Fidèle depuis quelques années maintenant, l’équipe toulousaine de Thorium Mag est de retour au Hellfest qui fête aujourd’hui sa treizième édition.
Les années passent et le site évolue, grandit, s’embellit, les nouveautés sont moins nombreuses en 2018 mais la team du fest trouve toujours le moyen de nous étonner. En effet, quelques décorations viennent s’ajouter aux autres, comme par exemple le chouette mur d’eau qui en aura émerveillé certains, fait râler d’autres mais qui aura surtout rafraîchi des centaines de festivaliers durant ces trois jours passés sous un soleil éclatant.
Le plus important, selon moi, reste la programmation qui, cette fois encore se veut toute aussi excellente qu’ éclectique, il y a largement de quoi satisfaire tous les curieux mélomanes présents qu’ils soient néophytes ou convertis depuis plusieurs années. Après chaque édition on se dit “bon c’est la dernière, j’ai tout vu”, mais non, même si quelques groupes sont fréquemment re-programmés, nous découvrons une grosse fournée d’inédits et c’est surtout ce qui fait la force de ce festival.

Comme à notre habitude, nous débarquons le jeudi soir afin de retrouver les copains et se remettre progressivement dans l’ambiance, bien qu’une fois sur place nous avons la sensation de ne jamais être partis…un an ça passe très vite !

 

Vendredi 22 Juin 2018: 
Voici enfin le premier jour du Hellfest, nous sommes frais mais bien agités à l’idée de pénétrer dans l’enceinte de ce lieu qui nous est maintenant si familier, un endroit unique où règne la bonne humeur stimulée par la bonne musique qui résonne à longueur de journée et pendant trois jours entiers.
Après quelques minutes d’attente et un passage à la fouille, nous y sommes, welcome to Hell !


Drakwald (10:30-11:00 // Altar )

Nous démarrerons en douceur à l’ombre de l’Altar, ma scène de prédilection. Ce sont les tourangeaux de Drakwald qui ouvrent les hostilités. La bande aura la chance d’être accueillie par un public assez dense et chaleureux en ce premier jour de festival et malgré cette heure matinale. Le son de la cornemuse amorce le set, c’est parti pour trente minutes de death metal mélodique et folklorique avec des morceaux tirés, entre autres, de leur second album Riven Earth sorti en 2016. Les mélodies délivrées par les guitares électriques et les instruments folkloriques viendront joliment se mêler au chant caverneux et au duo rythmique tenaillant. Le son est un poil saturé mais cela ne viendra pas avilir l’ambiance festive qui s’installe par ici: premiers cris, premiers applaudissements et premier Wall of Death, voilà une journée qui commence bien.


Fange (10:30-11:00 // Valley )


Mos Generator (11:05-11:35 // MainStage 1)

Changement de style et de décor avec Mos Generator, en place sur la Mainstage 1. Le trio américain, déjà présent en 2014 revient avec l’album Shadowlands dans les bacs depuis à peine plus d’un mois. Les trois compères nous balancent du bon rock, certes ni novateur ni transcendant mais loin d’être désagréable. Les riffs envoyés par le chanteur barbu Tony Reed sont très efficaces, ils sont doublés par une basse vrombissante et une batterie bien claquante. On se laisse vite séduire par ce rock aux sonorités un peu stoner, parfois groovy sur lesquelles se pose cette voix un peu nasillarde mais très juste et chaleureuse, on aperçoit de plus en plus de gens se déhancher et de têtes remuer.
Un moment agréable sous le soleil et la fraîche brise du matin.


Bukowski (11:40-12:10 // MainStage 2)


The Walking Dead Orchestra (11:40-12:10 // Altar )

Retour sous la tente pour une musique plus extrême, place au deathcore. Les frenchies de The Walking Dead Orchestra, qui sortaient leur deuxième album Ressurect en 2017, viennent fouler les planches de l’Altar pour la première fois et n’ont pas peur de tout envoyer. Le quintet nous sert une grosse dose de brutalité avec hargne et plaisir. On reçoit une violence quasi permanente à base de blast beat incessant et growl puissant, entrecoupée néanmoins par quelques accalmies musicales, des riffs plus lents, plus opulents et les interventions du frontman qui s’adresse régulièrement à la foule.
Je trouve le tout assez répétitif, plutôt normal vu la lourdeur des propos. La technique est cependant au rendez-vous et, même le chant ne me plaît pas vraiment, je dois saluer la performance de ce vocaliste qui sait très bien moduler sa voix et ne nous sert pas un hurlement monocorde, bravo !
Le public semble apprécier la prestation, un bel échange se fait entre la scène et la fosse. Les membres de The Walking Dead Orchestra nous ont mis la fessée !


