Jade Eagleson, Matt Lang et le country à cœur battant sur George-V

Le soleil revenait à peine sur la place George-V quand Britanny Kennell a ouvert le bal avec une élégance désarmante. Toute en sobriété et en justesse, la Montréalaise a livré un set lumineux, porté par une voix chaleureuse et un sens de la nuance qui a su capter l’attention dès les premières mesures. Sans faire de vagues, mais avec une sincérité qui fait mouche, elle a doucement apprivoisé le public.

Après une journée marquée par des averses capricieuses, c’est comme si le ciel lui-même avait décidé de se mettre au diapason : le soleil est revenu en beauté juste à temps pour cette soirée country à la place George-V, baignant la scène d’une lumière dorée presque cinématographique. Une ambiance parfaite… ou presque.

Car si Britanny Kennell a su capter cette énergie avec une prestation lumineuse, tout en nuances et en justesse, Alli Walker a eu plus de mal à trouver ses repères. Portée par une belle énergie et un réel désir de connecter avec le public, elle a tenté un medley de grands classiques, dont Gens du pays et Hotel California, dans une volonté évidente de rendre hommage au public québécois. Mais ces choix ambitieux, bien que sincères, n’ont pas totalement trouvé écho dans la foule. L’interprétation, à la fois vocale et instrumentale, manquait parfois de justesse, et l’ensemble peinait à décoller.

Présent depuis le début, le fiddle a longtemps joué les seconds rôles… jusqu’à ce qu’il prenne enfin toute sa place. Dans la seconde moitié du set, ses envolées bien senties ont ramené un souffle d’authenticité qui a permis de mieux apprécier la fin de la performance.

Heureusement, le country a toujours eu sa place au Festival d’été de Québec, et à en juger par la foule compacte qui s’amasse ce soir sur la place George-V, il n’a rien perdu de son pouvoir de rassemblement. Après un début de soirée en demi-teinte, le public est maintenant bien réveillé, prêt à accueillir Jade Eagleson, l’un des visages forts de la scène country canadienne actuelle.

Fort de plusieurs certifications OR et PLATINE, et auréolé de cinq titres #1 à la radio country canadienne, Eagleson n’arrive pas les mains vides. En 2024, il rafle tout aux CCMA Awards, remportant les titres d’Album of the Year, Entertainer of the Year et Male Artist of the Year. Son album Do It Anyway, désormais disponible, confirme qu’il joue dans la cour des grands.

Et ce soir, il joue surtout le rôle de locomotive. Car s’il est là pour réchauffer l’ambiance, c’est en vue de l’arrivée de Matt Lang, appelé à la rescousse après l’annulation de Nate Smith, qui a dû se retirer de plusieurs concerts pour des raisons de santé. Le changement a pu provoquer une pointe de déception chez certains festivaliers, mais le FEQ a su réagir avec efficacité, et il faut bien dire que Matt Lang est l’un des artistes les plus aimés du public québécois.

Résultat : les fans sont bel et bien au rendez-vous, et l’ambiance monte en flèche.

À 20h30, alors que Jade Eagleson est en train d’allumer le feu sur scène, le site affiche complet. Entouré de musiciens survoltés,  lap steel, fiddle, guitares en fusion, le chanteur livre une prestation parfaitement rodée. La foule se laisse emporter par l’enthousiasme contagieux du groupe. Ça tape du pied, ça chante, ça lève les mains : le country vibre sans artifice.

Avant de quitter la scène, Eagleson offre un instant de tendresse inattendu. Il présente sa femme, venue le rejoindre discrètement, et lui dédie sa prochaine chanson. Un moment sincère, qui fait fondre la foule déjà conquise.

Pas le temps de caler une autre bière : Matt Lang prend d’assaut la scène. L’artiste n’en est pas à son premier rodéo, mais pour un passage annoncé à la dernière minute, il frappe fort. Grand sourire aux lèvres, il enchaîne les titres avec assurance. Le public, visiblement ravi de ce remplacement de luxe, répond par des cris enthousiastes avec des mains levées.

Les solos de guitare sont solides, les musiciens s’éclatent, l’ambiance est carrément à la fête. Et il fait chaud dans tous les sens du mot. Matt Lang a clairement pris du galon depuis son dernier passage : son style a évolué, plus affirmé, plus libre, mais toujours aussi efficace.

Une chose est sûre, le country avait rendez-vous avec son public ce soir, et il ne l’a pas déçu. Avec une programmation bien pensée, des artistes généreux et une ambiance qui n’a cessé de monter, la soirée a transformé un début un peu timide en vrai moment fort. Et grâce à la configuration des deux scènes côte à côte, aucun temps mort. Tout s’enchaîne (presque) sans coupure, ce qui permet de garder le rythme et de faire durer la fête jusqu’au bout.

Auteure et Photographe : Sandra Léo Esteves