Un an après la Place Bell et ses 8500 personnes, retrouver Ludovico Einaudi à la Maison symphonique le 27 septembre dernier relève de l’intime. Pour cette tournée Solo Piano, l’Italien a délaissé ses musiciens : une salle plongée dans l’obscurité, un piano seul éclairé et une acoustique qui capte le moindre souffle. Un environnement ou chaque chaque silence pèse et chaque résonance devient un événement.

Dans une rare prise de parole, Einaudi résume sa démarche en une image : jouer avec un groupe s’apparente a peindre sur un canevas avec un pinceau large, mimant au passage sa métaphore, tandis qu’être seul revient a utiliser un crayon. Moins de matière, moins de couleurs, mais un geste plus précis, où chaque trait compte. Le maestro nous confie également que ce projet solo était dans les cartons depuis un moment déjà et que c’était un besoin de sa part de revenir a l’essentiel le temps d’une tournée après 30 ans de composition.

Bien sur on y a retrouvé les grands incontournables comme I Giorni, Una Matina ou encore Experience. Mais l’artiste en a aussi profiter pour ouvrir des tiroirs oubliés : Oltremare notamment mais surtout Dietro Casa, jamais entendue en salle, réinventée en une improvisation d’une grâce suspendue. Treize ans d’attente personnelle pour trois minutes de contemplation. Ça les valait toutes.

L’apogée viendra en toute fin sur une Nuvole Bianche en rappel, étirée bien au-delà d’elle-même ou l’artiste prolongera sa propre pièce comme pour suspendre le plaisir, incapable de s’arrêter. 

Les scènes de Ludovico Einaudi ont grandi, puis rétréci, mais l’émotion, elle, n’a jamais changé d’échelle.

Journaliste et photographe: Paul Blondé