C’est le 24 octobre que la tournée Les Entretoits de l’auteur-compositeur-interprète Louis-Jean Cormier s’arrêtait dans la charmante ville de Brossard. Le leader de la formation Karkwa y présentait une formule opposée à son habituelle performance de rock-planant, qui inclu généralement une mise en scène élaborée et son band. Ce soir, Louis-Jean nous présente une formule en solo, intimiste, ayant pour seuls instruments sa guitare, sa voix et son pied pour battre la mesure, de quoi nous réchauffer le cœur en ce vendredi froid et gris.

Louis-Jean débarque sur scène affublé d’une chemise à carreaux et d’une petite guitare aux cordes de nylon, un choix minutieux qui donne un aspect feutré aux notes de son instrument. Louis-Jean est entouré d’éclairages tamisés, placés derrières des caissons, semblables à des palettes, rappelant aussi les structures de bois qu’on retrouve dans les toits des maisons (petit clin d’œil au titre de la tournée).

Le public, lui, est assis confortablement autour de tables, comme dans un cabaret. Le chanteur s’adresse à la foule en employant le « tu », comme on s’adresse à un ami, installant une belle complicité entre lui et le public. Louis-Jean avertit que la soirée sera pleine de surprises et invite la foule à « lâcher prise ». Il propose la métaphore d’« enlever les mains du volant » et de se laisser aller le temps d’une soirée, de laisser la vie se passer et d’accepter de ne rien contrôler.

En guise de première surprise, le chanteur nous propose L’exil de Martin Léon, avant d’enchaîner avec une de nos pièces préférées, Montréal -40 de la formation Malajube. À la moitié de la piste, Louis-Jean interrompt sa chanson et demande « Brossard, t’es toujours avec moi ? Est-ce que tu suis ? » et la foule répond en applaudissant. Il faut souligner qu’étant donné la formule acoustique, afin de ne pas enterrer le musicien, la foule était jusqu’à présent timide et peu vocale.

Toutefois, à la troisième chanson, on reconnait rapidement les airs de De La Chambre Au Salon d’Harmonium et la foule est beaucoup plus engagée. Louis-Jean dédicace la chanson à son ami dont le nom est gravé au fer rouge dans le folklore québécois, Serge Fiori. Le public tape des mains et chante le refrain haut et fort. La communion est tangible et procure des frissons. De plus, soulignons que Louis-Jean est un guitariste adroit et son maniement des cordes est subjuguant !

Maintenant que le public a compris que cette soirée sera un enchaînement de prestations surprises, la foule émet une douce fébrilité. Tous et toutes sont curieux et curieuses de reconnaître les prochaines pièces.

Le public réagit avec de forts applaudissements alors que le musicien interprète Tu M’aime-Tu de Richard Desjardins. Louis-Jean enchaînera ensuite d’autres chansons fort appréciées telles que Le Petit Roi de Jean-Pierre Ferland, Ton amour a changé ma vie des Classels, chanson qu’il dédie à sa conjointe Rebecca Makonnen, Gros Pierre de Gilles Vigneault, ainsi que Tue-Moi de Dan Bigras.

Le musicien joue aussi certaines pièces qu’il a auparavant reprises, telles que Le tour de l’île, reprise avec son groupe Karkwa sur l’album en hommage à Félix Leclerc, ainsi que Ce soir l’amour est dans tes yeux de Martine St-Clair, dont sa reprise sur Spotify dépasse 3 millions d’écoutes.

Louis-Jean propose aussi quelques titres de son répertoire personnel. Il performe Croire en rien avec un tempo plus rapide, une transposition des accords qui rend la chanson plus mélancolique, le tout accompagné de prouesses vocales épatantes. Le musicien joue également L’au-delà, pièce poignante durant laquelle il prend plusieurs temps de pause pour inspirer profondément en tournant son regard vers le plafond, comme si tous ses proches disparus pouvaient le voir, l’entendre et le sentir. Le musicien conclut la soirée avec la chanson Pour que tu m’aimes encore de Céline Dion, chanson qui ravi la foule et pour laquelle l’artiste relève le défi avec brio.

Durant sa standing ovation, l’interprète nous indique qu’à la sortie nous attend de petites feuilles de papier sur lesquelles on découvrira le nom des auteurs, des compositeurs et des interprètes de chaque pièce performée. Avant de quitter la scène, Louis-Jean souligne l’importance d’encourager la relève musicale locale et nous incite à ne pas laisser la langue française s’éteindre.

Au sortir de cette chaleureuse soirée, on se sent définitivement plus proche de nos racines francophones. On conclut que l’ingénieux titre de sa tournée, bien qu’on le retrouve dans les paroles de la chanson L’au-delà, fait référence à ce moment, suspendu dans le temps, qui vient de s’écouler entre le musicien et le public, ou comme dirait Louis-Jean, « entre toi et moi ».

Journaliste: Laurence Daoust

Crédit photo : Paul Blondé (Archives Thorium Mag)