Spermbirds (12:15-12:45 // Warzone )

De mon côté, ce Day-1 commence réellement avec la performance de Spermbirds sur la Warzone. Je me demande en arrivant si ce nouveau pit bétonné est réellement la meilleure idée du monde au vu des lascars qui fréquentent cette partie du site … Mais, si cela nous permet de manger moins de poussière cette année, pourquoi pas. Le temps est bon, le ciel est bleu, il ne manque plus qu’un bon groupe à l’ancienne pour déclencher la machine à coups de poing. Justement, les allemands de Spermbirds proposent un punk à l’ancienne, efficace et énergique ; en même temps ils existent depuis 1982, il paraît que cela s’appelle l’expérience. Les morceaux, courts, forcément, s’enchaînent et la Warzone s’échauffe à base de queuleuleu et de High Kick dans le vent – ce fils de chienne. Côté setlist, le groupe a choisi du classique, la moitié des morceaux étant tirés de leur premier album Something To Prove sans oublier de nous interpréter leur fameux Nothing is Easy. La programmation punk-hardcore de cette édition est décidément au top.


Toseland (12:15-12:45 // MainStage 1)


Tesseract (12:50-13:30 // MainStage 2)


Schammasch ( 13:35-14:15 // Temple )

Après une petite pause qui aura permis de faire un grand tour du site pour la première fois depuis des années (il était temps de prendre le temps), je me dirige vers la Temple.
L’heure est au black metal avec les suisses de Schammasch qui m’avaient déjà conquise lors de leur passage à Toulouse en compagnie de Rotting Christ, Inquisition et Mystifier en 2016 après la réalisation de leur troisième album Triangle. Je ne suis pas la seule à les attendre, les spectateurs sont déjà amassés devant la scène lorsque le quatuor s’installe. Les musiciens qui revêtent leurs fameuses toges apparaissent au travers de la fumée, les premières notes retentissent, l’atmosphère occulte et sombre est pesante et intrigante à la fois. Nous remarquons une nette amélioration du son, moins fort, plus équilibré, un constat qui fait plaisir et nous permettra d’apprécier davantage le concert.
Je ferme les yeux me laisse une fois de plus emporter par le black metal avant-gardiste de Schammasch grâce à ces mélodies lancinantes, à ces riffs qui sont à la fois massifs et aériens et cette voix rocailleuse hypnotisante. Nous goûtons et savourons ces compositions très intéressantes et prégnantes, on aurait presque l’impression d’assister à un rituel chamaniques tant la musique est chargée, dégageant tout un panel d’émotions et de sensations.
Les musiciens mettent tout le monde d’accord malgré quelques ratés du batteur qui n’auront pas dissipé notre plaisir. Les clameurs s’élèvent sous la Temple, l’un des deux guitariste s’agenouille face à son public, tel un homme agonisant, lançant un “We shall return!” on ne peut plus solennel avant de quitter la scène. Plus surjoué tu meurs !
Un excellent set s’achève, marquant pour moi le premier vrai gros plaisir de la journée.  


Hard-Ons (13:35-14.15 // Warzone)

Changement d’ambiance assez radical pour moi, de l’Allemagne à l’Australie, du vieux punk des familles à un punk plus … Expérimental ? Hard-Ons c’est un groupe qui, là aussi, a de la bouteille. Les garçons sont ensemble depuis 1981 et les membres n’ont presque pas changés depuis cette époque (à l’exception de la batterie, aujourd’hui assurée par Murray Ruse). Première surprise à l’arrivée des membres sur scène, le chanteur n’a pas la tête qu’il devrait avoir. Je comprends après quelques recherches que les membres, s’ils n’ont pas vraiment changés depuis 81, aiment en revanche échanger leurs places. Le chant est donc assuré par Keish Da Silva, ancien batteur du groupe et on retrouve Ray Ahn, ancien chanteur, à la basse. Ne connaissant pas énormément le groupe, je m’attendais à une bande de surfeurs aux compositions assez mélodiques et à un côté cool. C’est raté.  Ces messieurs proposent un punk très énergique, assez sale parfois et avec des parties instrumentales très poussées durant lesquelles Keish bouge allègrement son booty en attendant son tour de chanter. On n’est pas ici en face d’un de nos groupes de punk-hardcore typiques mais le mélange est très rafraîchissant et je ne regrette pas d’avoir eu la curiosité d’aller voir la formation.


