Alexisonfire + Billy Talent : vingt ans de furie punk au Centre Bell @ Montréal
Le vendredi 17 juillet est la date (tant attendue) du show de Alexisonfire et Billy Talent dans le cadre de leur tournée conjointe Twenty years in the making. Cette tournée célèbre les 20 ans de leurs albums respectifs, Crisis pour Alexisonfire et Billy Talent II pour la formation éponyme.
La soirée débute à l’extérieur du Centre Bell, là ou des amis se rassemblent, s’attendent, discutent en groupe dans la rue, pendant que d’autres entrent dans l’aréna qui bourdonne. Comme pour ajouter à la nostalgie ambiante, cet événement nous a fait recroiser certains amis et connaissances avec qui on a déjà partagé des bouts de soirées jadis, ce qui ajoute à notre excitation pré-spectacle. Au coup de 18 h 50, les groupes d’amis se séparent et chacun se dirige son siège dans la salle de concert.
C’est avec la musique punk rock du groupe montréalais FAZE que le spectacle débute. En guise de décor, le band propose une animation par chanson, ce qui est assez professionnel et bienvenue de la part d’un band de première partie. Le groupe nous fait penser par à-coups aux sonorités des Ramones, et son chanteur revêt un look qui mélange Kurt Cobain (Nirvana) à Bert McCracken (The Used), et qui dégage l’énergie d’un Brendan Yates (Turnstile). La formation propose des chansons au tempo ultra rapide et ça réchauffe bien la foule. Au parterre, au bout de quelques chansons, on voit un pit se former à l’avant de la scène. Pour un groupe punk local, assez tight sur le tempo, qui a de l’énergie à revendre, FAZE fait bien le travail, on recommande.
Vers 20 h, Alexisonfire, monte sur les planches sous un tonnerre d’applaudissements. La formation canadienne entame avec la première piste sur l’album Drunks, Lovers, Sinners and Saints, chanson idéale pour débuter un spectacle de façon dynamique. Le band présente lui aussi une énergie explosive. On sent qu’ils avaient hâte de retrouver leurs fans et de partager la musique de ce disque si spécial pour eux. Sans surprise, un pit est déjà formé dès la première chanson et celui-ci fait environ dix fois la taille de celui pour FAZE, avalant la foule vers l’arrière au fur et à mesure que la chanson progresse. L’énergie dans la salle est palpable et j’ai rarement eu aussi chaud lors d’un concert au Centre Bell : ça bouge de partout. Lors de Mailbox Arson, un immense circle pit se dessine et dévore la moitié des gens qui se trouvent au parterre.
Le temps de reprendre mon souffle après Boiled Frogs et We are the Sound, j’observe les gradins de ma section, dont les spectateurs des rangées AA à F sont entièrement assis (me laissant une vue impeccable du stage, merci !), et je me mets à éplucher cette foule plus attentivement. J’y constate une majorité de personnes aux barbes grisonnantes, aux cheveux couleur poivre et sel et je me passe la réflexion que ce soit ce public ne peut supporter d’être sur ses pieds pendant plus d’une heure, soit ce sont des fans venus supporter uniquement Billy Talent. Je sens que je détonne un peu à force de sauter, crier et gesticuler debout dans ma rangée, mais un spectacle commémoratif comme ça, tu vas rarement en vivre et chaque second mérite d’être savourée : tant pis pour les personnes derrière moi, elles n’ont qu’à se lever à leur tour.
Alors que les notes inquiétantes de You Burn First résonnent, Dallas Green nous encourage à sortir téléphones et briquets pour illuminer l’aréna et ça provoque une ambiance magique, avant que la chanson n’atteigne l’apogée de son crescendo et que ça explose au parterre. Avant de poursuivre avec la piste Crisis, le chanteur George Pettit nous indique qu’il est sincèrement touché de notre soutien envers son groupe de « weird psychopaths » et après avoir remercié Billy Talent de bien vouloir partager le stage avec eux, George nous lance un « Merci beaucoup ! » bien senti.
