Festival Progstorm : Entrevue avec les fondateurs Eddy Levitsky et Jici Lord-Gauthier
Le Progstorm, festival qui met à l’honneur le metal et le rock progressif, va bientôt commencer à annoncer sa programmation pour son édition 2027. Le timing était donc parfait pour m’entretenir avec les deux fondateurs du festival, Eddy Levitsky et Jici Lord-Gauthier, pour discuter de l’histoire passée, présente et future du Progstorm.
Comment a germé l’idée du Progstorm?
Jici: L’idée de faire un festival de métal progressif est venue d’une conversation avec les membres de mon groupe de musique, Voidchaser. On venait d’être invités à notre tout premier festival, ProgPower Europe, aux Pays-Bas, et on s’est demandé pourquoi il n’y avait pas ça ici, au Québec ou au Canada. C’est à ce moment-là que j’ai eu la pensée intrusive de le faire, je m’étais dit que ça ne devrait pas être très différent de produire un spectacle, ce que j’étais habitué à faire. Finalement je me suis trompé, c’est très différent! Je pense que c’est le lendemain que j’ai appelé Eddy, on avait déjà fait de la tournée ensemble et je savais qu’il voudrait embarquer dans un projet un peu fou comme celui-là. Je pense que je peux dire que j’ai eu raison.
Ed: J’avais aussi joué à ProgPower Europe avec The Anchoret l’année avant la première édition, et je m’étais posé la question: pourquoi mes bands prog préférés jouent-ils toujours ailleurs, alors que Montréal pousse les limites de la musique depuis des décennies, a une scène métal incroyable, et une communauté loyale et dédiée? Un vide était là. Ça a pris quelques minutes de questions sérieuses, et j’embarquais à 100 % dans les folies de Jici.
Comment s’est passée l’édition 2025 au Ministère? Les leçons apprises?
Ed: L’édition 2025, c’était un peu notre test : est-ce qu’on est capables de le faire, et est-ce que le public va suivre? Treize groupes, deux jours sur trois sold out, bref c’était assez évident qu’il y avait une soif pour le prog. Mais, la grande leçon, honnêtement, c’est qu’on a tout appris sur le terrain, en produisant nos propres spectacles, en demandant conseil à des gens qui font ça depuis bien plus longtemps que nous. Et étant musiciens nous-mêmes, on a voulu créer une belle atmosphère pour les artistes pour qu’ils se sentent en sécurité, respectés, payés et bien accueillis!
Jici: On est très fiers de notre première édition. On se lançait vraiment dans le vide sur plusieurs points, on a demandé à des bands de notre entourage s’ils étaient intéressés à participer, nos propres bands ont joué, et on a approché des bands un peu plus établis. Au début, on pensait seulement faire un événement sur deux jours, mais voyant la réaction tellement positive des gens, on a décidé de le faire sur trois jours. La première édition du festival en tant que tel s’est très bien déroulée, les principales leçons apprises selon moi ont été, de un, qu’on est capables de monter un festival, et de deux, que la communauté n’attendait que ça.
Aviez-vous une idée de l’ampleur que ça prendrait dès l’année suivante?
Jici: On ne savait pas encore exactement la direction dans laquelle on allait à partir de là. La décision de faire une deuxième édition a littéralement été prise pendant le festival, où Eddy et moi on a vécu un genre de sentiment de devoir de faire revivre cette expérience-là aux artistes et aux fans. Je pense que le fait de se laisser inspirer par les groupes, de lancer des bouteilles à la mer par exemple à Cynic et à Car Bomb, et le fait qu’ils acceptent de participer, ça nous a vraiment motivé à faire quelque chose de plus grand. Aussi, le fait de passer d’une salle de 300 places à 1000 places, ça nous a fait réaliser que ça demande une programmation qui fait déplacer 1000 personnes sur trois jours.
Ed: On voyait les billets partir vers la Corée du Sud, l’Amérique du Sud, l’Europe, Vancouver. Passer d’une salle de moins de 300 places au Club Soda, avec Cynic, Car Bomb et Pure Reason Revolution en tête d’affiche, oui, vu de l’extérieur ça peut sembler exponentiel. De l’intérieur, on dirait plutôt que la première édition nous a donné la confiance d’oser plus grand et que la demande, elle, était là depuis le début. On attendait juste quelqu’un pour ouvrir la porte.
2026 a-t-elle été difficile à organiser, avec tous ces groupes internationaux?
