Kansas et Deep Purple : le rock classique refuse de prendre sa retraite @ Place Bell (Laval, Québec)
Il y a quelque chose de rassurant à voir la Place Bell se remplir pour trois monuments du rock classique. Ce soir, ce ne sont pas des jeunes loups qui montent sur scène, mais des vétérans qui ont écrit une partie de l’histoire du genre. Et malgré les décennies au compteur, l’énergie est bien là.
Malheureusement j’ai raté Jefferson Starship, le show a commencé pour moi avec Kansas.
Kansas ouvre le bal avec plus de nerf qu’on ne l’attendait
On s’attendait à un groupe assagi, posé, économe de ses mouvements vu l’âge de ses membres. Erreur. Kansas monte sur scène avec une belle énergie et ne se contente pas de rester planté derrière les micros. Le groupe déroule ses classiques et le plaisir est réel dans la salle — difficile de résister quand ces mélodies-là reviennent.
On regrettera néanmoins une production visuelle réduite au strict minimum. De belles lumières, certes, mais pas grand-chose de plus, et aucun décor derrière le groupe pour habiter la scène. Pour une formation de cette notoriété, on aurait pu s’attendre à un peu plus d’ambition scénique.
Autre marque de fabrique de l’époque : les solos. Chaque membre y va tour à tour, avec des résultats plus ou moins convaincants. Je l’admets, je ne suis pas un grand connaisseur du répertoire du groupe, et ne connaissant que peu les chansons, il m’était souvent difficile de savoir où finissait la composition et où commençait l’improvisation. Cela dit, c’était une pratique très répandue dans les groupes de cette génération, et les fans y trouvent assurément leur compte. Alors pourquoi pas. À noter aussi qu’une bonne partie de la formation actuelle n’est plus le line-up d’origine.
Setlist Kansas : Point of Know Return · Paradox · Play the Game Tonight · Fight Fire With Fire · Jets Overhead · The Wall · Song for America · Dust in the Wind · Hold On · Down the Road · Portrait (He Knew) · Miracles Out of Nowhere · Carry On Wayward Son
Deep Purple : des légendes qui ont pris de l’âge, mais qui n’ont rien perdu de leur métier
Le noir se fait, une vidéo d’objets volants étranges envahit l’écran géant avant que lle groupe lance lles premières notes de « Highway Star ». La salle est réveillée d’un coup.
Grand plaisir de retrouver une partie des membres originaux encore présents. On sent bien sûr que le temps a passé. Le chanteur semblait un peu en difficulté en début de show, quittant souvent la scène, parfois même en plein milieu des chansons. Mais passé ce constat, le groupe reste énergique et, surtout, le niveau de musicalité et de chant demeure remarquable. N’ayant jamais eu la chance de les voir plus jeunes, c’était ma première fois, je ne peux malheureusement pas comparer.
Là encore, la production n’avait rien de démesuré pour des légendes de ce calibre. On se dit que cela force peut-être à se concentrer davantage sur la musique que sur le spectacle. Personnellement, j’aurais préféré avoir les deux. Le groupe glisse d’ailleurs quatre titres de son album 2026, SPLAT, dont « Arrogant Boy » et « Diablo » — une belle preuve que, 24 albums plus tard, ils ont encore des choses à dire.
Et puis il y a ce moment : « Smoke on the Water ». Une des toutes premières chansons que j’ai apprises à la guitare — comme tant d’autres guitaristes. L’entendre jouée par ceux-là mêmes qui l’ont créée, ça n’a pas de prix.
Setlist Deep Purple : Highway Star · Arrogant Boy · Diablo · Perfect Strangers · Space Truckin’ · Smoke on the Water · Guinnesis (rappel) · Hush (rappel)
Trois groupes, une scène, des décennies de musique et des milliers de voix. En sortant de la Place Bell, une évidence : le rock classique est bien vivant, et il sait encore cogner.
Journaliste et photographe: Thomas Courtois