Sons Of Apollo (14:20-15:00 // MainStage 2)

Pendant que tous les copains s’agglutinent devant la scène de l’Altar pour aller soutenir Benighted, je me rends au pied de la Mainstage 2 pour Sons Of Apollo. Malgré ma quinzaine d’années en tant que fidèle dans le milieu metal, malgré les centaines de groupes vus et nombreux festivals visités, je n’ai jamais vu un show complet avec Mike Portnoy à la batterie, entre ses prestations avec Dream Theater ou avec d’autres groupes, je l’ai systématiquement loupé. Shame on me ! Surtout quand on sait que c’est lui qui m’avait donné le goût pour cet instrument durant l’adolescence. C’est pour cette raison que je ne pouvais pas manquer cette occasion, d’autant plus que Mike est entouré d’autres immenses artistes que sont le bassiste Billy Sheehan (Mes années Mr Big, Steve Vai, G3…), le claviériste Derek Sherinian,  Ron Thal, le guitariste connu sous le nom de Bumblefoot et enfin Jeff Scott Soto qui assure le chant.
Le set démarre avec l’intro aux couleurs de l’orient de God of the Sun (titre d’intro de leur unique album Psychotic Symphony), la guitare crépite, nous sommes partis pour un voyage à 100% prog avec ce titre de plus de dix minutes, dix minutes que l’on ne voit absolument pas passer.
Généralement, quand on va voir ce genre de “superband” on a toujours peur de s’embêter  et que ce ne soit que de la démonstration technique. Et bien non, les musiciens ont su composer des morceaux taillés pour le live et on ne s’ennuie pas du tout, on ne sait juste pas trop où donner de la tête, on veut tout voir et ne pas en perdre une miette. De plus, la complicité entre ces cinq confrères fait plaisir à voir et leur bonne humeur est très communicative, le public s’enjaille.
Les titres s’enchaînent rapidement, Signs of the Time, Labyrinth, Lost To Oblivion… C’est une réelle joie de voir Portnoy en action, son jeu à la fois précis, souple et robuste me fascine à chaque fois, quelle aisance ! Le matos de chacun est impressionnant, entre l’énorme drum kit, l’armada de claviers et les guitares/basses doubles manches, ça en jette ! On appréciera d’ailleurs de voir Ron Thal s’exécuter comme un chef, alternant son jeu sur ses deux manches, un classique et un fret-less, son execution est impeccable. Cela n’a pas le même effet avec Sheehan, qui, malgré son talent remarquable, son groove et sa rigueur, ne se sert de son double manche que pour l’esthétique. Enfin…il peut se le permettre n’est-ce pas? Jeff quand à lui chante très bien, même s’il est pour moi loin derrière le dieu des chanteurs prog, Russel Allen. La justesse est au rendez-vous et c’est amplement suffisant.
Sons Of Apollo aura été une agréable surprise, le chanteur nous annonçait que c’était leur première date en Europe et pour notre grand plaisir ce ne sera pas la dernière puisque nous les reverrons à Toulouse en octobre prochain à l’occasion du Very Prog Festival.


Nordjevel (15:05-15:55 // Temple )

Il faudra écourter un peu le set sur le Mainstage afin d’arriver à temps pour le début du show de Nordjevel. Créé en 2015, ce groupe de black metal norvégien donnait naissance à un premier album éponyme un an plus tard, une galette qui m’avait conquise dès la première écoute. Ce fût donc une agréable surprise de découvrir Nordjevel à la programmation du Hellfest, pas question donc de faire l’impasse sur ce concert. Nous sommes placés à droite de la régie afin de voir le spectacle de loin, les musiciens prennent place sur la scène. Les mecs font du true black metal et revêtent la complète panoplie du méchant blackeux: vêtements en cuir, énormes bracelets cloutés, visages grimés…tout y est. Le chanteur, Doedsadmiral est vraiment horrible avec sa bouche ensanglantée, ses lentilles blanches, son attitude bad-ass et sa voix sortie d’outre tombe, il fait carrément flipper! Le son n’est pas parfait mais on peut néanmoins bien discerner tous les instruments et apprécier la qualité des compositions. Si le chanteur captive la foule grâce à son look et son charisme indéniables, chacun des membres est mis en valeur et gère parfaitement son rôle. La musique est bien violente, les riffs cinglants contrastes avec d’autres plus mélodiques et le chant très rocailleux prend aux tripes. Ce bon black metal fait un bien fou ! Le batteur, Kai Speidel m’impressionne par son aisance, il frappe ses toms avec force et précision, il assène des coups de double pédale destructeurs. Quel jeu ! Le jeune homme et cadet de la bande (24 ans) remplace F.Widigs, l’actuel batteur de Marduk. La rythmique est doublée par le son épais de la basse de Svein-Ivar Sarassen alias Dezepticunt. Nous avons aussi le plaisir de retrouver Per Valla à la guitare (ex Abbath et fondateur de Vredehammer) qui a rejoint la formation l’an dernier, il partage les riffs et soli avec Jorn Oyhus dit Nord. Nordjevel nous régale avec des morceaux tels que Djevelen I Nord ou Norges Sorte Himmel.
Beaucoup de gens m’ont dit avoir passé un horrible concert à cause du son qui était mauvais, il était loin d’être excellent mais de mon emplacement je n’ai pas autant souffert et je me suis régalée. Ceci-dit, la déception d’une majorité explique sans doute la mollesse des spectateurs (hormis quelques moshers égarés) qui ne se réveillent qu’en fin de set, reconnaissant Raining Blood que le groupe reprend à la sauce black metal et qui fait son petit effet.
Nordjevel sera en tournée avec Hate en juillet, une bonne excuse pour réitérer l’expérience.


