Centre Vidéotron, 17 juin 2025

Mardi soir, le Centre Vidéotron vibrait comme un temple voué au culte du gros son. Les habitués s’y retrouvaient presque naturellement, entre bières levées et clins d’œil complices dans les gradins. Il y avait dans l’air cette excitation propre aux grands groupes. Three Days Grace et Volbeat se partageaient la tête d’affiche, précédés par un Wage War prêt à tout renverser.

Dès 19 h, dans l’ombre des deux géants, Wage War a fait irruption sans sommation. Pas de mise en bouche. Juste une tempête sonore qui a fait trembler les murs. Des riffs tranchants, une présence brutale, une énergie impossible à contenir. Le genre de prestation qui te cloue sur place. Wage War a réussi à prouver que le metalcore a sa place même devant un public majoritairement conquis par des sonorités plus accessibles. Même si ce n’était pas le public cible, les têtes ont bougé, les poings se sont levés.

Après une courte pause, place aux Danois. Volbeat a enchaîné avec une ambiance toute autre. Moins sauvage, mais plus dansante, plus structurée, avec ce grain unique qui mêle métal, rockabilly et country déglingué.

Michael Poulsen, en chef de meute rodé, a offert un tour d’horizon généreux de leur répertoire. Shotgun Blues, Still Counting, The Devil’s Bleeding Crown, Sad Man’s Tongue, For Evigt… La salle en redemandait.

Les extraits du nouvel album God of Angels Trust ont bien passé, en particulier l’étrange – prenez un grande goulée d’air avant de le prononcer –  In the Barn of the Goat Giving Birth to Satan’s Spawn in a Dying World of Doom, improbable ovni country aux relents sombres, mais redoutablement efficace sur scène. Québec connaît Volbeat, les aime, et le leur a fait sentir.

Mais à 21 h 40, tout a basculé. Encore.

Three Days Grace est monté sur scène avec Adam Gontier en tête de file. Premier cri, première note, première déflagration avec Animal I Have Become. Un retour attendu, et surtout, une présence intacte. Il n’a pas fallu plus de quelques secondes pour comprendre que la magie opérait encore.

Matt Walst, toujours en place, l’a rejoint sans accroc. Les deux voix se sont entremêlées sans lutte d’ego. Juste deux artistes qui avancent dans le même sens. Pendant que Barry Stock assurait à la guitare avec son calme habituel, la salle répondait au quart de tour, debout, les bras en l’air, prête à vivre chaque morceau comme un cri du cœur.

La reconnaissance d’Adam envers le groupe n’était pas feinte. Il a pris le temps de saluer Walst, de souligner la fidélité de ses comparses, et de remercier ceux qui ont tenu la flamme pendant son absence. L’ovation qui a suivi parlait d’elle-même.

Puis les classiques se sont enchaînés : Break, Home, Pain, Time of Dying, Just Like You, The Good Life, Never Too Late. Une pluie de hits sans temps mort. Et le moment de grâce : I Hate Everything About You, repris à l’unisson par un Centre Vidéotron en transe.

Après Mayday, la lumière s’est tamisée. Adam est revenu seul. Guitare en bandoulière, voix posée. Rooster (cover de Alice in Chains) a résonné comme un hommage.

Avant de quitter la scène, Matt Walst n’a pas résisté. Il a plongé dans le pit pour un bain de foule express, spontané, instinctif. Une dernière accolade avec un public conquis.

Seul bémol : les sièges dans le parterre. Le genre de configuration qui coupe les jambes à ceux qui veulent vraiment vivre le show. Mais à l’avant, c’était une autre histoire. Ça vibrait, ça sautait, ça chantait. Comme il se doit. Révérence à vous, chers métalleux.

Ce soir-là, Three Days Grace n’a pas simplement enchaîné les tubes. Ils ont rallumé une flamme. Et Québec a répondu avec toute l’intensité qu’on lui connaît. Une ville qui ne se contente jamais d’être un arrêt de tournée. Tu es la ville du rock, ou tu ne l’es pas. Et les artistes nous ont servi une tripe dose de métal. 

Auteur et Photographe : Sandra Léo Esteves