Au début de To a Friend, un simple jet de lumière éclaire Dallas, qui nous berce a capella de sa voix exceptionnellement mélodieuse, en nous surprenant avec le refrain en début de piste. J’espère sincèrement que la gang de spectateurs assis dans les rangées plus basses ont eu autant de frissons que moi, car si ce moment n’a pas suffit à les convertir en fans, ils n’ont tout simplement rien compris à la beauté d’Alexisonfire. Vient ensuite la chanson qui clôt l’album, Rough Hands, une piste que j’attendais grandement et qui, à la fois, me rend émotive, car je sais qu’elle marque la fin de leur prestation. C’est les larmes aux yeux et en détruisant ma voix que je scande « All my bones are dust, and my heart’s sealed with rust », avec une étrange appréhension au ventre, me passant la réflexion que c’est vraiment trop emo pour qu’ils nous quittent après cette ultime piste, comme si mon monde allait s’effondrer. Mais c’est justement là la beauté d’un moment encapsulé dans le temps : fallait y être et le vivre en savourant chaque seconde, peut importe ton état de santé et tes tracas du quotidien, afin de laisser la musique guérir tout ce qui chambranle en dedans de toi, depuis (peut-être) deux dernière décennies.
C’est sous un « Olé Olé Olé » qu’Alexisonfire revient en force sur la scène, à mon grand soulagement. Wade McNeil, guitariste et chanteur du groupe, prend parole et nous souligne que cela fait 2 ans qu’il est établi à Montréal et que la meilleure poutine se trouve au Orange Julep. Bien qu’on entende des réactions mixtes, un massif « Bouh ! » domine, signe que les montréalais ne sont pas en accord avec son choix (et avec raison, vive la Banquise). Au tour de Dallas de prendre la parole et celui-ci nous dit qu’il y a deux jours, Chris Steele, bassiste du band, fêtait son anniversaire. Dallas nous propose qu’on lui souhaite bonne fête, dans la langue de l’on préfère, et un imposant chant de Bonne fête en français s’adresse à Chris, alors que celui-ci sert un à un ses amis et collègues dans ses bras.
En guise de rappel, la formation joue d’abord Accidents de l’excellent album Watch Out! (2004) et c’est à ce moment que ma section se lève debout (il était temps !). Le groupe poursuit avec son plus récent single Sweet Dreams of Otherness (2022) et clos avec l’explosive Young Cardinals (2009), qui aura été de loin la chanson ayant le plus remué la foule. Le band nous dit qu’il nous reverra l’an prochain sans faute, puisqu’il nous promet un nouveau disque avant 2027 ! C’est donc la tête pleine d’espoir que je m’en vais me revigorer et discuter avec mes amis de la solide perfo qu’on vient de vivre. Quel privilège absolu que de faire l’expérience d’un excellent album en live, dans son entièreté et sans omission !
À 21 h 45, la performance de Billy Talent s’amorce avec la projection d’un compte à rebours passant progressivement de 2026 à 2006. Dès le début de l’animation, ma section au complet est debout, sur le qui-vive. Ian D’Sa, guitariste du groupe, entame les premières notes de Devil in a Midnight Mass, puis quand le drum et la basse se joignent au party, tous les écrans de la scène s’allument pour projeter le design de la pochette de Billy Talent II, pendant que Ben Kowalewicz pousse le fameux cri qui entame le disque. On remarque que la foule est un peu plus animée pour Billy Talent qu’elle ne l’était pour Alexisonfire.
La seconde chanson jouée est – sans surprise – Red Flag et on doit souligner que ça fait bizarre d’entendre cette chanson si tôt dans le pacing, puisque c’est un énorme single et une chanson qui lève beaucoup : lors de précédents concerts de Billy Talent, Red Flag est parfois jouée en tant que rappel ! Heureusement, la foule était bien réchauffée et elle était prête. Plusieurs personnes font du crowd surfing en brandissant des drapeaux rouges et ça bardasse au parterre. S’ensuivent deux chansons que la formation ne joue pratiquement jamais (mes deux préférées de l’album), This Suffering et Pins and Needles. Quel moment jouissif que d’entendre des chansons qui sont souvent délaissées en prestation live ! Je me pinçait très fort, savourant la chance que j’ai de vivre cette soirée, encore une fois. Soulignons que le groupe n’a pas perdu une once de son énergie d’antan et les harmonies sont tout autant spectaculaires qu’au début de leur carrière.
