Azad Lab + Warmreboot @ Le Rex (Toulouse)
Azad Lab
Mercredi 23 Mai – Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu parler d’Azad Lab (depuis le festival de Lautrec avec l’ancienne formation) et il nous tardait de les revoir : les revoici avec une nouvelle chanteuse, de nouveaux projets et une nouvelle date au Rex.
21h – Première partie assez originale qui se présente ce soir sous le nom de Warmreboot. Dès l’introduction, on reconnaît un univers vidéo-ludique qui va poursuivre par la suite avec, comme exemple, Zelda, Mario, Final Fantasy et un tee-shirt Pikachu. Les reprises jazzys passent plutôt bien et ont le mérite de pouvoir s’inspirer sans pour autant copier à l’identique, apportant un intérêt supplémentaire pour un public assez peu nombreux pour l’instant. Un trio guitare-clavier-batterie qui jouera 30 minutes en gardant en ligne de mire leur patte assez unique. C’est une bonne découverte en somme, à voir mûrir cependant pour développer par exemple un jeu de scène et gommer quelques imperfections .
Petit changement de plateau avant l’entrée d’Azad Lab. Cela marque leur retour live après un petit moment en résidence où ils préparaient une nouvelle scéno, un nouveau projet et une nouvelle compo : rien que ça ! Après quelques premiers titres, on reste mitigé entre le très bon et le décevant. Effectivement, on garde une originalité et une singularité artistique qui leur est propre, mais on regrette aussi (depuis notre dernière expérience) un manque d’énergie et un manque d’unicité dans la setlist. Une scénographie un peu moins présente et une chanteuse un peu timide rendent le live moins “show”, du moins jusqu’à l’arrivée des deux ex-rappeurs du groupe qui arriveront sur deux morceaux avec un réel plus en terme de pep’s. Ils repartiront pour laisser se finir le concert doucement, avec un public désormais nombreux et motivé. Ainsi, les rappels viendront avec une deuxième interprétation de Red Lights et de Morning sun après la présentation de l’équipe et quelques solos carrément maîtrisés et bien venus. Au final, on hésite encore : tout en ayant passé une excellente soirée dans un registre musical prometteur et plein de (bonnes) surprises, on ne s’empêche de penser à leur prestation d’il y a un an qui, en terme d’atmosphère et d’énergie scénique, nous semblait plus aboutie. À voir cela dit après cet été, puisque le groupe va enchaîner les dates ; cela permettra aux membres de “se roder” et de peaufiner un live qui reste tout de même enthousiasmant.
Photos : Antony Chardon
Rédaction : David Vacher
Lucio Bukowski + Robse + L’1probable MC @ Le Rex (Toulouse)
Samedi 25 novembre – Nouvelle soirée rap indé au Rex avec une scène qui va être tour à tour partagée par l’1probable MC, Robse, la plume noire et Lucio Bukowski ; mais aussi par le grand beatmaker Oster Lapwass.
C’est un début de soirée improbable qui s’offre à nous vers 19h30 … et pourtant l’heure n’est pas au premier des rappeurs. Une intro musicale tandis que la soirée était pourtant dense en artistes mais qui permettra de se mettre doucement dans l’ambiance avant l’arrivée de l’1probable MC, mais aussi de la clique Label Étoile qui débarquera sur scène directement depuis le public. Un freestyle à 6 ou 7 permettra de rentrer dans le sujet d’une bien belle manière, avant de découvrir le talent de l’1mprobable. On découvre des instrus lourdes, des paroles aiguisées pour un rap super efficace. On reconnaît aussi, au fil d’un freestyle, sa capacité d’impro dont il fait souvent preuve au sein du collectif toulousain Kilotone. Bref : une nouvelle preuve que le rap actuel regorge de surprises à découvrir.
Une autre belle surprise : Robse. Nous le connaissions déjà de part ses nombreuses collaborations avec Oster Lapwass et son feat avec Lucio Bukowski sur Stress et Palettes. Il apparaissait aussi sur le freestyle mythique proposé par l’Animalerie : n°02062014.2 avec pêle-mêle Vald, Anton Serra ou Lucio Bukowski. Mais ce soir, c’est surtout pour nous présenter son dernier album, Colibri, que le MC est venu poser au Rex. L’une des belles découvertes du Demi-Festival nous dévoilera tout un univers, très intéressant parce qu’assez personnel et singulier.