Jici: C’est sûr que d’inviter plusieurs groupes internationaux, c’est d’autres défis que d’inviter un band qui vient de Trois-Rivières, mettons. Il faut tenir compte de tellement de facteurs dans la négociation avec les artistes, du cachet à l’hébergement, des visas et des changements de devises, etc. C’est sûr qu’il y a des défis innombrables, petits, moyens et grands. Eddy et moi avons mis des heures incalculables chacun de notre bord pour apprendre, et au final on se débrouille. Mais ça reste par moments des stress, des anxiétés, des doutes, de la sueur, des risques financiers, des négociations parfois complexes, des problèmes de dernière minute hors de notre contrôle, mais au final, tout s’est bien passé.
Ed: C’était un défi, oui, surtout à cause de tous ce que Jici mentionne mais j’ajouterais que grâce à l’expérience de 2025, on avait tout de même désormais désormais une structure fonctionnelle en 2026 sur laquelle bâtir! Et comme Jici à dit, au final, tout s’est bien passé.
Native Construct est déjà annoncé pour 2027. La programmation est-elle déjà bien établie?
Ed: Oui, et Native Construct, c’est juste la pointe de l’iceberg et pas le seul Pokémon rare du line-up! La programmation 2027 est complète et on a très hâte de pouvoir l’annoncer! On garde notre approche : une annonce à la fois, au compte-gouttes. C’est délibéré. Ça nous permet de mettre chaque groupe en lumière, autant ceux du bas de l’affiche que les têtes d’affiche. Les gens nous écrivent leurs prédictions, leurs souhaits, et ça, ça fait partie du fun!
Jici: On finalise quelques détails des ententes avec les artistes. Mais effectivement, Native Construct a déjà été annoncé. On est excessivement fiers de les avoir, et on leur a proposé de les annoncer plus tôt dans le processus parce qu’on savait que c’était un grand moment pour eux, et pour nous, c’est un retour sur scène très attendu après plusieurs années.
Un scoop ou des indices pour le reste de la programmation?
Jici: Honnêtement, des fois c’est très difficile de garder le secret, on aurait envie de tout partager à tout le monde. Mais on se cachera pas qu’il y a une dimension stratégique à attendre le bon moment, et même à annoncer les groupes un à la fois. Ça stimule l’imaginaire des gens, et pour un nouveau festival comme le nôtre, ça aide à étirer la place que prend ProgStorm dans la tête des gens plutôt que de faire un gros boom et puis un silence. Je pense aussi que pour les artistes, c’est bien de leur donner leur moment à chacun d’entre eux.
Ed: Ce que je peux dévoiler au moins c’est que vous pouvez vous attendre à au moins une première et un retour en force après une très longue absence!
Quels groupes sont sur votre wishlist?
Ed: Oui, il y en a, et non, on ne vous dira pas lesquels! Personnellement, j’ai beaucoup de bands locaux que j’aimerais revoir faire un grand retour sur scène! Unexpect, Quo Vadis et j’en passe!
Jici: Je ne vais pas nommer de noms, mais on est toujours à l’affût des perles rares. Quand je dis perle rare, je pense à des groupes qui ont cessé leurs activités et qu’on voudrait faire revenir sur scène, ou alors à des groupes qui ne se sont jamais produits au Canada ou en Amérique du Nord carrément. C’est bien de faire venir des groupes plus connus, mais c’est un peu notre marque je pense d’inviter des groupes très nichés, que seuls les fins connaisseurs de métal progressif vont vraiment connaître et savoir à quel point c’est spécial qu’ils viennent performer à Montréal.
Comment voyez-vous le festival dans plusieurs années? Un Prog Power Canada?
Ed: On a eu la chance de jouer à ProgPower Europe et ce qui nous a marqué le plus c’est la belle communauté prog qu’on a rencontré là. Alors je dirais que, oui, d’une certaine manière on a une ambition d’être une destination pour cette même belle communauté, mais on veut rester un festival intime centré sur cette communauté. Le Club Soda est précisément la place où on veut être. Pour nous, le succès se mesure à une seule chose : que Montréal devienne cette destination nord-américaine du métal progressif. Un rendez-vous annuel où les fans du monde entier se retrouvent entre amis pour manger de la bonne poutine!
Jici: On est partis pour faire ça très longtemps, c’est notre but en tout cas. Il y a énormément de défis à monter un festival indépendant, mais pour le moment rien qui nous décourage, au contraire ça nous motive à grandir et à projeter ce festival-là dans le temps. Au début, on se sentait très inspirés par les festivals comme ProgPower Europe ou USA par exemple. On regardait de très près ce qu’ils faisaient, on imitait en essayant de trouver notre propre identité. Mais plus le temps avance, plus je crois qu’on fait ce qu’on veut et qu’on développe notre propre jugement de comment on veut faire les choses.
Auteur : Maxime Pagé