Fono 2026 : Québec vibre au rythme d’une programmation éclectique @ Québec
Pour sa troisième édition, le Festival Fono transforme Québec en véritable terrain de jeu musical, réunissant pendant trois jours une programmation aussi éclectique qu’énergique, de la pop au rap en passant par l’indie et l’électro. Entre nostalgie, découvertes et prestations survoltées, notre passage au festival nous a fait vivre quelques moments particulièrement marquants, de Natasha Bedingfield à Sombr en passant par Louis-Charles et Kinji00.
JOUR 2
On débarque au Festival Fono le vendredi 11 septembre pour participer à la troisième édition du festival. Celui-ci s’étend sur une période de trois jours, soit du jeudi 10 au samedi 12 septembre et comporte des tête d’affiches telles que JF Pauzé, Alessia Cara, SOFI TUKKER, Ariane Moffatt, Rymz, Fredz, et plus encore. La programmation propose des artistes majoritairement pop et électro, mais aussi quelques-uns baignant dans le rap, l’indie et le folk. En ce doux vendredi soir, on est présents pour assister à deux concerts : celui de la vétérante de la pop Natasha Bedingfield et celui de l’étoile montante Sombr.
Natasha Bedingfield
La Britannique Natasha Bedingfield est connue notamment pour sa chanson Unwritten, succès datant de 2004, qui est récemment devenu viral sur TikTok. L’artiste pop débarque sur scène vêtue d’une simple robe noire, sans bijoux ou parures quelconques : elle mise sur la simplicité et ça lui va à ravir. Ses iconiques cheveux blond-blancs sont plus courts et lui donnent un air mature. Sa performance est aussi empreinte de simplicité : elle laisse toute la place à sa voix magistrale plutôt que de nous présenter une chorégraphie ou être accompagnée de danseurs.
Elle nous livre tôt en début de spectacle son single Pocketful of Sunshine, ainsi qu’un medley de quelques compositions d’autres artistes tels que Coldplay et The Cranberries, au grand plaisir de la foule. Sa voix exceptionnelle ose pousser la note et se réapproprie Zombie à merveille. On en a des frissons !
Histoire de faire continuer le party, elle nous offre la populaire These Words et la foule rugit chaque parole. Bedingfield atteint facilement les nombreux octaves que sa puissante voix peut porter et c’est subjuguant. Elle nous livre son nouveau single, la chanson Dot Dot Dot et l’artiste en profite pour faire participer la foule qui scande des « oh oh oh oh oh oh ». Le public s’emballe, ravi de pouvoir participer à la prestation à son tour.
Bedingfield nous confie ensuite que c’est son tout premier spectacle à Québec et nous remercie vivement d’être présents. Avant d’entamer Unwritten, elle précise qu’elle dédicace le morceau à son amie Nelly Furtado, ainsi qu’à Céline Dion et pour ceux qui l’ignore, c’est très contextuel : c’est ce soir que Céline remonte sur scène, à Paris, pour son premier concert en 6 ans, suite à une pause forcée reliée à des enjeux de santé. De son côté, Nelly Furtado a annoncé plus tôt en 2026 qu’elle se retirait des réseaux sociaux et faisait une pause de sa présence scénique après qu’elle ait subi une vague de négativité reliée à sa prise de poids. C’est émouvant et d’autant plus spécial que Bedingfield dédicace cette chanson à deux femmes qui affrontent l’adversité et des enjeux de santé, la tête haute. On leur souhaite profondément que le reste soit « unwritten » et qu’elles triomphent de leurs combats respectifs.
Dès les premières notes de Unwritten, les fans crient afin de remercier l’artiste de nous offrir ce méga hit, et une bonne dose de nostalgie. En spectacle, ses vocalises sont encore plus magiques qu’à l’audio et c’est une artiste réellement impressionnante. Natasha Bedingfield nous remercie chaleureusement pour la dose d’amour et l’engouement portés à son spectacle, alors que le remix de These Words fait par l’artiste Badger inonde les haut-parleurs, provoquant un party dansant dans la foule. Et le public en redemande ! Cinq secondes se sont à peine écoulées qu’un « Olé olé olé olé » s’entame parmi les spectateurs. Une prestation dont on se souviendra comme un témoignage d’amour de la part d’une artiste qui, même au-delà de vingt ans de carrière, ne prend pas notre amour pour acquis.
Sombr
Fidèle à lui-même, sombr débarque d’une voiture décapotable et encourage la foule à faire du bruit alors qu’il marche vers la scène principale. À notre grand étonnement (et plaisir), l’artiste débute avec we never dated, sous des lumières stroboscopiques qui nous font partiellement halluciner. Pour cette piste, ainsi que i wish i knew how to quit you, il injecte une bonne dose de rock dans sa prestation et ça donne le ton pour une performance ultra dynamique, on adore !
