Girl Power au FEQ 2025 Shania Twain + Maren Morris + Goldie Boutilier
Les Plaines d’Abraham avaient des allures de girl gang intergénérationnel ce samedi soir. Un line-up 100 % féminin, 100 % charismatique. D’un côté, une vamp rétro au grain de voix rauque, de l’autre, une étoile country US à la sensibilité à fleur de peau. Et pour clore le bal : la reine incontestée de la pop-country, Shania Twain, dans une forme resplendissante. Retour sur une soirée qui a tout balayé sur son passage, pluie d’émotions comprise.
C’est Goldie Boutilier qui ouvre la soirée, et elle ne fait pas les choses à moitié. Vêtue comme une héroïne sortie d’un film noir, elle enchaîne les chansons avec assurance, entre deux gestes théâtraux : une cigarette, un coup de peigne, un regard caméra imaginaire. Elle s’adresse au public en français avec un naturel charmant (c’est elle qui le dit), et s’amuse sur scène comme si elle rejouait un vieux clip MTV version cabaret.
Il y a chez elle un petit côté décalé qui fait toute la différence. Un brin provoc, un brin nostalgique, mais jamais dans la caricature. Sa voix, profonde et caractéristique, plane au-dessus des arrangements. Et ses musiciens suivent la vibe avec une joie évidente. Une entrée en matière à la fois singulière et très incarnée.
Maren Morris prend place sous les projecteurs, et le ton change aussitôt. Plus organique, plus enracinée. Celle que le monde a découverte avec The Middle dévoile ici l’essence même de son univers : un mélange de country traditionnel, de gospel et de blues, porté par ce grain de voix singulier qui traverse l’air comme une caresse brute.
Visiblement émue, elle confie que c’est sa toute première visite au Québec. Sa voix impose une sincérité qui transperce sans avoir besoin d’en faire trop.
Moment suspendu avec Carry Me Through, livrée les larmes aux yeux. Les téléphones s’allument un à un, créant une mer d’étoiles tremblantes. Maren craque un peu. Nous aussi.
Puis, changement de registre avec My Church, qui déclenche les premières vraies acclamations. Avant de la lancer, la chanteuse rend hommage à Shania Twain, qu’elle qualifie d’icône et de source d’inspiration majeure dans son parcours. La relève est humble. Et brillante.
Il suffit de son arrivée pour que les Plaines se transforment. Shania Twain débarque comme une star, mais s’adresse à la foule comme une amie. Dès les premières notes de Any Man of Mine, c’est l’explosion. Les cris, les pancartes, les chapeaux levés dans les airs : tout le monde est prêt à célébrer. Et c’est bien ce qui rend ce moment unique. Car ce soir, Shania Twain est la seule artiste de cette 57e édition à faire complet sur les Plaines d’Abraham. Un record symbolique, mais surtout une démonstration d’amour collectif.
Tout au long du spectacle, la chanteuse n’a cessé de parler au public en français. Des phrases simples, mais touchantes, livrées avec un sourire qui ne quittait jamais son visage. Elle n’est pas là pour jouer un rôle, elle est là pour rencontrer les gens. Elle les voit. Et ils le lui rendent bien.
La foule, dense et vibrante, réagit à chaque mot, chaque clin d’œil. Shania enchaîne les succès Giddy Up!, Whose Bed Have Your Boots Been Under?, That Don’t Impress Me Much et les moments de proximité sincère. Lorsqu’elle repère une pancarte dans la foule disant « J’ai attendu 20 ans pour danser avec toi », elle fait signe à la festivalière et la sécurité lui passe le chapeau pour le signer en direct, puis elle lui adresse quelques mots. La jeune femme fond en larmes. La légende est là, en chair, en voix, en bienveillance.
Mais le moment le plus émouvant reste sans doute celui partagé avec Marcel et Florence, un couple fêtant leur anniversaire de mariage. Shania Twain leur offre un cadeau inoubliable : From This Moment On, interprété a cappella, yeux dans les yeux. Silence sur les Plaines. Juste sa voix, claire et posée, et des milliers de cœurs suspendus à ses lèvres.
Côté production, tout était calibré, mais sans excès. Pas besoin de pyrotechnie tapageuse : la présence suffit. Sa voix, encore puissante, modulée avec maîtrise, a su porter l’émotion sans jamais forcer. Le public, conquis, chantait mot pour mot les classiques comme You’re Still the One ou Don’t Be Stupid (You Know I Love You), preuve que son répertoire a traversé les époques sans perdre sa magie.
Pas de rappel, l’heure avait tourné. Mais qui s’en soucie, quand chaque minute du spectacle a été livrée avec une générosité désarmante ?
En guise de bouquet final, la tornade féminine Man! I Feel Like a Woman a déclenché un tonnerre d’applaudissements, des cris d’euphorie et une danse en ligne improvisée sur toutes les sections des Plaines. Shania n’a pas seulement chanté : elle a rassemblé. Et ce soir, elle a prouvé qu’elle était bien plus qu’une icône. Elle est un phénomène vivant, et surtout, une artiste qui sait toujours, après toutes ces années, faire vibrer un public entier comme s’il ne s’agissait que d’un tête-à-tête.
Auteure et Photographe : Sandra Léo Esteves