Enfin, c’est au tour de Lucio d’entrer en scène. Au vu de la réaction générale, la majeure partie du public l’attendait de pied ferme pour entonner avec lui ses titres les plus connus, mais aussi les nouveautés de son dernier album Requiem / Nativité sorti la veille. Il prouvera encore une fois qu’il a sa place dans le rap indépendant, notamment au travers de textes magnifiquement écrits par une plume toujours acérée et maîtrisée à souhait. Sur scène, guère de spectacle ni même de mouvement, mais les prods ultra efficaces d’Oster Lapwass et le flow lyrique de Lucio Bokowski se suffisent à eux-seuls, pour un intense moment de rap comme on les aime. Reste désormais à le découvrir autrement, grâce par exemple à sa maison d’édition Les Gens du Blâme ou encore grâce à son recueil de poèmes intitulé Je demeure paisible au travers de leurs gorges.
En attendant, il aura sublimé ses paroles pour clore avec beauté une soirée riche de qualité, entre prods excellentes, textes lourds et flow puissant.
Photos et auteur : David Vacher
Scylla + Percepolis @ Le Rex (Toulouse)
Jeudi 26 octobre – Soirée rapesque au Rex de Toulouse ce soir, sur une belle programmation proposée par Regarts Asso. Une affiche d’autant plus intéressante qu’elle permet tout à la fois de découvrir la scène toulousaine avec Percepolis et de continuer à suivre le rap belge avec Scylla (en écho au passage de Caballero & Jeanjass au Phare le 13 octobre dernier).
Dans un premier genre, Percepolis nous propose un rap semi-instrumental plutôt rafraîchissant. Sur des paroles bien écrites et éloignées de ce que nous avons l’habitude d’entendre habituellement, Jerry Kazadi (Textes/Chant/Guitare) nous lâche un flow bien rodé qui nous rappelle sa bonne expérience dans le domaine. Le tout est posé sur des instrus travaillées made in Damien Simon et modulées pour intégrer une basse jazzy jouée avec brio par Vincent Roubaud : le trio fonctionne bien. Ils joueront quasiment une heure devant un public assez nombreux mais malheureusement plutôt passif, se réveillant néanmoins sur la fin et l’interprétation immanquable de Toulouse, l’un de leurs titres phares et qu’on attendait évidemment avec impatience. Vous l’aurez compris, Percepolis est un groupe à suivre ! Après un Bikini en septembre dernier et le Rex ce soir, Jerry nous confira qu’ils comptent revenir à Toulouse en février prochain … à suivre.
Scylla fait partie de la nouvelle vague de rap belge qui déferle en ce moment sur l’Europe … et pourtant on ne saurait le comparer aux autres Roméo Elvis ou Caballero & JeanJass. Son style unique allie la puissance des mots (et notamment des images mythologiques), la force de la poésie et l’impact des instrus produites avec goût. Sur la scène du Rex, il nous offrira un live parfait où il mêlera le sens de la performance et la sincérité d’un artiste à part, laissant tomber son Masque de chair, titre de son album sorti en 2017. Rares sont les performances comme celle de Scylla ce soir, et la soirée aurait pu être tout aussi parfaite à un détail près : le public. Méprisable ce soir, il flottera entre irrespect et puérilité, obligeant même Scylla à arrêter momentanément une de ses chansons pour lâcher un “Calmez-vous là s’il vous plaît” plein de dépit. Au total, en quelques chiffres : 3 “explications” pour des histoires de places, 0 instrus respectées (quand bien même elles renforcent de manière incroyable l’univers du rappeur) et 100 le seuil de tolérance et de patience des musiciens face aux cris stridents et autres interventions stupides. Néanmoins, laissant cela de côté, on apprécie le set avec un point fort sur Et toi ? qui laisse quelques frissons.
Soirée mitigée donc, entre une bonne découverte, une bonne claque et un mauvais public. Mais vu que, comme vous, on aime bien la musique, on restera sur une bonne note avec deux noms que vous devriez suivre de près si vous aimez le rap !
Photos et auteur : David Vacher