Ghost : un rituel bien rodé, sans prise de risque @ Centre Bell (Montréal)
Formé en Suède au début des années 2010, Ghost s’est rapidement imposé comme un groupe à part dans le paysage rock et metal. Mené par Tobias Forge, le projet mélange des influences heavy metal, hard rock et pop occulte, le tout enveloppé dans une imagerie religieuse sombre et théâtrale. Au fil des albums, Ghost a su élargir son public, passant de salles plus intimistes à de grandes scènes internationales, avec une identité visuelle et musicale très forte.
Sur scène, le spectacle a toutefois pris son temps à se mettre en place. L’énergie a clairement évolué en crescendo, mais le décollage s’est fait attendre. Avant la sixième chanson, le show semblait étonnamment statique. Le groupe utilisait peu l’espace scénique et, de loin, la scène paraissait presque banale, carrée, sans réelle mise en valeur. Même en prenant de la hauteur, on devinait qu’il y avait un potentiel scénographique, mais celui-ci n’était tout simplement pas exploité.
C’est réellement à partir de la sixième pièce que le concert a pris une autre dimension. Le stage a commencé à « vivre », les arrière-plans se sont animés et l’énergie du public est montée d’un cran, surtout lors des titres les plus connus. Sur « Rats », « Mary on a Cross » et « Kiss the Go-Goat », la foule chantait en chœur, créant enfin une vraie communion entre le groupe et le public. Ce sont clairement ces moments-là qui ont porté le concert.
Il y a eu de la pyrotechnie, mais rien de particulièrement impressionnant ou mémorable — ce qui surprend pour un groupe reconnu pour son univers visuel. Cela dit, la fin du spectacle était nettement plus solide, tant au niveau de l’intensité que de la réponse de la foule.
Un élément très intéressant à souligner : l’interdiction des téléphones cellulaires. C’était franchement rafraîchissant de voir une salle sans écrans levés, avec un public réellement présent dans le moment. L’expérience était plus immersive et plus authentique. Toutefois, je m’attendais à ce que cette restriction cache des éléments plus exclusifs ou des surprises visuelles qu’ils ne voulaient pas dévoiler pour le reste de la tournée, ce qui n’a finalement pas été le cas.
Au final, le son était bon, la fin du concert efficace, et Ghost demeure un groupe solide sur scène. Mais avec leur réputation, leur esthétique et leur popularité actuelle, j’ai eu l’impression que le groupe s’était un peu assis sur ses lauriers. Le spectacle repose beaucoup sur des acquis et sur la réaction du public aux succès déjà bien établis, plutôt que sur une réelle prise de risque ou une volonté de surprendre. Résultat : un concert correct, parfois très bon, mais en deçà des attentes — d’où cette note de 6/10.
Journaliste et photographe: Alexandre Guay