Tyler, The Creator, l’icône sans filtre Osheaga 2025 - Jour 2
Au début, cette année, je ne comptais pas aller à Osheaga. J’avais regardé la programmation partiellement et elle m’avait déçue. Puis, lorsqu’on a reçu le courriel pour les demandes d’accréditations, je suis retournée voir et j’ai dit oui dans la seconde. Le samedi, sur une des scènes principales, l’artiste programmé est Tyler, the Creator. Je suis obligée de parler du festival avant mais si j’avais pu, j’aurais fait un article seulement sur lui.
Je suis contente de me retrouver aujourd’hui pour danser à Jean Drapeau, n’ayant pas pris ma passe de Piknic, c’est la première fois que j’y viens cette saison. Le site est bondé, je ne me rappelle pas avoir eu cette impression l’année dernière. Par contre, en me baladant de scène en scène, je me rends compte qu’il y a des moments de « rien ». Certaines scènes sont vides, il n’y a pas d’artistes ou de musiques d’attente ce qui est dommage vu le prix des tickets ; ça enlève aussi un peu l’ambiance festival où il y a tout le temps quelque chose à voir ou entendre.
Vers 19h, je découvre Bbno$ sur la scène de la Vallée. Au moment où mon amie faisait une petite hypoglycémie, le rappeur canadien nous a requinqué avec son costume coloré et sa musique cadencée. Entre rap, dub, drum’n’bass, cris et animations scéniques psychédéliques, j’ai senti un peu de Marc Rebillet dans sa performance. Je ne connaissais pas cet artiste mais il est derrière pas mal de morceaux très streamés, comme edamame ou Lalala. On a pas mal dansé donc j’ai aimé le moment.
Chainsmokers enchaîne sur la scène juste à côté, alors nous n’avons pas à bouger. J’écoutais leurs sons qui passaient en radio quand j’étais adolescente. Je me rappelle avoir écouté Don’t Let Me Down très longtemps (et toutes les covers Youtube de cette chanson). Le ciel se couvre et la musique s’arrête 5 secondes après qu’ils aient lancé cette track. La pause a duré 20 minutes et on a décidé d’aller voir Tyler. Je n’ai donc jamais entendu en live cette chanson qui a été un des hymnes de mon adolescence.
On arrive à 21h20 devant la scène sur laquelle Tyler doit se produire. Lui est pas là mais y’a l’énorme bloc vert Chromakopia. Je suis un peu déçue car avec du recul, il fait partie des albums que j’aime le moins de Tyler. Mais c’est vrai que quand t’as une aussi grosse discographie, il faut faire des choix. Tyler est un artiste à personnages et une partie de moi se dit qu’il est normal de ne vouloir en incarner qu’un seul en concert, même en festival. J’aurais aimé qu’il fasse DON’T TAP THE GLASS mais l’album est sorti il y a 2 semaines, il ne doit pas avoir préparé de scénographie ou DA précise pour Osheaga.
Alors qu’on l’attend, mes pensées reviennent sur les presque 10 années d’admiration pour cet artiste. Je pense que je l’ai connu vers 2015, grâce à Tamale, sur l’album Wolf (2013). Je tombe de suite dans son univers. Cette année-là, il sort l’extraordinaire Cherry Bomb et c’est à ce moment précis que je comprends que Tyler, The Creator est un artiste unique. Il a une grosse voix, un flow qui va partout, il fait de la musique, s’y intéresse et surtout, prend des directions artistiques que personne d’autre n’ose même aborder. J’aimerai revivre le moment où j’écoute DEATHCAMP, ouverture de Cherry Bomb, pour la première fois et je l’entends poser sur du hard rock. I don’t like to follow the rules, dit le refrain, and that’s just who I am.
