Flavien Berger

Jeudi 14 novembre – Notre épopée auprès de Flavien Berger a démarré sur le dos de son Léviathan il y a de ça quatre ans. Après ça, il nous avait concocté une mixtape (Contrebande 01. Le disque de Noël), nous a pris à Contre-Temps l’année dernière, et a sorti Radio Contre-Temps cet été, album surprise composé de sessions issues du précédent. Au milieu de tout ça, il y a eu beaucoup de tournées, en Europe et ailleurs, et un succès presque immédiat et pourtant grandissant, voire mouvant. Car oui, alors que le parisien touchait au début un public indé, que l’on peut qualifier de hipster (et j’avais pu le constater grandement quand je l’avais vu il y a de ça plus de trois ans lors des Nuits Botanique après le passage détonnant de Bagarre), il s’adresse maintenant à un public bien plus classique, venu en masse ce soir dans un Rocher de Palmer pas sold out mais tout de même bien rempli, ce qui montre bien un certain virage dans sa discographie.

Pour ce qui est de la prestation elle-même, elle restera simple et à la fois intimement complexe, tout à fait à l’image de ce que propose le musicien depuis quelques années maintenant. Le set démarre avec Véliplanchistes et déjà Flavien s’évade en mettant fin au morceau de manière abrupte car il ne sait pas trop comment faire autrement. Puis il y a des moments de fulgurances dans les compositions, avec Léviathan par exemple (même si on a ici droit à une version live raccourcie et aux sonorités orientales surprenantes mais bienvenues), d’autres où on plonge tellement dans le kitch que Flavien Berger nous transporte tout droit dans un vieux bar enfumé de fin de nuit parisienne (le morceau Castelmaure), et puis par exemple le morceau Pamplemousse et ses paroles qui m’ont fait tomber dans un fou rire nerveux dont j’ai eu du mal à sortir. Car oui, les paroles, parlons-en. Autant j’apprécie le côté what the fuck, la licence poétique et la liberté de fond et de forme qu’elle induit, autant parfois on se demande si le mec n’est pas en écriture automatique lors du processus de rédaction… Du coup on passe le concert à se demander si ce mec est un génie, ou la plus grosse blague qui soit. Certainement un peu des deux.

Je me laisse donc happer par ce qui attire mon attention ce soir : le jeu de lumière sobre mais intéressant, les trois espèces de fantômes argentés positionnés de part et d’autre de la scène et qui tournent sur eux-mêmes, montent et descendent, pour finalement se dévêtir et révéler des miroirs qui serviront de prismes afin de transformer la lumière en arc-en-ciel. Et puis il y a toutes ces machines sur lesquelles s’amuse Flavien, de la TB-303 et ses relents acid techno typiques, à la SP-404 (606 ?), en passant par tout un tas de pédales, et même un carillon (coucou l’ingé son qui a dû gérer ça pour un morceau seulement).

Après c’est vrai, Flavien Berger est un artiste comme on en voit peu dans la scène mainstream de nos jours, et c’est rafraîchissant de voir qu’il est encore possible de s’amuser sur scène, de modeler, d’improviser, quitte à décevoir un public en attente de son morceau favori (moi la première ce soir-là pour le coup). Mais alors que le premier album était pour moi un véritable trip poétique halluciné à coup de LSD, la musique de Flavien Berger à l’heure d’aujourd’hui n’est plus qu’une version édulcorée et standardisée de ce qu’elle a été, la faute à un peu trop de formatage, peut-être dû à un peu trop de passages sur les ondes, je ne sais pas… Il faut dire que le concert a été, forcément, orienté sur le nouvel album, avec si ma mémoire est bonne seulement La fête noire et Léviathan donc du premier disque (mais où sont donc passés Rue de la Victoire et Bleu sous-marin, deux morceaux ultra efficaces et emblématiques ?) et pas grand chose pour vraiment s’amuser, danser. Du coup, si j’avais adoré me laisser balader à ses côtés au gré du vent et des vagues en mai 2015, ce soir j’ai la sensation assez frustrante de rester à quai… Et puis que dire du nouveau morceau (Deep See Blue Song), chanson aux textes en anglais qui lorgne bien trop vers la trap et qui me laisse plus que pantoise ? Et bien, pas grand chose justement, si ce n’est “meh“.

Bref, pour moi, les belles années expérimentales de Flavien Berger, qui me rappelait parfois Aphex Twin (oui oui, écoutez donc la piste Saint-Donatien sur le premier album, vous m’en direz des nouvelles) et autres maîtres de la scène électronique, sont derrière lui, et ce qui avait commencé comme une carrière prometteuse et originale s’est malheureusement transformée en sa propre blague. Dommage pour ma personne, qui aimait me plonger dans ses explorations sonores, tant mieux pour les autres, qui ont l’air conquis. En tout cas c’est fini entre lui et moi, et comme toute rupture, il était visiblement nécessaire de passer par cette étape douloureuse… Alors bon vent à toi Flavien, de mon coté je vais retourner parcourir les mers sur ton monstre à plusieurs têtes et continuer à provoquer Dieu.

Auteure : Hélène

Photo : Antony Chardon – Archive Thorium Mag