Rose Tatoo (15:05-15:55 // MainStage 1)


Converge (16:00-16:40 // MainStage 2)


Joan Jett & The Blackhearts (16:45-16:45 // MainStage 1)

Il est 16h45, une bonne partie du public a passé la journée en plein cagnard mais se retrouve tout de même devant la Main Stage pour assister à la performance de Joan (ou Johann puisque le respect est mort) Jett And The Blackhearts. Je vais ici sortir l’alerte légende puisque cette petite dame du rock a quand même réussi à s’imposer dans une industrie typiquement masculine – venez me dire le contraire, j’attends – et a enchaîné les tubes et ce, depuis son premier groupe The Runaways. Le show commence avec la reprise du classique Cherry Bomb avant de poursuivre avec Do You wanna Touch Me, Bad Reputation et You Drive Me Wild. Que du culte et du grand public donc, et cela me sidère de constater le silence et la non réaction des festivaliers devant la Main Stage. Je n’y ai pas beaucoup mis les pieds depuis le début du Fest mais du coup cela me fait redouter le moment où un groupe de niche devra se produire devant eux.

Au niveau de la performance, la chanteuse est impeccable, à presque 60 ans Joan enchaîne ses tubes sans fausse note, et ce n’est pas rien vu les surprises que l’on a déjà pu avoir sur d’autres éditions du festival avec des artistes de cette génération (coucou Billy Idol).  Derrière la chanteuse, son acolyte Kenny Laguna tente d’assurer la communication avec le public mais la barrière de la langue rend la tâche ardue. Les titres défilent et l’ambiance ne monte toujours pas dans le public, il faut attendre le fameux I Love Rock N Roll pour trouver un semblant de réaction dans l’assistance. L’artiste décide de finir sa performance sur les classiques eux aussi Crimson And Clover et I Hate Myself For Loving You avant de sortir de scène. Je m’extirpe du public déçue du manque de motivation des gens qui m’entourent mais ravie de la performance des musiciens.


Saor (16:45-17:35 // Temple )


Crowbar (17:40-18:30 // Valley )


Demolition Hammer (17:40-18:30 // Altar )

