Une prestation aux avis mitigés pour Linkin Park.

C’est sept ans après le décès du chanteur Chester Bennington que le groupe Linkin Park se réunit à nouveau, avec une nouvelle voix. Le groupe arrête son choix sur Emily Armstrong, jusqu’alors chanteuse au sein du groupe Dead Sara, afin de pourvoir au poste de front woman de Linkin Park. La formation lance l’album From Zero en novembre 2024 et annonce le From Zero World Tour par la même occasion. Dans le cadre de cette tournée, Linkin Park faisait un arrêt au Centre Bell le 6 août dernier. Cette soirée était la seconde prestation consécutive dans la métropole, pratiquement à guichet fermé.

En entrant dans le Centre Bell, on constate que la scène est de forme rectangulaire, placée au centre du parterre. Les spectateurs de cette section sont répartis autour de la scène, ce qui obstrue, pour certains, la vue à ce qui se passe de l’autre côté. Cependant, deux immenses écrans géants à quatre faces sont suspendus au-dessus de la scène, afin de permettre à un maximum de gens de mieux voir les artistes. Cette disposition nous a rendus curieux, alors, on a fait un arrêt dans la section des sièges 300 — située au-dessus des sièges 100 et des loges — et franchement, la vue n’était pas fameuse. Les nombreuses colonnes de haut-parleurs et les spotlights cachaient partiellement les écrans géants et bloquaient la vision de l’autre côté de la scène. PoAur ce spectacle, il fallait impérativement être dans la section des sièges 100 pour tout voir, autrement, vue partielle garantie. Bien qu’elle soit très originale, pour une disposition de scène, on a déjà vu mieux.

C’est au groupe PVRIS qu’est confiée la tâche de réchauffer la salle avant Linkin Park. La formation, menée par la chanteuse Lynn Gunn, produit du rock alternatif incorporant des éléments de pop et d’électronique. Cette dernière débarque sur scène avec nonchalance, vêtue d’un complet soyeux, par-dessus un t-shirt avec des imprimés et des lunettes fumées. Le groupe débute avec trois pièces assez récentes, GOOD ENEMY, ANIMAL et Dead Weight. Lynn encourage la foule à participer, parfois en tapant des mains, parfois en demandant How we feeling? et en criant Montreal ! fréquemment.

Lynn occupe bien la scène et se déplace à plusieurs reprises pour que tous profitent d’une vue sur la chanteuse. Malheureusement, durant la piste My House, Lynn a un problème avec son micro. Le groupe continue toutefois à performer, comme de vrais professionnels. Par chance, le micro est à nouveau fonctionnel au deuxième couplet et la formation poursuit avec les chansons Monster, Oil & Water, Burn the Witch et GODDESS. Lynn s’adresse ensuite au public : “We’re super thankful for opening for Linkin Park, this is a childhood dream and an adulthood dream. So thank you for showing up so early!

Suite au spectacle de PVRIS, la foule semble prête à attaquer le plat principal. Vers la fin de l’entracte, un compte à rebours de dix minutes s’affiche sur les écrans géants. À l’atteinte des quatre dernières minutes, la chanson Les étoiles filantes des Cowboys Fringants est diffusée. Ça festoie en « titi » dans le Centre Bell ! Tous sont debout, hurlent chaque parole et tapent des mains. Une imposante fébrilité se sent dans l’air. C’est un beau parallèle que de mettre en relation ce groupe phare du Québec et Linkin Park, puisque les Cowboys Fringants, eux aussi, ont malheureusement vécu le deuil de leur chanteur principal, Karl Tremblay, en 2023. On remercie mentalement la personne qui a glissé cette chanson dans la playlist de l’entracte !

Linkin Park arrive sur scène sous un tonnerre d’applaudissements. La formation débute avec Somewhere I Belong et Points of Authority. On observe une Emily Armstrong quelque peu réservée, qui tâte le terrain et tente de s’imposer en douceur. La chanteuse fait preuve d’une extrême justesse de voix. Si on osait penser qu’elle n’a pas la capacité de chausser une aussi grosse pointure que celle exigée pour être front woman de Linkin Park, après une chanson, on avait la preuve du contraire.

Dès le début de Crawling, la justesse des harmonies entre Emily et Mike Shinoda est telle qu’on croirait entendre Chester chanter en playback pendant le premier couplet ! On sent aussi qu’Emily se réchauffe. Elle court de long en large de la scène et encourage la foule à chanter le refrain. Elle bouge tout autant à New Divide. Après la piste, Mike s’adresse à la foule pour remercier le public de la réception épatante de leur nouveau long-jeu, From Zero.

