreux films et jeux vidéo, des titres qui nous reviennent en tête au détour d’une manette ou d’un générique.
Et c’est exactement ce que le groupe est venu rappeler hier soir au Théâtre Capitole de Québec. Dans une salle comble, aux allures de retrouvailles géantes, les fans de la première heure côtoyaient leurs enfants, preuve vivante que le punk, ici, se lègue comme une passion transgénérationnelle.
En première partie, The Ataris ont mis la table avec la fougue qu’on leur connaît. Chris Roe, guitare en main et sourire un peu nostalgique, a replongé tout le monde dans les années 2000 avec In This Diary et The Boys of Summer.
Mais dès que Mike Herrera s’avance au micro, c’est l’explosion. Trois accords, un cri, et tout le Capitole devient une vague mouvante. Les crowdsurfings se multiplient, les refrains éclatent à l’unisson, et la salle tout entière bascule dans une euphorie collective bruyante. Pas de grands discours, juste de la sueur, de la sincérité et cette joie pure qui traverse les décennies.
Sur scène, MxPx prouve qu’il n’a rien perdu de son feu : un punk précis, généreux, porté avec énergie et des refrains taillés pour les chœurs. Trente ans plus tard, ces ados de Bremerton font toujours ce qu’ils font de mieux : nous rappeler qu’il suffit parfois de trois accords pour se sentir vivant.
Auteure et photographe : Sandra Léo Esteves