Déçue par l’annulation d’Origin, j’en profite pour reprendre des forces avant un retour sous l’Altar. Des forces il va m’en falloir car c’est maintenant l’heure pour les américains de Demolition Hammer de monter sur les planches et c’est LE concert que j’attendais le plus de cette treizième édition. En effet, je n’ai malheureusement jamais eu la chance de voir la bande performer en live (ils étaient passés au FOS  2017) et pourtant Demolition Hammer est un groupe incontournable quand on est aussi fan de Thrash que moi. Rappelons que la bande, formée en 86 a cessé son activité entre 1995 et 2016, ce qui explique leur désertion scénique. Depuis ils tournent majoritairement aux USA, le moment  de les découvrir en live est donc venu. Les thrashers sont présents, les porteurs de vestes à patch ont envahi l’Altar et se languissent de l’arrivée des ricains.
C’est sans introduction que les new-yorkais entament le set avec l’énergique Skull Fracturing Nightmare qui fait l’effet d’une bombe sur le public qui se met direct dans le bain : pogo, circle pit, slam… Les mecs sont là depuis trente secondes et c’est déjà le gros bordel sous la tente !
Le son est fort, la basse du vocaliste, Steve Reynolds ferait trembler les murs s’il y en avait.
Le quatuor va nous servir un bon mélange de morceaux tirés de leurs deux albums légendaires Tortured Existence et Epidemic Violence. Dire que la violence des propos est épidémique n’est d’ailleurs pas un euphémisme, Demolition Hammer ne porte pas son nom pour rien, c’est un putain de rouleau compresseur ! Ca va vite, ça tape fort, nous n’avons pas une minute de répit. Le petit nouveau, Angel Cotte assure à la batterie, les “puta puta” fusent. Devant, les trois compères, Reynolds au chant et à la basse, James Reilly et Derek Sykes respectivement aux guitares et choeurs font le show. Le chanteur nous fait marrer lorsqu’il prend la parole avec ses motherfucker à répétition et son accent new-yorkais à couper au couteau, il parle aussi vite qu’il joue les morceaux, on ne comprend pas la moitié de ce qu’il dit mais les “yeahhhh” des spectateurs surexcités retentissent intensément en guise d’approbation. Reilly, l’homme aux rouflaquettes prend plaisir à balancer ses riffs tout en venant flirter avec le premier rang et posant pour les photographes. Sykes n’est pas en reste, il fait des va et vient incessants en grattant sa guitare et gèrera tout le set sans faillir malgré des problèmes d’ampli.
Les gars font des pauses entre les titres, il faut dire que les deux barbus flirtent avec la soixantaine, il est nécessaire de reprendre son souffle mais surtout se ré-accorder. L’énervé Reynolds reprend le micro “We have a few more for you motherfuckers […] this next song is called Aborticiiiiiiiiiiiiide!” Et bim !!!! C’est reparti pour une salve de brutalité sans merci, la vélocité des riffs pousse chaque membre du public au déchaînement, on headbangue à s’en déboiter la nuque et les circle-pit reprennent de plus belle.
Demolition Hammer nous fout une grosse branlée avec un final endiablé sur l’excellente 44 Caliber Brain Surgery. Nous sortons de là lessivés mais ô combien comblés par ce show de malade. Le groupe s’éclipse sous les clameurs chaleureuses des festivaliers.
L’incroyable frontman Steve Reynolds, surprenant avec sa tête de mec sympa en total opposition avec sa voix de chien enragé nous disait “ Listen motherfuckers, when you’ll leave here today we want you to say Demolition Hammer made me feel like I’ve got kicked in the fucking nuts, punched in the face…”. Il peut se rassurer, Demolition Hammer a clairement tout détruit sur son passage, les noix, les faces, les nuques, les genoux… Un show remarquable où la violence et la bonne humeur ont su faire paire, un moment qui sera certainement inoubliable pour une majorité des présents et pour moi, le meilleur concert de la journée.
Vous pouvez revivre cet instant thrash exceptionnel sur Arte.


Europe (18:35-19:35 // MainStage 1)

Après la virulence de Demolition Hammer, il est appréciable d’aller reposer ses oreilles au son rock du célèbre groupe suédois Europe. Rien à voir et pourtant, qui n’a pas chantonné sur quelques unes de leurs chansons?
Le concert fût, en effet, reposant. Le groupe a choisi d’amorcer le set avec Walk the Earth, titre éponyme de leur dernier et onzième opus et toute la setlist sera composée de beaucoup de nouveautés et de seulement quelques tubes. Le public est assez dense mais peu réceptif aux morceaux les plus récents, peut-être est-ce la chaleur ? Je trouve la foule relativement endormie alors que les suédois font très bien le job. Joey Tempest est en grande forme, sa voix est impeccable et même s’il en fait toujours des tonnes, il gère. En effet, ses mimiques et ses vibes sont très kitsch mais l’attitude too-much colle parfaitement au le style de ce hard-rock très FM qui faisait chavirer le cœur des demoiselles dans les années 80. On apprécie ce petit flashback musical. Ses compagnons assurent également, les riffs et les soli sont parfaitement exécutés, rien à redire sur la performance. Je m’amuse à chantonner sur les incontournables Rock The Night, Superstitious ou encore Cherokee, accompagnée par quelques anglais nostalgiques et légèrement éméchés. On verra la foule s’épaissir jusqu’au final tant attendu, The Final Countdown est repris en chœur par les festivaliers qui, pour beaucoup, ne semblent connaître que ça !
Ce n’était pas le concert de l’année mais ça passe toujours bien avec une bière à la main.


