Après plusieurs années à lutter pour retrouver son autonomie artistique, Kesha est arrivée sur les plaines d’Abraham avec l’envie manifeste de présenter bien davantage qu’une succession de chansons populaires. Costumes flamboyants, danseurs, projections et chorégraphies composaient un spectacle très visuel, construit comme une série de tableaux.

Son entrée sur TiK ToK a immédiatement rallié le public. Ce premier grand moment laissait présager une soirée entièrement portée par les succès du début de sa carrière. Pourtant, Kesha avait également l’intention de faire entendre la femme et l’artiste qu’elle est devenue.

Ce choix a suscité quelques réactions d’impatience. Dans la foule, certains festivaliers regrettaient de ne pas entendre davantage de ses chansons les plus connues, ou du moins de ne pas toujours les retrouver dans leur version complète. Plusieurs étaient intégrées à des enchaînements, alors que ses titres plus récents occupaient aussi une place importante.

Contrairement à ce qui a pu être entendu sur le site, Kesha n’était pas légalement empêchée d’interpréter ses anciens succès. Elle a d’ailleurs chanté Blow, Cannibal, Take It Off, Die Young, Your Love Is My Drug et We R Who We R. Elle ne possède toutefois pas les enregistrements originaux de cette première partie de sa discographie.

La nuance est importante. Son long combat avec son ancien producteur, Dr. Luke, concernait notamment ses obligations contractuelles et son indépendance créative. Après la conclusion de leur litige en 2023 et la fin de son contrat, elle a fondé Kesha Records. Son album . (Period), paru en 2025, est ainsi devenu le premier qu’elle pouvait véritablement lancer sous sa propre bannière.

Dans ce contexte, sa volonté de donner une place importante à sa nouvelle musique prend tout son sens. Kesha ne cherche plus uniquement à faire revivre celle qu’elle était au début des années 2010. Elle veut aussi présenter celle qu’elle a choisi de devenir.

Une ambition visuelle qui ralentit le rythme

Sur scène, l’artiste a multiplié les costumes et les univers, passant d’une esthétique éclatante à des tableaux plus sombres ou solennels. L’ensemble témoignait d’un réel désir d’offrir une production spectaculaire.

Le principal bémol demeure toutefois la durée des changements de tenue. Les pauses répétées ont coupé l’élan du spectacle et créé quelques flottements dans la foule. Les costumes servaient la mise en scène, mais des transitions plus courtes auraient permis de maintenir une énergie plus constante.

Il faut néanmoins reconnaître l’investissement de Kesha. À défaut de miser uniquement sur la nostalgie, elle a voulu proposer un spectacle complet, pensé autour de sa personnalité et de son parcours. Les moments plus sensibles, notamment CATHEDRAL. et Praying, ont d’ailleurs permis de dépasser l’exubérance des chorégraphies pour retrouver toute la force de son interprétation.

La prestation n’aura peut-être pas répondu aux attentes de tous, mais elle portait une intention claire : Kesha ne souhaite plus être enfermée dans l’époque qui l’a rendue célèbre. Elle revisite maintenant son répertoire selon ses propres règles, quitte à déstabiliser ceux qui espéraient surtout retrouver la trame sonore de leur adolescence.

Shaggy réchauffe les plaines

Avant elle, Shaggy avait installé une ambiance légère et festive. Avec Boombastic, Angel, Oh Carolina et l’inévitable It Wasn’t Me, le Jamaïcain pouvait compter sur un répertoire solidement ancré dans la culture populaire. Une entrée en matière efficace avant la proposition beaucoup plus théâtrale de Kesha.

Auteure  : Sandra Esteves

Photographe : L’oeil de Mel-C