Le groupe joue ensuite The Emptiness Machine, le premier single avec Emily au sein de la formation. Cette piste est la parfaite chanson pour un début : assez punk-rock et parsemée de cris pour prouver qu’Emily mérite sa place dans le groupe. Elle attaque la chanson avec une voix rauque, quelques cris et ça rentre au poste ! Le public chante très fort avec Emily. On assiste ensuite à plusieurs singles, notamment The Catalyst, Burn It Down, Up From the Bottom et Two Faced. Durant Burn It Down, Lynn Gunn revient sur scène chanter avec le groupe et c’est du bonbon pour les oreilles. Pendant la dynamique Two Faced, on voit plusieurs mosh pits se créer dans la foule au parterre.

Entre les chansons, on accueille avec joie la présence de Joe Hahn aux platines, qui ne laisse aucun temps mort. Quelques chansons plus tard, Mike descend dans la foule et rappe a capella le hit de 2010 Remember The Name par Fort Minor, le projet solo de Mike Shinoda. Celui-ci encourage la foule à chanter, mais ça tourne un peu au vinaigre. Se souvenir et réciter les paroles d’une chanson de Fort Minor d’il y a 15 ans, on passe notre tour, merci. Étonnamment, Linkin Park joue une seconde pièce provenant du répertoire de Fort Minor, Where’d You Go. On ne peut pas parler pour les autres, mais on est un peu déçu de ce choix, alors que d’autres pistes de la vaste discographie de Linkin Park auraient pu être mises de l’avant.

Le groupe disparait ensuite de scène après la chanson One Step Closer. Des techniciens d’affaire sur la scène, afin qu’il y ait une rotation au niveau de la disposition des instruments. Il est dommage de mettre une halte au spectacle après une chanson qui rentre vraiment fort telle que One Step Closer. Pour nous, ç’a brisé un peu le moment.

Linkin Park revient sur scène et propose des chansons plus douces telles que Lost, Stained et Overflow. Le groupe enchaîne avec un de leurs trois plus gros singles What I’ve Done et on souligne l’impeccable technique d’Emily sur cette piste. Les quatre dernières pistes jouées avant le rappel sont Numb, Let You Fade, Heavy Is The Crown et Bleed It Out. Le groupe performe Numb avec l’intro de la piste Numb/Encore, ainsi qu’en transposant la tonalité de la chanson afin d’accommoder la voix d’Emily. Ce qui est dommage, c’est que cette combinaison de choix résulte en un engouement réduit pour la chanson mythique. Toutefois, Emily fait ses preuves lors du bridge de Heavy Is The Crown en poussant son meilleur cri de toute la soirée. De quoi réanimer et exciter la foule qui l’encourage en retour !

En guise de rappel, Linkin Park vise juste en performant Papercut, In The End et Faint, chansons bien aimées du public. On aurait toutefois aimé entendre ces pistes plus tôt en soirée, surtout en alternance avec les nouvelles chansons, afin de faire lever le party en milieu de set. Il est étrange de conclure avec des chansons aussi solides, au moment où l’on doit retourner chez soi… On avoue qu’on est un peu restés sur notre faim après ce spectacle. Ce n’est pas uniquement dû à l’ordre des chansons, mais aussi au fait qu’Emily n’ose pas chanter les refrains des compositions sur Meteora et Hybrid Theory. On comprend que la chanteuse ne veut pas effacer la contribution de Chester, mais lorsqu’on paye 300 $ pour voir un groupe, on s’attend à ce que la chanteuse performe toutes les paroles, et pas exclusivement ses compositions. Emily a toutefois prouvé qu’elle a de la voix, qu’elle peut crier, qu’elle est talentueuse et qu’elle dégage une attitude rock — des compétences essentielles pour être front woman de Linkin Park. Après une telle prestation, on se questionne pourquoi elle n’assume pas à 100 % son rôle sur scène.

Cependant, le public attendait avec impatience le retour du groupe à Montréal. La foule a saisi chaque occasion pour balancer les bras, applaudir ou s’époumoner en chantant les paroles. Bien qu’on relève quelques lacunes pour l’ensemble de la performance, on avoue que la nostalgie, l’énergie dans la salle et le band nous ont donné des frissons à plusieurs reprises. On conclut que le spectacle était bien, mais pas épatant. Après 11 ans sans visite et un billet à plusieurs centaines de dollars, on avait des attentes élevées. Linkin Park aurait pu prioriser différentes chansons, mieux penser la disposition de la scène et aurait pu modifier la setlist afin de préserver le momentum. Finalement, il faudrait dire à Emily qu’elle est belle, qu’elle est bonne et qu’elle est capable de chanter toutes les paroles des chansons, avant sa prochaine visite à Montréal.

 

Journaliste: Laurence Daoust

Crédit photo: photo de presse Linkin Park (Live Nation)