Avec l’énergie d’une bombe qui s’apprête à sauter, sombr habite toute la scène, du plus haut promontoir jusqu’à la barricade le séparant de la foule. Il nous livre sans surprise les mêmes chansons qu’à Osheaga, festival auquel il a performé en août dernier, mais cette fois, avec encore plus d’énergie. L’artiste semble être choqué par le charme de Québec et tient à souligner la beauté de cette ville qui est désormais sa « favorite Canadian city ».
Entre les gorgées de vin à même la bouteille, les « Québec are you ready?! » et les regards complices à la caméra, sombr nous encourage à sauter avec lui, à crier les paroles de ses méga succès, mais aussi de ses chansons un peu moins connues telles que perfume, do i ever cross your mind et under the mat. Afin de rappeler l’esthétique de son album et en hommage à sa ville natale, New York, la mise en scène comporte un gigantesque cône orange qui émet de la fumée et une pancarte « canal street », faisant référence au titre sur son album I Barely Know Her (2025). Les animations sur écran géant rappellent l’esthétique de ses vidéos et celle de sa photo officielle sur les plateformes d’écoute en ligne.
Sombr joue ses succès récents comme Homewrecker, pour laquelle il attrape une guitare pour faire un intro rock, tandis que pour My Body Isn’t Ready, il exprime une sensibilité touchante avec un discours sur l’acceptation de nos corps. Avant de jouer le single undressed, il nous lance « Québec how the fuck are we feeling?! Are you ready to go crazy right now? Je t’aime. Je m’appelle Shane. » et surenchéri « When the chorus hits, I want everybody jumping and singing, ‘cause I want them to hear it all the way in Toronto. »
Après avoir enchaîné les énergiques Potential et crushing, l’artiste nous livre would’ve been you en changeant les dernières paroles de la chanson pour « it would’ve been Québec » et la foule l’acclame. Sombr tague ensuite un drapeau noir avec d’abord, son nom, puis avec « Québec ». Le chanteur brandit fièrement le drapeau et descend dans la foule afin de prendre des photos, serrer des mains et donner des accolades, alors que son groupe joue l’air de back to friends.
Comme on vient de recevoir une méga dose de dopamine suite à cette merveilleuse chanson, on en veut plus ! On se met à scander le « Olé olé olé olé » et sombr nous demande de crier la prochaine chanson à pleins poumons. Les lumières virent au rouge et l’artiste entame pas une, mais bien deux fois la chanson 12 to 12 ! On savait déjà que le chanteur se plaît à jouer plusieurs fois de suite cette chanson, mais c’est toujours un pari de deviner le nombre de fois qu’il la répétera (on se rappelle qu’à Paris, plus tôt en 2026, il l’avait jouée quatre fois de suite !).
Dire que la foule est sur le gros party est un euphémisme. Tout le monde prête sa voix à la chanson, danse, saute sur place et dépense le reste de son énergie dans cette ultime chanson. sombr lui aussi a tout donné sur scène. Alors qu’il nous remercie et place ses mains en coeur, on remarque que son collier est complètement dans son dos tellement il a bougé !
Cette étoile montante a tout pour plaire : talent, prouesses vocales, énergie endiablée et charisme fou. Impossible de ne pas être épaté par sa performance ou de ne pas être touché par son grand cœur, qu’il cache bien derrière ses airs de rockstar à la Freddy Mercury ou à la Mick Jagger. Le jeune artiste de vingt-et-un ans s’impose comme une force de la musique des années 2020 et on parie qu’il atteindra le sommet des palmarès les plus convoités d’ici quelques années.
JOUR 3
Le lendemain, on arrive sur le site de Fono pour la dernière journée du festival, assez tôt, histoire de profiter de toutes les activations et découvrir les quatre scènes du site. On se délecte de boissons gratuites, on s’amuse à jouer à Kerplunk, aux poches et à Puissance 4 en attendant la première prestation de la journée sur la scène du Boisé Coors Light. Il faut dire que le site est super bien aménagé : les jeux sont nombreux, les places pour s’asseoir près des deux scènes principales sont nombreuses, des lumières éclairent les chemins dans le petit boisé menant aux deux scènes électro et les offres de nourriture sont diversifiées.
Louis-Charles
À 15 h 45, Louis-Charles monte sur scène sous un soleil plombant pour une journée de septembre. Vêtus de noir et de couches de vêtement multiples, les membres du groupe nous adressent un « Salut tout le monde, ça va? », auquel le public répond en levant les mains dans les airs et en criant.
Derrière le groupe est affiché le nom de celui-ci en lettres rouges, qui varie en couleur au fil des chansons. Le groupe québécois propose un rock alternatif indie, avec une touche emo bien sentie. La voix du chanteur, très claire et cristalline. Elle permet de bien comprendre les paroles, même lorsque les guitares prennent plus de place.