Après la piste, Ben nous dit à quel point il est reconnaissant d’avoir la chance de performer dans sa ville natale et nous remercie sincèrement de participer à cette soirée et de continuer de donner de l’importance à ce disque, 20 ans plus tard. La formation poursuit avec Fallen Leaves au grand plaisir de tous et enchaîne avec Where Is the Line?, chanson durant laquelle ont assiste à un montage vidéo du groupe qui la performe à travers les années, en parfaite harmonie avec la piste jouée en direct sous nos yeux. C’est émouvant, c’est touchant, impossible de ne pas être nostalgique et de ne pas ressasser nos souvenirs de précédentes occasions où on a assisté à un de leurs concerts.
Pour ma part, ce soir c’était la quatrième fois que je voyais Billy Talent dans le Centre Bell, et ma neuvième fois de les voir en prestation au total. Je me replonge au mois de février 2007, alors que j’approche mes 14 ans et que j’ai la permission d’aller à mon premier concert sans parents et que pour 24 $, je suis installée dans la section rouge au Centre Bell avec mes amis du secondaire, pour mon premier show de Billy Talent, émerveillée au delà de toute espérance. C’est avec les mêmes étoiles dans les yeux (et avec un anglais beaucoup plus décent) que je scande aujourd’hui les paroles d’un de mes disques préférés. La formation poursuit avec la douce Surrender, qui explose en intensité lors du bridge et la masse de gens au parterre laisse comprendre au band que même si la chanson se veut une ballade, elle est tout autant appréciée que les autres singles.
Après Sympathy, Ben nous souligne que le groupe travaille présentement sur un tout nouveau disque et qu’il reviendra assurément performer à Montréal. Après 33 ans, le rock de Billy Talent est tout aussi original et poignant, Ian revêt encore sa chemise noire avec son emblématique cravate rouge et Ben ne se gêne pas pour pousser tous les cris gravés dans leur discographie, bien qu’il les tienne un peu moins longtemps (on ne lui en tient pas rigueur, Ben a maintenant 50 ans !). Après avoir joué les dernières notes de Burn the Evidence, on est fébrile : on sait que le disque est fini. À quoi aura-t-on droit en guise de rappel ? Les autres succès de Billy Talent par lesquels le groupe a clos un spectacle sont généralement Try Honesty ou River Below, mais la formation compte à ce jour 6 albums et on sait que la sélection de pistes pour un rappel a dû être complexe.
C’est après un « Olé Olé Olé » bien scandé que le groupe revient sur scène et nous offre Rusted From the Rain (2009), chanson qui est fort appréciée. Au parterre, tout le monde offre le peu d’énergie qui lui reste après ces 4 heures de spectacle. Vient ensuite Reckless Paradise (2022) et on retourne à nouveau sur l’album Billy Talent III (2009) avec Devil On my Shoulder. Durant la chanson, on remarque à peine qu’un tech discute avec le drummer (il semblerait y avoir un souci au niveau du drum), car tous les yeux sont rivés vers Ian qui nous offre le meilleur solo de guitare de toute la soirée, qui est complètement captivant, enivrant, nous rappelant à quel point cet homme est un prodige avec son instrument. Ben renchérit en nous faisant chanter à répétition les « over and over » du bridge, jusqu’à ce que la chanson explose et que tout le monde se rentre dedans au parterre.
L’ultime piste performée sera la chanson la plus dynamique de l’album Dead Silence (2012) : Viking Death March. Je vois plusieurs personnes de ma section quitter durant la chanson, ce qui est très dommage car elle est tout aussi explosive que Red Flag. Tant pis pour eux, plus de place pour moi pour sauter et dépenser l’énergie qui me reste !
En sortant du Centre Bell, je suis comblée. Quel merveilleux alliage que de joindre la musique de Billy Talent et celle d’Alexisonfire. Ce qui est curieux, c’est qu’aucun des deux groupes n’ait joué de chansons de leur premier opus. C’est comme si les groupes prennaient position sur l’aspect nostalgique de leur discographie : comme si c’était à la fois une célébration des 20 ans de leurs albums, mais aussi une manière de tourner la page sur ce qui a été produit auparavant, plaçant l’attention des fans vers les prochains disques à venir. C’est un poétique message que de nous faire comprendre que le futur s’écrit au présent, à chaque jour et à chaque heure qui passe, et que bien qu’on ait déjà hâte à leur prochaine tournée, on sait que le plus important, c’est de vivre maintenant, dans le moment présent.
Journaliste: Laurence Daoust
Photographe: Alex Guay