Mysticum (18:35-19:35 // Temple )


Church Of Misery (19:40-20:40 // Valley )


Steven WIlson (19:40-20:40 // MainStage 2)

En m’aventurant aux alentours de la Main Stage j’ai pu assister,-de loin, certes, mais tout de même j’y étais – à un live d’une qualité rare sur cette scène. Je parle donc du prodige du prog, venu tout droit de la perfide Albion Steven Wilson. L’artiste et sa bande sont actuellement en pleine promotion de leur dernière galette – To The Bone – sortie l’année précédente. Pour l’heure, le multi –instrumentiste de génie décide de démarrer son live par le couplet Home Invasion/ Regret#9 sortis tout droit de l’album Hand. Cannot Erase. Et que dire à part : vous vouliez du prog ? Vous en avez ! le morceau fleuve de 10 minutes est littéralement un voyage en lui-même qui nous coupe du temps – et je dirais bien de l’espace mais j’ai tellement chaud à ce moment qu’il faudra plus qu’un virtuose de la guitare pour me faire oublier la chaleur. L’artiste enchaine ensuite sur le morceau phare de son dernier album Pariah avant d’offrir gracieusement à ses fans The Creator has A Matsertape, originellement interprété avec le groupe qui l’a rendu célèbre Porcupine Tree. Mon principal regret à ce niveau du live est de ne pas connaitre le nom des musiciens accompagnant SW sur scène car je vois une maitrise technique hallucinante venant de partout … C’est même trop pour mon petit cerveau !

Au niveau du public on retrouve plusieurs attitudes différentes : ceux qui profitent de cette période de calme pour faire la sieste dans l’herbe, ceux qui ne s’attendaient pas du tout à ce qui se passe sur scène puis ceux qui ont l’air de se demander où ils habitent ; et bien sûr les fans, les vrais – qui à vrai dire, doivent également se demander où ils habitent. Les sons se suivent et les musiciens ne faiblissent pas sur scène, on assiste même à une magnifique performance au Chapman Stick de la part de Nick Beggs. J’avoue partir très loin lors du très poétique Ancestral et sa montée en puissance saisissante. Mais le temps passe et on se rapproche de la fin du live. SW nous quitte sur le classique Sleep Together et moi je vais certainement pouvoir me demander pendant quelques jours comment les sons peuvent nous émouvoir avec autant de force.


Solstafir ( 20:45-21:45 // Temple )

Petite pause Islandaise sous la Temple avec le rock atmosphérique de Solstafir. Ce groupe, on le sait, c’est le voyage. Addi, Svabbi et Pjuddi sont capables de créer une ambiance d’une intensité folle avec un minimum d’accords. Après avoir passé une journée à courir dans tout le Fest, c’est rafraîchissant de se retrouver devant les garçons. Au niveau des morceaux les artistes piochent dans leurs différentes sorties, allant de Köld jusqu’au petit dernier Berdreyminn. Les islandais ne sont pas là pour enfiler des perles et se donnent sur scène sans démériter. La seule chose qui me fait sortir du set et la qualité du son, notamment les vieux échos de la Main poussés par le vent jusqu’à mes oreilles tandis que j’essaie d’apprécier la balade proposée par Solstafir. Le groupe m’emmène à chaque fois très loin et malgré les conditions, aujourd’hui ne déroge pas à la règle.


Hollywood Vampires (20:45-22:15 // MainStage 1)


Stone Sour (22:20-23:20 // MainStage 2)

Sur la Main Stage on retrouve Corey Taylor et son groupe de jeunesse Stone Sour. Je suis assez surprise du ton choisi par le groupe pour ce set : tout est d’emblée très énergique, du genre à avoir dévalisé tout le stock de pâté croûte du Leclerc pour l’envoyer à la face du public. Les garçons font, dès le départ, la part belle aux morceaux issus de leur dernier album en date Hydrograd avec une ouverture sur Whiplsash Pants et plus tard dans le set Knievel Has Landed ou Rose Red Violent Blue (this son gis dumb and so am I ), morceau qui possède un des clips les plus perturbants que j’ai pu voir. Ne commencez pas à paniquer pour autant, on a aussi droit aux classiques bien orientés années 2000 du groupe avec Absolute Zero, Say You’ll Haunt Me ou 30/30-150. Les compositions du groupe sont assez catchy pour que les non-initiés rentrent dans le concert et la performance des musiciens assez énergique tout en restant impeccable techniquement pour que les « Trve » apprécient le show.

