Colin and Brad @ Gesu (Montréal)
27 juillet 2013 – Pour ceux qui connaissent Whose Line Is It Anyway, Colin Mochrie et Brad Sherwood sont assez proches des déités. Pour les autres (hérétiques), allez immédiatement regarder ce show ! Nos deux improvisateurs préférés sont donc à Just For Laugh pour trois représentations au Gesù. Thorium a eu la chance d’assister à deux de ces shows d’impro, vendredi 26 et samedi 27 juillet dernier. En route pour 1h30 de grand n’importe quoi, où tout (ou presque) peut arriver!
Il est 19h, les lumières se tamisent et une chose est sure, le public est connaisseur et accueille Colin et Brad dans un tonnerre d’applaudissements. Dans la salle, on voit des jeunes, des ados, des trentenaires, des quinquas et plus. Un spectacle pour les 7 à 77 ans ! Brad prend le lead pour présenter le principe du spectacle. “The show is entirely made up”, tel est le credo. On commence avec le jeu des pantins où une personne du public est en charge de mouvoir les deux comédiens pendant que ces derniers improvisent une scène sur un thème suggérer par l’auditoire. En impro, c’est un exercice efficace pour récolter des rires et chauffer la salle … Elle l’est déjà bien assez!
Comme d’habitude, Colin Mochrie est goofy à souhait. Ce mec ressemble à un cartoon, c’est pas possible! Brad, lui, n’aide vraiment pas le “marionnettiste” en prenant des poses inconfortables. Ça fait 15 minutes que le show a commencé et on a déjà mal aux joues tellement on se marre.
Le deuxième jeu implique la participation d’une dizaine de volontaires pour compléter les phrases de Colin et Brad durant leur impro. Lors de la première représentation à laquelle nous avons assisté, le public était particulièrement prompt à vouloir monter sur scène, mais leurs suggestions, souvent à coté de la plaque, n’aidaient malheureusement pas les deux improvisateurs à faire avancer la scène. On s’amusait à voir nos deux comparses se démener et se moquer (gentiment) du manque d’inspiration de leurs partenaires intérimaires. Le deuxième soir en revanche, le public était extrêmement rapide et plein d’esprit. C’est dans ce genre de moment, où le public et les acteurs sont complices, qu’on frise l’extase!
C’est ensuite au tour d’un jeu qu’on affectionne tous beaucoup, le jeu des bruitages, durant lequel le public doit effectuer les bruitages nécessaires à la scène improvisée.
Le vendredi, c’est un triomphe, toute la salle, nous y compris, est hilare. Toutefois, et c’est là l’inconvénient de voir un show deux fois d’affilée, lors du spectacle du samedi, on remarque que beaucoup d’idées sont réutilisées, aussi bien dans la construction et le déroulement des scènes que dans les techniques comiques. Les automatismes deviennent flagrants et l’impact comique en pâtit. C’est un peu comme découvrir le secret d’un tour de magie : c’est toujours impressionnant, on applaudit la technique, mais on n’est plus émerveillé.
Cette impression est quelque peu nuancée dans le jeu qui suit. En effet, il s’agit pour les deux improvisateurs de jouer une scène pendant laquelle l’un peut interrompre l’autre en disant “Kick it” pour que ce dernier improvise un rap. La structure du sketch est similaire d’un soir à l’autre et certaines rimes sont récitées, mais force est de reconnaitre le talent et la vivacité d’esprit de Brad Sherwood, qui part tous les soirs dans une impro de plusieurs minutes de rap sans hésitations aucunes. Tout simplement impressionnant!
Et c’est là que l’on comprend : Colin et Brad n’ont plus à prouver qu’ils sont maitres dans l’art d’improviser. Et s’ils utilisent des gimmicks et des formules toutes faites, ce n’est pas pour se simplifier la tâche, mais pour assurer un show d’une qualité élevées et toujours constante. C’est là leur génie : flirter avec la routine et l’inconnu.
D’ailleurs, leur dernier défi, qui sera le clou du spectacle, illustre parfaitement cette idée.
Pendant que Colin et deux assistants se mettent à placer délicatement 100 tapettes à souris sur la scène, Brad nous explique que Colin et lui devront dialoguer de manière à ce que la première lettre de chacune de leur phrase suive l’ordre alphabétique. Un exercice classique avec lequel ils sont particulièrement à l’aise. Trop à l’aise. Qu’à cela ne tienne, ils effectueront ce jeux pieds nus, les yeux bandés, sur la scène, remplie de tapettes à souris !!! On n’y croit à peine lorsqu’ils retirent leurs chaussettes.
Le jeu commence et les premières tapettes se déclenchent sous leurs pieds, toute la salle est au bord de son siège et sursaute à chaque claquement sur les orteils à vif. Il y a une telle tension et une telle jubilation… Peu importe s’ils répètent les mêmes dialogues, peu importe si Colin refait le coup de tricher, ça marche, on rit comme des gamins devant leurs clowns préférés!
Il est à présent l’heure de laisser nos deux acteurs partir (se panser les pieds). Sniff. Ils nous improvisent alors une chanson retraçant la soirée sur l’air de My Way. Un final pas aussi explosif qu’espéré, mais on arrive à ressentir de la nostalgie pour un show qui vient littéralement juste de se passer…Standing ovation. Collin and Brad quittent la scène, nous la salle. On est impressionné par le talent de ces deux immenses acteurs, qui ont moins livré un spectacle d’impro qu’une performance d’acteur, grand-guignolesque, naïve, intelligente et surtout hilarante. On en aurait bien repris une troisième fois!
Auteurs: Thomas Daguenel
Photographe: Paul Blondé
Pour en savoir plus: Just For Laughs