Jayden Hammer

L’artiste mentionne dès son entrée qu’elle est habituellement avec un band complet, mais ce soir, elle est en solo. Elle nous offre un DJ set avec des classiques bien pensés pour faire bouger le public, ainsi que quelques compositions originales.

Niveau cover, elle nous offre d’abord Living Dead Girl, un classique de Rob Zombie, puis Can You Feel My Heart de la formation Bring Me The Horizon. Elle s’est même risquée avec sa version de Chop Suey! de System of a Down, ainsi que Welcome to the Black Parade de My Chemical Romance, chanson qui a malheureusement coupé au bout le plus intéressant et ça a un peu brisé la magie du moment pour nous. Elle nous a livré deux compositions originales, soit Supernova et Sunshine.

On a éprouvé beaucoup de sympathie pour elle, notamment en raison de quelques pépins sonores, puisque sa voix s’est fait enterrer par la musique à quelques reprises. Le peu de gens arrivé dans la salle au moment de sa performance n’aidait pas à faire élever l’ambiance. Bien que Jayden ait tenté de récupérer l’énergie de la foule, on sentait que l’attention des spectateurs n’était pas présente. L’artiste demeure talentueuse, mais le contexte de sa performance n’était pas idéal. Elle a fait du mieux possible selon les circonstances et pour ça, elle mérite tout notre respect.

STATICA

On a ensuite eu droit à STATICA, le projet expérimental des membres d’Avenged Sevenfold, qui a interprété les quatre pistes de leur EP… sans jamais apparaître sur scène. Pour chaque chanson on aperçoit une phrase et une image statique ce qui nous semble assez amateur, surtout quand les membres du groupe oeuvre dans la musique depuis des décennies.

Pour les spectateurs qui ne s’étaient pas renseignés à l’avance, le concept était assurément déroutant. Musicalement, STATICA s’éloigne beaucoup du Avenged Sevenfold habituel, même si l’on peut y retrouver certaines similitudes avec Life Is but a Dream…(2023). Les synthés, l’autotune et les sonorités électroniques y sont centrales. Malgré tout, certains éléments permettent de reconnaître (avec de l’imagination) de petites touches à la Avenged Sevenfold.

Parmi les quatre chansons jouées, LIGHTS propose une guitare qui rappelle immédiatement Avenged Sevenfold, tandis que la piste STATICA laisse entendre la voix de M. Shadows – chanteur de la formation – et le style de batterie du groupe. REJOICE pousse plus loin l’aspect électro, avec une guitare casi absente. Enfin, ASHES est probablement le morceau qui se rapproche le plus du son d’Avenged Sevenfold, tout en conservant son côté électronique — et c’est aussi celui qu’on a le plus apprécié.

Clairement, le projet divise : certains y voient une expérience intrigante, psychédélique, alors que d’autres restent complètement perplexes. Avenged Sevenfold nous a donné l’habitude d’expérimenter dans les dernières années, autant avec l’album Life Is but a Dream… que lors de leur dernier spectacle à Montréal, qui s’était terminé de façon abrupte alors que le groupe était parti de la scène après trois minutes de musique de fond… Mais là, on est passé à la vitesse supérieure niveau expérimentation ! Même en écoutant l’EP, on trouve ça difficile à apprécier. STATICA n’est pas un band de première écoute et n’est probablement pas une adoption unanime de la part des spectateurs ce soir. C’est le genre de projet qui demande un effort à l’écoute, et qui exige d’être apprécié d’une façon différente.

Good Charlotte

Good Charlotte fait son entrée en scène sur la célèbre The Anthem, ce qui donne immédiatement le ton de la soirée : le groupe est là pour satisfaire ses fans de longue date. La formation originaire du Maryland fête ses 30 ans de carrière cette année et ça sent la nostalgie à plein dans le Centre Bell.

Coïncidence ou non, Good Charlotte nous offre l’un à la suite de l’autre trois titres qui comportent le mot « girl » : Girls & Boys, Riot Girl, ainsi que Keep Your Hands Off My Girl. Le band est très conséquent, même dans les plus petits détails de sa performance. Durant Riot Girl, chaque fois que « hot girl » est prononcé, on voit des flammes surgir de scène. Étonné de l’engouement de la foule pour leurs premières chansons, Joël Madden – chanteur de la formation – nous lance « I had no idea what to expect, since it’s been ten years that we’ve been here. But Montreal…What the fuck !!! » et le Centre Bell rugit.

