Rio Loco 2018 – J2 @ La Prairie des Filtres (Toulouse)
Vendredi 15 Juin – Deuxième journée au Rio Loco qui s’annonce très prometteuse au vu des belles surprises de la veille. Nous avons déjà eu notre premier coup de cœur avec Meute, et l’on espère en avoir de nouveaux dès aujourd’hui. Mêmes conditions météorologiques très instable mais nouveaux groupes donc : on vous dit tout sur Thorium !
Arat Kilo avec Mamani Keita & Mike Ladd
Comme la veille (et le lendemain), le début des concerts est donné à 18h30 sur la scène secondaire. Au programme : Arat Kilo avec Mamani Keita & Mike Ladd. Arat Kilo est un groupement d’artistes de Paris proposant, autour d’une composition mêlant cuivres, guitare, basse et batterie, un éthio-jazz assez singulier. Mais ce qui nous a frappé à notre arrivée, c’est surtout la prestance des deux “invités” qui, en réalité, ont l’habitude de tourner avec le groupe français. En premier lieu, Mamani Keita a fait parler sa technique vocale pour apporter, il nous semble, beaucoup de relief sur des morceaux comme Dia Barani ou Angafali. Un véritable enthousiasme sur scène est venu peaufiner sa prestation remarquable. Mais la chanteuse malienne était accompagnée, dans un choc des cultures, avec le crooner Mike Ladd. Une voix très légèrement éraillée, un effet de saturation et un spoken word/show à l’américaine ont apporté quelque chose d’unique (et, il faut le dire, d’inattendu) pour un spectacle finalement assez complet, de même que la complicité des deux chanteurs et les soli de cuivres. Comme hier, on est rentré dans cette deuxième journée par le meilleur des moyens possibles.
Bachar Mar-Khalifé
Deuxième groupe et déjà notre coup de cœur du jour qui répondra donc au nom de Bachar Mar-Khalifé. Coup de cœur musical déjà, avec ce quatuor parfaitement équilibré entre poésie (notamment du piano) et puissance qui nous a prit aux tripes. Mais coup de cœur artistique aussi pour le batteur, Dogan Poyraz ! Rares sont les artistes qui vivent leur musiques à ce point, mais lui possédait en plus une technique incroyable. Cela a du vous arriver de voir des musiciens captivants au point de pouvoir fixer leurs gestes durant plusieurs minutes : Dogan en fait partie. En contrepoint de la douceur du piano, il apportera une puissance remarquable, accompagnée parfois par la voix de Bachar. Le groupe franco-libanais n’a visiblement pas fait que des émules dans le public, mais ont tout de même reçu un bel hommage de ce-dernier. Au delà de l’écouter sur Internet, c’est un de ces groupes à voir en live car leur prestance et la qualité sonore ajoute un intérêt énorme à leur production ; et nous sommes bien contents de les avoir découvert ici.
Ebo Taylor
Quelle énergie et quelle prestance encore une fois. Un des piliers de l’afrobeat, le guitariste ghanéen Ebo Taylor, a fait parler son talent pour le premier concert de la grande scène ce soir. Entouré de ses 7 musiciens, il proposera ce soir un show au style complexe, mêlant groove, jazz et autre funk. Malgré ses 82 ans, l’énergie et le feeling sont toujours là, et feront danser tous les locos du public.
Delgrès
On retraverse une énième fois cette Prairie des Filtres (qui ce weekend nous paraît infinie) pour aller découvrir sur scène le blues bien ficelé de Delgrès. En hommage à Louis Delgrès (résistant contre le retour de l’esclavage sous Napoléon), on découvre des paroles engagées, mêlant conviction et soif de liberté dans un langage parfois français, parfois créole. Evidemment, la prestance et la hargne de Pascal Danaë (chanteur et guitariste du groupe) ajoutera une dimension supplémentaire à ces textes, de même que le soubassophone y apportera du relief. Le mélange culturel entre le créole et ce blues héritier de la Nouvelle-Orléans fait de Delgrès un groupe tout à la fois parfaitement adapté à l’âme de Rio Loco tout en lui donnant un côté singulier : une bonne découverte en somme.
Kokoko !
Groupe phare de cette deuxième soirée, Kokoko! est un alien musical. Sans se risquer sur un quelconque genre tant leur musique dépasse les frontières, la surprise principale reste que leurs instruments sont tous issus de système D et de recyclage ; entre boîtes en plastique et conserves. Le descriptif de Rio Loco nous en apprend plus : “L’idée ? Pouvoir continuer à jouer leur musique de club pendant les coupures de courant, fréquentes sur l’avenue Kato, leur fief au cœur du ghetto de la capitale congolaise.” Mais au delà de cette singularité, la musique en elle-même est assez originale. Indescriptible et alternative, elle n’a pas réussi à nous emballer; mais le groupe tout vêtu de combi jaune n’en reste pas moins fascinant, tant dans leur façon d’être que dans les instruments utilisés. Une curieuse découverte donc, qui sans nous avoir transcendé musicalement a aiguisé notre curiosité.
Altin Gün
Parallèlement et pour finir, on se rue vers la scène secondaire pour découvrir le groupe turco-hollandais Altin Gün. Un drôle de mélange qui fera de leur musique une singularité très intéressante. On retrouve quelques intonations de rock mais aussi de chansons traditionnelles turques, portées notamment par le saz (instrument s’assimilant à un luth et tirant ses origines de l’Anatolie et de ses régions voisines) d’Erdinc Yildiz Ecevit. Accompagné d’un piano aux sonorités orientales, leur live est musicalement très riche et on se laisse prendre quelques temps au voyage. Sur scène, sans grands mouvements, on y découvre tout de même un bel enthousiasme qui facilite le partage d’une culture malheureusement trop méconnue. Si jamais, leur tout nouvel album On (sorti le 30 Mars dernier) pourra vous faire découvrir plus en avant ce groupe qui mérite selon nous une écoute attentive.
Une deuxième journée fidèle à la première donc. Des coups de cœur, des curiosités et un temps capricieux mais finalement assez clément en ont fait une soirée typique de ce festival si particulier. Vivement demain qui s’annonce comme LA grosse soirée de cette édition 2018.
Photos et rédaction : David Vacher