Corey Taylor est en grande forme ce soir, non content d’assurer un concert de la première à la dernière chanson sans une fausse note et de passer en un quart de seconde de voix criée à voix claire, il réussit à diffuser sa bonne humeur au Fest. Il est content d’être là, il le dit et ça se voit. Le groupe est également généreux au niveau du rappel avec Song 3, Through The Glass (sans grande surprise bien que Corey ait réussi à se planter dans les paroles…) et Faubless, quelques poussées de lance flamme, un dernier « merci beaucoup »  et les américains laissent la place aux prochains. Sans être un grand moment de virtuosité (à part peut être au niveau du chant), le set fût efficace tout en filant la patate et parfois on n’en demande pas beaucoup plus.


Bad Religion (22:55-23:55 // Warzone )


Judas Priest (23:25-00:55 // MainStage 1)

La journée est presque finie mais il reste encore quelques heures avant d’aller se coucher. Le décor de Judas Priest est en place, le concert n’a pas encore commencé mais la foule est déjà oppressante, il faut se frayer un chemin pour être bien placé. Leur venue au Hellfest en 2015 m’avait laissé un très beau souvenir, le grand Rob Halford m’avait collé la chair et poule jusqu’à en pleurer pendant Victim of Changes. Je suis donc mitigée entre l’envie de les revoir, la peur d’assister à une moins bonne performance et la quasi certitude de ne pas retrouver cette émotion. Qu’importe, Priest est et restera l’un des groupes marquants qui, pour moi comme pour d’autres, fût l’un des premiers écoutés et admirés dans ma vie de metalhead.
Comme toujours, la fameuse War Pigs résonne en guise d’introduction suivie de celle de Firepower, issue du tout nouvel album du même nom sorti il y a quelques mois. La setlist est bien équilibrée avec des titres piochés dans toute leur discographie et notamment les illustres Turbo Lover, The Ripper, You’ve Got Another Thing Coming
Halford nous éblouit toujours arborant ses magnifiques vestes, à clous, à paillettes, à patchs…mais surtout grâce à sa voix incroyablement acérée. Il est certain que le chanteur n’est pas dans sa meilleure forme physique, ses 66 ans se font sentir, il se tient tout voûté et a besoin d’aller se reposer entre chaque morceau. Nonobstant une forme olympique, il donne tout ce qu’il peut pour nous livrer un chant presque parfait et pour ça, nous pouvons le saluer. Ce soir, c’est Andy Sneap, leur producteur qui assure comme second guitariste, remplaçant Glenn Tipton contraint de quitter le groupe à cause de la maladie de Parkinson. Sneap apparaît très à l’aise aux côtés du plus fougueux Richie Faulkner qui nous sert des solos absolument parfaits. Ian Hill, plus en retrait fait tout de même le job à la basse de même que Scott Travis qui frappe ses fûts de façon totalement décontractée. Rob Halford viendra, cette fois encore faire son petit tour de moto avant d’enchaîner Hell Bent For Leather et la très attendu Painkiller. Cette dernière sera dédiée à Tipton, que l’on aperçoit sur l’écran en arrière plan telle une ombre derrière Faulkner qui fera d’ailleurs son seul petit pain. Bien que le spectacle soit bon, la qualité du son moyenne, la setlist moins énergique et les connards autour de moi me feront malheureusement décrocher.

Petit coup de gueule : mesdemoiselles les exhibes, si vous souhaitez vous promener les seins à l’air, faites ! Si vous prenez de la drogue, de l’alcool, faites ! Cependant, passer un concert de Priest à hurler comme des truies, pousser les gens, vous faire lécher les seins et autres parties corporelles par vos potes ou des inconnus passants, provoquer un pauvre papa qui porte son gamin sur les épaules, insulter les gens c’est franchement nul ! Si vous n’êtes pas là pour la musique, ayez au moins la décence de respecter ceux qui le sont, et cela vaut pour tout le monde d’ailleurs ! Si vous souhaitez tourner un film porno alors foutez le camp ça vous évitera de pourrir le concert des autres et de provoquer des bagarres. Vous pourrissez l’image de la femme et aussi celle du festival. 

Revenons à nos moutons… Le set se terminera avec le combo Metal God, Breaking the Law et Living After Midnight histoire de pousser la chansonnette tous en chœur jusqu’à la fin. Un bon show que je ne regrette pas d’avoir vu malgré l’ambiance pourrie (cf. le petit coup de gueule, je vous laisse imaginer la scène) et le son moyen.
Un conseil, dépêchez vous d’assister à un show de Judas Priest si ce n’est pas déjà fait, ils ont beau être exceptionnels, ils ne sont pas éternels.