Chaque chanson est accompagnée de magnifiques animations : pour Predictable, on se retrouve dans une église en feu et pour Wondering on est submergés de crânes verts, rappelant les couleurs de l’album The Young and The Hopeless (2002). Les frères Madden prennent la peine de remercier chaque section « First of all, hello to everyone, people in the top, people in the middle, and people on the floor! How are y’all doing? » On sent que l’énergie des fans présents à ce spectacle à guichet fermé les impressionnent. Joël Madden continue « It feels like a hometown show but this is way better than a hometown show. I love Canada and Montreal and we grew up with Canadian bands on tour such as our friends Simple Plan and Sum 41. » Il poursuit « We are on our favorite tour, it’s been incredibly special. Thank you guys so much for letting us take this stage after 10 years, we appreciate the opportunity. »

La formation poursuit avec Rejects qu’ils dédient à leur amis Avenged Sevenfold et on se fait présenter l’icône du Motel Du Cap, référant à leur plus récent album paru il y a un an jour pour jour, le 8 août 2025. On remarque que beaucoup de spectateurs ne chantent pas, ce qui nous confirme que les fans sont là pour l’aspect nostalgique de leur discographie. Ça tombe bien car la formation enchaîne avec The Chronicles of Life and Death et The Motivation Proclamation.

Joël Madden multiplie les discours ce soir, nous faisant penser à un coach de vie, et le prochain discours est le plus mémorable et émotif de la soirée. « If there’s people here tonight that feel like giving up, I want you to know that you’re not alone, everyone here is rooting for you. Right guy? » et tout le monde crie très fort en réponse. « And for that, you guys deserve 100% of our energy. » ajoute-il en présentant l’émotive chanson Hold On.

Un autre temps fort du spectacle survient alors qu’on entend les premières notes de The River : on a l’honneur de vivre la chanson avec tous ses artistes-interprètes sur scène ! M. Shadows sort de la pénombre et rejoint Good Charlotte lorsque son couplet. Les fans sont absolument ravis et ça chante très fort dans le Centre Bell !

La finale de Good Charlotte est explosive. On a droit à The Young and the Hopeless, suivie de Little Things avec des feux d’artifice, puis au méga succès I just wanna live – qu’on avait si hâte d’entendre – avant de faire bouger tous les spectateurs avec Lifestyles of the Rich & Famous. Aucun rappel et aucun temps mort entre les chansons.

Cette célébration de la discographie de Good Charlotte était festive mais également touchante. On a vieilli avec le groupe. Les frères Madden approchent la cinquantaine et on ne leur en veut pas de ne pas constamment sauter sur place, de ne pas se lancer dans la foule ou de faire les acrobaties que leurs corps de vingt ans leur permettaient jadis. Ceci nous importe peu, car durant cette ultime réunion nostalgique, les gens avaient réellement du plaisir. On sait que ce groupe a sauvé la vie de plusieurs personnes (il ne manque pas de témoignages sur les réseaux sociaux) et on sait que les paroles de Joël ont frappé droit au cœur ce soir. On avait vraiment l’impression qu’il s’adressait à chacun de nous et qu’on était loin d’un discours générique. On est déjà fébriles à l’idée que Good Charlotte revienne performer dans la métropole !

Avenged Sevenfold

Dès les premières secondes de Nightmare, le Centre Bell se transforme en immense chorale. Le public chante encore plus fort que lors de la perfo de Good Charlotte, c’est stupéfiant. La mise en scène est ambitieuse : les écrans sont littéralement partout, sur les côtés de la scène, au-dessus de celle-ci et derrière les musiciens. Les images ne servent pas uniquement de décor, elles accompagnent les chansons et participent à nous faire découvrir l’univers visuel de chaque piste.

Par exemple, durant Buried Alive, lorsque les harmonies de guitare entrent en jeu, les éclairages suivent instantanément : les crânes qui entouraient les écrans deviennent rouges et leurs yeux s’illuminent, ça donne une ambiance alarmante, méchante (et on adore). Pour Afterlife, des lasers dessinent des symboles sur l’écran géant pendant et durant Shepherd of Fire, tous les écrans montrent des flammes et le public accueille avec joie ces chansons, car un massif « olé, olé, olé, olé » suit dès que les pistes sont terminées.