Dès la première piste Jeune chien, le ton mélancolique est installé. Le contraste avec la température est d’ailleurs souligné par le chanteur : « Profitez de cette belle journée d’été, nous on va vous livrer plein de chansons tristes qui ne fitent pas avec la météo ». La formation nous offre Passer la nuit, COUTEAU et Des milliards de fois, ainsi que plusieurs autres titres de leur album paru en janvier 2026, LOUIS-CHARLES II. Malgré les thèmes plus sombres, l’ambiance reste légère grâce aux interventions entre les pistes. Le chanteur plaisante ensuite en présentant une chanson écrite quand ça n’allait pas bien, avant d’annoncer que la suivante « est pour quand ça va encore moins bien ».
Le moment le plus touchant arrive lorsque Louis-Charles présente une chanson dédiée à Jacques, une personne importante pour le groupe, décédée quelques années auparavant. Cette courte présentation donne une dimension plus intime à la prestation. La formation nous offre ensuite 4AM, puis emo, que le chanteur présente avec humour comme une chanson sur laquelle les spectateurs frencher si l’envie leur prend. Il remercie ensuite le public et lance un shoutout aux personnes à l’avant-scène portant des fleurs de lys pour Kinji00, qui foulera les planches après leur performance.
Ce qui ressort surtout de la prestation de Louis-Charles, c’est le contraste entre son univers et celui du festival. Sous un soleil d’été, le groupe habillé en noir enchaîne les chansons mélancoliques, mais sans rendre l’atmosphère lourde. Louis-Charles réussit ainsi à apporter une petite dose de mélancolie au milieu de l’ambiance estivale de Fono et franchement, on est complètement vendus !
Kinji00
Kinji00 entre sur scène avec son frère lb66 dès que Vive l’espoir, vive le Québec termine. Le ton est donné avec Révolution pas tranquille et Step sur un fédéraliste : le rap du jeune québécois est foncièrement séparatiste et véhicule un message d’espoir envers ceux qui désirent une révolution du système de pouvoir québécois.
Plus le spectacle avance, plus on observe de personnes portant les couleurs blanches et bleues rappelant notre identité, et plusieurs ont carrément des drapeaux avec eux. Un flot constant de spectateurs se dirige vers la scène tout au long du spectacle. Pendant Cayo Perico. Kinji00 nous lance « Yo, vous êtes prêts à turn up Québec ou quoi ? » et les mains se lèvent immédiatement dans les airs et la foule l’acclame.
Le duo des deux frères est particulièrement énergique sur scène. Ceux-ci se croisent, sautent et bougent constamment, sans sembler manquer de souffle. Leur aisance est d’autant plus impressionnante que le son demeure très clair et précis. Kinji00 nous offre les dynamiques SUR MOI, Johnny Test, Piasse, ainsi que la très douce dis moi où, dis moi quand. Il nous livre également des chansons plus récentes (et encore plus dynamiques) telles que FADED À MON SHOW et son tout nouveau single parût cette semaine, Le love c’est ce que je chase.
La participation du public devient rapidement un élément central du spectacle. Pour Shake, Kinji00 demande aux spectateurs de montrer leurs meilleurs mouvements de danse, alors que les deux frères entament le bal avec leur propre chorégraphie. « Vous avez des moves, no cap. » nous lance-t-il après avoir vu la réaction de la foule. Les gens à l’avant dansent, lèvent les mains et continuent d’affluer en nombre. La mise en scène contribue beaucoup au succès du spectacle. Chaque chanson possède ses propres animations et certaines d’entre elles évoquent des extraits des vidéos de l’artiste. Le spectacle atteint son sommet avec Fleur de lys : dès le premier refrain, le public chante avec lui et se met à bouger davantage. Avec les drapeaux, les mains dans les airs et l’énergie qui se dégage de la scène, le morceau devient naturellement une grande finale. Durant son spectacle, Kinji00 prend bien soin de remercier le public, son frère, son DJ et les personnes qui travaillent au festival.
Kinji00 livre ainsi une prestation qui repose autant sur son rap innovant, que sur sa capacité à faire participer les spectateurs. Entre les déplacements constants sur scène, les interactions avec le public, les animations et l’identité visuelle très marquée, le spectacle ne laisse aucun moment mort. Une performance de Kinji00, c’est un peu un événement patriotique, un rassemblement et une célébration de notre identité québécoise. Le bleu et le blanc sont omniprésents, les paroles sont reprises par le public et les deux frères occupent la scène avec une énergie qui ne semble jamais diminuer. À Fono, Kinji00 a réussi à faire de la scène un véritable espace de célébration collective et on le remercie pour ce party délectable.
Journaliste: Laurence Daoust
Photographe: Sandra Esteves