Megadeth au Centre Vidéotron : le thrash résonne encore @ Québec
Vendredi soir, Québec vibrait sur plusieurs tempos à la fois. Pendant que certains dansaient à l’Igloofest et que Loud remplissait le Théâtre Capitole, les amateurs de riff saturés se donnaient rendez-vous au Centre Vidéotron pour une soirée entièrement consacrée au thrash metal.
Trois événements majeurs, trois ambiances radicalement différentes. Un beau tour de force pour Gestev, qui faisait danser Québec sur plusieurs scènes à la fois.
Mais une chose était claire : les fans de Megadeth avaient répondu présents.
À voir la mer de chandails noirs et de vestes patchées qui remplissait presque entièrement le centre, la soirée promettait d’être bruyante et profondément nostalgique.
Car vendredi soir, au Centre Vidéotron, ça transpirait la nostalgie.
Exodus – trop court pour vraiment décoller
Les hostilités ont commencé avec Exodus, pionniers de la scène thrash de la Bay Area. Fidèles à leur réputation, ils ont livré un set brutal et efficace. Mais leur passage a laissé plusieurs fans sur leur faim. À peine une trentaine de minutes sur scène.
Mais suffisant pour déclencher les premiers headbangs et réveiller la foule, en revanche, trop court pour réellement plonger dans l’univers du groupe. Gary Holt et sa bande ont livré une performance solide, agressive et fidèle à leur ADN… qui s’est terminée presque aussi vite qu’elle avait commencé.
Un échauffement efficace, mais frustrant.
Anthrax – la machine de guerre
Puis Anthrax a pris la scène, et l’ambiance a immédiatement changé de dimension.
Le groupe new-yorkais a livré un set généreux. Scott Ian parcourait la scène avec son éternel sourire carnassier pendant que Joey Belladonna démontrait que sa voix n’a rien perdu de sa puissance. Ce qui frappait surtout, c’était le plaisir évident d’être sur scène. Anthrax jouait comme s’il découvrait encore cette musique pour la première fois. Et la foule ne s’y est pas trompée. Chaque riff déclenchait une nouvelle vague de headbangs dans les gradins pendant que les premiers rangs se transformaient peu à peu en moshpit improvisé.
Anthrax a peut-être plusieurs décennies de carrière derrière lui, mais sur scène, le groupe donne encore l’impression d’avoir quelque chose à prouver et c’est probablement ce qui fait toute la différence.
Une entrée en scène théâtrale
Puis vint le moment attendu. Lorsque les lumières se sont éteintes, un immense rideau blanc est apparu devant la scène. Derrière lui, les silhouettes de Megadeth se dessinaient lentement sous les projecteurs.
Un moment suspendu, puis le rideau est tombé et le premier riff a explosé dans un Centre Vidéotron presque plein.
Une entrée simple, mais terriblement efficace. Comparé à certains géants du métal de la même génération, Megadeth joue clairement la carte de la sobriété côté mise en scène.
Là où Metallica déploie des écrans gigantesques, où Iron Maiden transporte son univers visuel avec mascottes et décors monumentaux, et où Rammstein transforme chaque concert en véritable démonstration pyrotechnique, Megadeth arrive avec une production beaucoup plus minimaliste. Quelques visuels, un rideau d’introduction… et c’est à peu près tout. Mais ce minimalisme fonctionne. Une fois les riffs lancés, le décor devient presque secondaire. Les solos précis, les structures complexes et ces classiques que la foule connaît par cœur remplissent l’espace sonore avec une efficacité redoutable. Preuve que parfois, un bon riff suffit à occuper toute une scène.
Des fans aux premières loges
Mais au-delà de la scène et des amplis empilés comme des murs de décibels, un petit détail attirait l’œil des plus attentifs. Sur le côté droit de la scène, une petite plateforme accueillait une poignée de privilégiés. À peine une dizaine de fans équipés de casques audio, installés là comme dans une bulle parallèle au reste de la foule.
Un concept devenu presque mythique dans certains concerts métal : vivre le spectacle à quelques mètres seulement des musiciens. Et visiblement, les membres de Megadeth n’avaient pas oublié leur présence. À plusieurs reprises durant le set, l’un ou l’autre des musiciens venait se placer face à eux, guitare levée, le temps de quelques riffs envoyés droit dans leurs yeux pour ces chanceux, avec des souvenirs gravés pour très longtemps.
La légende… qui ralentit
Musicalement, Megadeth reste une mécanique redoutable. Les solos s’enchaînent avec précision, et les duels de guitares rappellent à quel point le groupe a toujours été l’un des plus techniques de la scène thrash. Mais les années ont aussi laissé leur empreinte.
La voix de Dave Mustaine, parfois solide, parfois plus fragile, oscille entre puissance et retenue. Rien de dramatique, mais assez pour rappeler que l’on regarde aujourd’hui une légende qui a traversé plusieurs générations de métal.
Cela n’a évidemment pas empêché le public de chanter et de célébrer chaque classique avec ferveur. Les fans étaient là pour revivre ces morceaux qui ont marqué leur jeunesse.
Québec, capitale musicale d’un soir
En sortant du Centre Vidéotron, un détail amusant rappelait à quel point Québec vivait une soirée musicale éclatée. À quelques pas seulement, l’Igloofest faisait vibrer la foule sous les basses électroniques.
Et au Théâtre Capitole, Loud poursuivait sa propre fête.
En théorie, un fan particulièrement motivé aurait même pu commencer sa soirée dans le froid de l’Igloofest en fin d’après-midi… puis venir se réchauffer au Centre Vidéotron avec une bonne dose de thrash metal.
Trois ambiances.
Une seule ville.
Une tournée d’adieu… peut-être
Megadeth évoque depuis quelque temps une possible tournée d’adieu. Une annonce que les fans de rock ont appris à accueillir avec un certain scepticisme.
Mais après plus de quarante ans de carrière, des milliers de concerts et une influence immense sur la scène métal mondiale, on sent que le groupe approche tranquillement de la fin d’un cycle. Et si c’est réellement le cas, Québec aura au moins eu la chance d’en vivre un chapitre de plus.
Auteure et photographe : Sandra Léo Esteves