A Perfect Circle (01:00-02:05 // MainStage 2)

Voici venue l’heure du dernier concert de la journée. Pour moi, la fin sera plus calme avec A Perfect Circle. Le groupe américain faisait son retour en début d’année avec une nouvelle et très bonne galette nommée Eat The Elephant. Là encore je fais mon baptême et attends ce live avec impatience.
On se décale devant la Mainstage 2 où la scène est sobrement décorée, la musique démarre rapidement après les dernières notes de Judas Priest qui ont fini un peu en retard.
L’ouverture se fait en douceur avec Counting Bodies Like Sheep To the Rhythm of The War Drums issu du sublime album Emotive. L’ambiance se veut intimiste, lumières tamisées, la scène est presque uniquement éclairée par la lueur de l’écran en arrière plan sur lequel apparaît le logo du groupe. Nous pouvons discerner la silhouette de Maynard James Keenan, debout sur une plateforme circulaire lumineuse. Devant se tient le chanteur et guitariste Billy Howerdel accompagné de Matt McJunkins à la basse, James Yoshinobu Iha à la guitare et au clavier tandis que Jeff Friedl se tient à la batterie elle aussi surélevée sur une plateforme.
A Perfect Circle va nous offrir un beau voyage musical alimentant le set avec des morceaux piochés dans leur discographie. Après la nouvelle Hourglass, je reconnais le riff de la sublime The Hollow. Ce titre est divin qui permet d’apprécier la voix de Maynard, son timbre unique me donne des frissons…son chant est absolument parfait, fluide, envoûtant et d’une justesse incroyable. Le côté progressif s’apprécie réellement en live, les musiciens s’exécutent avec précision, le tout est délicat et intelligemment écrit, le show est savoureux, idéal pour terminer cette journée. Le chanteur sera plus éclairé au fil des morceaux et on découvrira son costume “rose” qui va de paire avec la chanson du même nom. L’intensité se fait grandissante avec cette composition toute en progression, où les mélodies placides et lancinantes se mêlent aux riffs fielleux.
Keenan viendra me happer une fois de plus avec Disillusioned. Il excelle dans les modulations vocales et vous touche profondément avec une belle fragilité émergeant de cette voix pleine de grâce. Cette magnificence est troublante. TalkTalk, The Contrarian, The Doomed… tout n’est que beauté, les guitares, le clavier… Wow.
La bande réinterprète Dog Eat Dog d’AC/DC avant de clôturer le spectacle au son de The Outsider.
Je viens de me prendre une autre énorme claque et j’espère les revoir en salle pour pouvoir décoller à 200% dans l’univers progressif et fascinant de A Perfect Circle.
On espère également revoir le grand Maynard avec Tool au Hellfest, après tout il était là avec Puscifer en 2016.
Un concert final qui boucle la boucle, la journée s’achève au cœur de ce cercle musical , un cercle parfait….


Rise Against (01:05-02:05 // Warzone )

Dernier concert de la journée et ça se passe sur la Warzone. Les chicagoans – gentilé des habitants de Chicago, Illinois, ne me remerciez pas – sont fin prêts à assurer leur premier passage au Hellfest après leur annulation en dernière minute de 2015.

Comme le dit très justement Tim – au chant- « si vous êtes là à cette heure-ci après avoir passé une journée entière sur le fest, c’est que vous voulez vraiment nous voir ». Il n’a pas tort, l’ambiance est au rendez-vous et dès les premières notes de Satellite le pit se déchaîne. Les garçons enchaînent sur Survive, I don’t wanna be here anymore et Ready To Fall exécutés à la perfection. C’est la première fois que j’assiste à un live du groupe mais compte tenu de mes visionnages de leurs lives, je m’attendais à une performance plus…. bondissante ! Joe à la basse et Zach à la guitare ont les pieds bien vissés au sol lors de ce set. Dommage, j’aurais aimé voir quelques pirouettes. Entendons-nous bien, cela n’enlève rien à la performance et les morceaux s’enchaînent dans une énergie communicative. Ready To Fall, Give It All, Wolves ou encore Blood-Red , White and Blue, bien sûr entrecoupés des messages engagés de Tim, le groupe reste très militant malgré ses presque 20 années d’existence.

Petit moment de stress quand les premiers accords de Savior sonnent, le morceau marque généralement la fin des concerts de RA… Et là ça fait court quand même comme set. Heureusement, Tim, ce petit filou, revient sur scène muni de sa guitare acoustique pour nous interpréter le plus posé mais très actuel People Live Here. Le groupe choisit Make It Stop (September’s Children) et Prayer of The Refugee pour conclure cette soirée. Le set fut riche en émotions et en transpiration mais cette première journée se termine en beauté sur la Warzone.

 

 

Article : Fanny Dudognon & Anaëlle Martin

Photos : Antony Chardon