Ce qui devient rapidement mon motto. Toute mon adolescence, qui n’a finalement pas été très rebelle, Tyler m’a quand même aidée à construire un certain excentrisme. J’ai exploré ma personnalité grâce à lui et, à une époque où la reconnaissance de ses pairs est importante, j’étais fière de dénoter. En seconde, j’allais au lycée avec un gros baggy rouge et des chaussures transparentes Méduse (ce qui m’a valu un surnom par les plus grands) mais c’était pas grave car c’est quelque chose que Tyler aurait assumé. Alors pourquoi pas moi ? C’était le weirdo du coin et j’aimais cette image, je m’y retrouvais.
Tyler, The Creator représentait pour la moi adolescente un idéal de liberté. En assumant sa sexualité, ses paroles tranchées, ses looks et qui il était dans son entièreté. Je lui dois une grosse partie de ma personnalité, de mon humour, mes subtilités de langage, mon pseudo Instagram, mais surtout mon univers visuel et sans doute la voie que j’ai choisie. En fait, si j’assume tous mes choix, du plus petit (vestimentaire), au plus gros (choix de vie), je dirai que c’est en partie car j’ai été fan de Tyler à l’adolescence.
Y’a eu Flower Boy, que j’ai découvert en Espagne en 2017, IGOR, en 2019, qui est, je pense, mon album préféré de l’artiste, CALL ME IF YOU GET LOST, entre 2021 et 2023, sur lequel son personnage tient des influences françaises. C’est un homme qui n’a eu de cesse de m’impressionner, tant par sa musicalité pointilleuse que par sa créativité sans limite. Et malgré mon obsession adolescente, je ne l’avais jamais vu sur scène. Alors ce samedi 2 août à Osheaga, c’était un peu un jour sain pour moi.
La boîte verte Chromakopia devient rouge et affiche DON’T TAP THE GLASS. Je suis trop heureuse de le voir mais en plus de me dire que je fais partie d’un des premiers publics à écouter cet album en live. Je me sens chanceuse. Même si je suis très fan, je ressens pas le besoin d’être proche de la scène. Pour avoir fait beaucoup de concerts, je me sens mieux au fond, là où j’ai la place de danser. C’est comme ça que je voulais vivre ce concert.
Finalement il arrive sur Big Poe, il lance ensuite Sugar On My Tongue. Je réalise pas trop que je remue la tête à SON concert. C’est lui qui chante devant moi !!! J’attends Mommanem. Mais il barratine un truc et j’entends Rah Tah Tah, issue de Chromakopia au loin. Il va mixer les deux albums. Il est seul sur scène, pas de décor, juste le bloc coloré sur lequel il danse. Mais il assure. Il a pas de personnage, pas de masque, pas de costume. Ce n’est ni l’adulte St Chroma, ni le voyageur Sir Baudelaire, et encore moins Igor, l’alter-ego performatif. Sur cette scène, il est juste Tyler, The Creator et il en a marre qu’on filme tout. Son dernier album c’est une invitation à la spontanéité, à la danse, à la liberté. Dessus, il n’a pas de personnage fort, il invite à danser, pas à réfléchir.
Et dans cette démarche de spontanéité, Tyler a joué tous les sons qui ont fait sa carrière. Pendant une heure, on a traversé ses époques avec lui. Lumberjack, EARFQUAKE et ARE WE STILL FRIENDS?, et Who Dat Boy, entre autres, qui sont issus de tous les albums cites précédemment. Pour une première fois, je suis contente d’avoir tout entendu. D’avoir pu revivre beaucoup de sons qui m’ont marquée. Même sans personnage, il est incarné. Il chante souvent les yeux révulsés et quand il ne le fait pas, il danse ses paroles pour leur donner encore plus de poids. Je pensais être plus émotionnelle mais finalement, c’était assez léger dans mon cœur.
Comme il le dit lui-même, the biggest out the city after Kenny, that’s a fact now. Et pour moi, depuis Wolf, y’a pas de Big 3 mais juste un Top 1.
Journaliste: Léna Dalgier
Crédit photo: Tim Snow, Susan Moss, Production Novak (Photo de Presse Osheaga)