Même si le groupe se risque avec des chansons plus récentes, qui divergent du traditionnel son du groupe (notamment avec Magic et Nobody), les fans alimentent le constant pit au parterre et il y a en masse de bodysurfing. En revanche, pratiquement personne ne chante ces nouvelles pistes.

M. Shadows à un moment, s’adresse à la foule : « Hey Montreal, you guys win a bunch of awards for sure tonight. First prize: loudest crowd. » et la foule rugit de plus belle. Il poursuit en soulignant que Montréal est leur plus gros marché de la tournée nord-américaine, tout en plaisantant sur l’ironie que ce marché leur a offert « the smallest venue of the tour ». On sait que le spectacle affichait complet depuis des mois et on parie que plusieurs fans n’ont pas pu mettre la main sur un billet, ce qui est dommage. M. Shadows nous décerne un deuxième prix : « prettiest audience ever », avant d’inviter les Montréalais à vérifier sur YouTube, qu’il ne dit pas ça à chaque arrêt de la tournée. Le public, évidemment, mange dans sa main !

Vient le méga succès Seize the Day, chanson que le groupe nous dédie. C’est précisément dans ce genre de moment que l’on comprend l’héritage d’Avenged Sevenfold : une chanson qui a plus de deux décennies est encore chantée comme si elle était le succès le plus en vogue du moment. Le groupe poursuit avec Hail to the King et Nobody, avant de nous offrir la dernière piste de City of Evil M.I.A., au grand bonheur de tous. Au début de cette piste, on se fait bercer par la guitare, pendant que M. Shadows descend dans la foule et prête son micro à une femme qui chante avec justesse le premier couplet.

Avenged Sevenfold fait monter l’énergie d’un cran en nous livrant Bat Country et même si M. Shadows ne pousse pas la note pour atteindre la pleine hauteur de son répertoire, on est satisfait d’entendre ce morceau. Vient ensuite une autre solide chanson, Unholy Confessions, durant laquelle le chanteur prête son micro à un jeune qui monte sur la scène et performe avec brio la moitié de la piste. Le jeune saute, effectue chaque cri, habite la scène encore mieux que M. Shadows et les membres du groupe revêtent leur plus beaux sourires devant cette vision de leur héritage, reprit par un jeune qui n’était pas né au moment de la parution de la chanson.

Après ces deux chansons ultra dynamiques, le groupe sort ensuite de scène. Il revient nous livrer une dernière piste, Cosmic, un morceau de plus de 7 minutes, qui ne rend malheureusement pas justice à l’effervescente nostalgie qui régnait dans la salle ce soir. On aurait préféré un mix de deux plus vieilles chansons, plutôt que celle-là, puisque son crescendo et son tempo sont très lents. Il faut avouer aussi qu’on est pas très fan de l’utilisation d’autotune et de déformation expérimentales de la voix pour un band de hard rock. C’est une finale qu’on qualifierait de « manquée ».

Le groupe a pourtant dépassé le « couvre-feu » de 23h d’environ dix minutes et a certainement écopé d’une pénalité monétaire… pour jouer Cosmic ? Franchement, on n’y comprend rien. On sort un peu confus, et un peu déçu. Le groupe ne nous a offert que douze chansons. Une seule piste tirée de l’album Waking The Fallen (2003), une seule de Avenged Sevenfold (2007) et un oubli (peut-être volontaire à cause d’une limite de voix ?) du méga succès Beast and the Harlot. L’expérience de la nostalgie de nos albums préférés a été passable, mais sans plus.

En revanche, la setlist de Good Charlotte était minutieuse et leur crescendo était parfait. On comprend le désir de Avenged Sevenfold de renouveler leur genre musical après plus ou moins 25 ans de carrière, mais la formation aurait dû laisser la place de tête d’affiche à leurs amis de Good Charlotte. Ça nous aurait laissé un meilleur goût en bouche et on nous aurait livré la finale qu’on méritait.

Journaliste : Laurence Daoust

Crédit photo : Photo de Presse (publication de promo Facebook par Avenged Sevenfold et Good Charlotte, aucun crédit donné)