Du Vent et des Décibels : La Magie du Rock sur les Plaines Def Leppard + Extreme + Wyclef Jean + April Wine
Rock, pluie et ponchos survoltés aux Plaines
L’orage a frappé fort sur Québec en fin d’après-midi. La ville a essuyé une tempête aussi brève que violente, avec des bourrasques de vent, une pluie battante et des festivaliers en fuite temporaire. Pourtant, à peine le ciel apaisé, le flot humain a repris sa course vers les Plaines d’Abraham.
C’est April Wine qui a lancé les hostilités sur la scène Bell. Devant un public dégoulinant mais motivé, le groupe canadien a déroulé ses classiques avec assurance. L’ambiance était encore tiède côté foule, mais les riffs familiers du groupe ont permis de rallumer la mèche. Un premier set réconfortant comme une tape dans le dos après une douche froide.
Puis Extreme a pris la relève… et d’un coup, les Plaines se sont métamorphosées en machine à remonter le temps. Une esthétique totalement assumée avec bandanas noués, lunettes fumées, et bandeaux aux poignets. On était quelque part entre un bar de strip de L.A. et une pochette vinyle de 1988.
Mais il ne suffit pas d’un look. Il faut du son. Et du son, il y en avait. Dès les premières notes de It (It’s a Monster), le ton était donné. Les riffs claquent, les batteries cognent, Gary Cherone, le frontman, virevolte et occupe chaque centimètre carré de la scène comme s’il y jouait sa vie. Et au centre de tout ça : Nuno Bettencourt. Magnétique. Déroutant. Impossible à suivre du regard tant ses doigts défient toute logique. La veille, il était encore sur scène à Birmingham avec Black Sabbath. Ce soir, il faisait pleuvoir des solos.
Le groupe a enchaîné les morceaux avec l’aplomb de ceux qui n’ont rien à prouver. Decadence Dance, Rebel, Am I Ever Gonna Change, Play With Me. Puis une version rebondie et presque funky de Hole Hearted, qui a fait lever les bras même si personne ne semblait trop se souvenir des paroles. Gary Cherone, mi-souriant mi-moqueur, en a profité pour rappeler que leur tout premier disque d’or avait été décroché… au Canada. Subtil rappel à l’ordre.
Et puis, forcément, More Than Words. Le grand moment attendu. Les deux musiciens sont assis côte à côte avec cette émotion suspendue qui s’installe dès les premières notes. Le rythme était un brin plus lent que d’habitude, comme s’ils prenaient le temps de laisser chaque accord flotter un peu plus longtemps dans l’air humide. Les voix se frôlaient parfois sans se fondre tout à fait, mais qu’importe : le charme opérait. Il suffisait de regarder autour. Des visages tournés vers la scène, des souvenirs plein les yeux.
Pendant ce temps, sur la scène Loto-Québec, Wyclef Jean offrait un contrepoint tout en groove. L’ex-membre des Fugees a rassemblé une foule compacte avec ses plus grands hits, dont Hips Don’t Lie et Gone Till November. L’artiste a même pris la place un instant sur la console de son DJ, démontrant sa polyvalence et son aisance scénique. Dansante, et le sourire scotché aux lèvres, la foule s’est transformée en fête mobile, portée par la proximité avec ses fans qu’il sait instaurer. Une ambiance de feu, malgré le temps incertain.
Retour ensuite sur la scène principale pour le clou de la soirée : Def Leppard. La foule affluait encore, en masse. Beaucoup n’étaient venus que pour eux, rejoignant les rangs tardivement, bien secs, tandis que les plus fidèles, déjà trempés depuis deux heures, savouraient enfin leur récompense. Malgré une pluie encore bien présente par moments, l’énergie du groupe n’a pas faibli. Des titres cultes comme Some Sugar On Me ou Hysteria ont fait l’effet d’un bain d’adrénaline sur un public plus que conquis. Le groupe, fidèle à sa réputation, a livré un spectacle efficace et grandiose.
Cette soirée du 6 juillet aura prouvé qu’à Québec, la météo n’a jamais le dernier mot. Le rock, lui, sait comment rallumer le feu, même sous la pluie.
Auteure et Photographe : Sandra Léo Esteves
Photos de Def Leppard : Sébastien Dion
