Vendredi 06 Avril – C’est l’un des grands événements sur Toulouse ce mois-ci : Jeff Mills revient auprès de l’Orchestre nationale du Capitole deux ans après sa première venue. L’occasion de donner une conférence (dont nous vous parlions ici) ainsi que trois représentations à la Halle aux grains avec un projet particulier : unir l’électro, la musique orchestrale et la thématique de l’Espace.

20h sonne dans une Halle aux Grains très remplie. Un peu de retard s’annonce, nous donnant l’occasion de parcourir le carnet distribué qui présente les différents protagonistes à qui l’on doit la réalisation. 5 hommes, 5 artistes d’univers initialement assez différents pour un projet commun : Lost in Space. Christophe Mangou à la direction, Sylvain Griotto aux arrangements, Yves Pépin à la scéno, Prabhu Edouard au tablā et Jeff Mills aux platines. Continuant de tourner les pages, on découvre quelques lignes sur l’essence du projet d’aujourd’hui, que l’américain qualifiera “d’excursion musicale exotique vers l’inconnu”. On y retrouve aussi l’idée de reconnaissance, “l’auditeur [devant perdre] son sens du placement et du point de référence au fur et à mesure que le voyage se déroule”. D’entrée donc, nous savions que le concert de ce soir serait une véritable expérience à part, unique aussi.

1/4 d’heure voire 20 minutes sont passés lorsque les lumières se tamisent. La partie cordes rentrent en scène suivie d’assez près par Jeff Mills et Prabhu Edouard. On va être honnête : nous avons été un peu décontenancés par ce qui nous a été présenté. Peut-être avions nous de mauvaises perspectives, la thématique de l’espace nous laissant imaginer avant le spectacle une atmosphère très ambiant à la Hans Zimmer. Il n’en sera rien. En vérité, nous ne saurions ici parler d’une atmosphère mais plutôt d’une succession de couches sensorielles dont la principale nous a semblé celle de l’inquiétude, du soupçon. On le sait, Jeff Mills est un fin producteur et connaisseur de musiques filmiques, et nous le ressentons très rapidement dès le début du show. Mais l’enchaînement nous laisse perplexe, comme si nous passions d’une planète à l’autre pour visiter l’inconnu. Le tablā, maîtrisé à la perfection par Prabhu Edouard, vient y donner des sonorités orientales ; les samples de Jeff Mills un côté made in Détroit. Tout cela semble décousu, rythmiquement assez étrange aussi et nous abandonnons vite l’analyse musicale pour se laisser bercer sur le flot. La scénographie aide beaucoup, jouant de lasers pour reconstituer d’abstraites constellations sur les murs et la voûte de la Halle. Si nous devions caractériser notre ressenti propre, disons qu’elle ressemblait à un yoyo, où tantôt nous entrions dedans pour de notre plus grand plaisir, tantôt nous restions perplexe devant l’originalité de la production. En tout cas, l’expérience – qu’elle soit musicale ou sensorielle – valait le détour avec une faculté d’immersion assez étonnante. Et si vous avez raté cela, soyez consolés : le concert est à revoir sur Arte Concert juste ici.

 

Photos : Patrice Nin
Rédaction : David Vacher