Yes fait partie des groupes légendaires qui ont marqué l’histoire du rock. Qui n’a pas chanté au moins une fois dans sa vie l’intro de Owner Of A Lonely Heart ? Sûrement un des riffs de guitare les plus célèbres. Ce groupe de rock progressif anglais a été fondé en 1968 et gagne ses lettres de noblesse au début des années 70 avec Fragile (quatrième album, sorti en 1971, double disque de platine). On peut aussi noter la collaboration du graphiste Roger Dean (illustrateur anglais, qui a grandement participé à l’imagerie du groupe durant cette décennie). Comme Fragile pouvait l’indiquer à l’époque (traitant autant de la fragilité de la planète que de celle du groupe), Yes se sépare fin des années 70, pour renaître de ses cendres, début des années 80, avec quelques changements de line-up. En 1983, sort 90125, album triple disque de platine. Les chansons sont plus courtes, contrairement aux pièces écrites dans les années 70 qui duraient plus d’une vingtaine de minutes. Owner Of A Lonely Heart sera leur premier titre qui va graviter dans les meilleurs classements internationaux (notamment aux États-Unis où il sera numéro 1). Le groupe se scinde en deux formations en 1989, une, résidant aux États (Yes east), l’autre, en Angleterre (Yes west). En 1991, les deux bands fusionnent pour un treizième album de Yes : Union. Suivront une dizaine d’albums et de tournées internationales.

Oui, ce soir au théâtre Saint-Denis, se trouvent sur scène trois anciens membres de la formation. Trévor Rabin (63 ans, multi-instrumentiste, compositeur de musique de film et chanteur qui a collaboré avec Michael Jackson, Frankie Goes To Hollywood, Seal, Tina Turner, Foreigner pour ne citer qu’eux). Il a une chevelure chimiquement brune et arbore un éclatant sourire durant les deux heures du concert, toujours aussi véloce dans ses rythmiques aux sons clairs et tranchants contrastant avec ses réverbes limpides et ses solos de guitare saturés et harmonisés. En plus des cœurs qu’il partage avec les autres membres du groupe, il chante en lead dans Changes. Jon Anderson (73 ans, chanteur qui a collaboré avec King Crimson, Vangelis, Mike Oldfield, Tangerine Dream, il est aussi ami avec le peintre Marc Chagall) dont la voix n’a rien perdu et est toujours aussi juste et riche dans les aigus, joue aussi avec beaucoup de délicatesse et de finesse, de la harpe celtique, des tingshas  ainsi que du tambourin dans quelques passages ambiants. Le dandy Jon a beaucoup de prestance et une grande complicité avec ses musiciens derrière qui, il s’efface lors des moments instrumentaux, même s’il prend de temps à autre une guitare acoustique qu’il utilise à peine. Rick Wakeman (68 ans, claviériste et compositeur de musique de film, a collaboré avec David Bowie, Cat Stevens, Elton John, Lou Reed, Black Sabbath, Ozzy Osbourne) est entouré de ses claviers vintages, vêtu d’une cape à paillettes ouverte sur son embonpoint, tel un super-héros à la préretraite ou une divinité dotée de pouvoirs ultra mélodiques et d’un sens de la mesure composée à faire pâlir un joueur de tabla tarang! Non, le fait que Cinema, premier morceau joué lors du concert, ait été sacrifié pour faire la balance de son et qu’on puisse enfin entendre la voix de Jon Anderson, n’aura démotivé personne, ni dans l’audience, ni sur scène, où on l’aura vu se démener avec élégance pour faire signe aux techniciens puis demander au public si on l’entend bien. Oui, Trevor armé de sa guitare et Rick, alors épaulé de son clavier à sangle, vont nous gratifier d’un bain de foule en traversant le public pour terminer leur duel de solo derrière les consoles de son et lumière pour revenir sur scène avant de la quitter jusqu’à l’unique chanson de rappel (Roundabout). Oui, le fait qu’il n’y ait pas de groupe de première partie mais que le son du koto et les lumières mauves en tâches, sur le fond de scène en demi-cercle, a préparé le public à une ambiance et à l’ouverture, presque ponctuelle, du concert. Non, nous n’avons pas eu droit ce soir à un Bill Bruford (qui a enregistré autant d’album avec Yes qu’avec King Crimson et a collaboré avec Allan Holdsworth, Genesis et BrandX) derrière les fûts. C’est Lou Molino III (Cock Robin, Aka, vieil ami de Trevor Rabin) qui tient les baguettes et fait le travail même s’il se perd à plusieurs reprises, en voulant trop en mettre, dans son solo de la partie finale de  Owner Of A Lonely Heart, ce qui fait sourire ses comparses et va apporter un petit moment de chaos musical inattendu, rattrapé avec brio en enchaînant Sunshine Of Your Love du groupe Cream. Oui, nous avons un bassiste fiable et fidèle aux lignes mélodieuses, robustes et rondes, originelles. Lee Pomeroy (multi-instrumentiste, Archive, It Bites) assume la lourde responsabilité de tenir plectre et Rickenbecker à la place du très regretté Chris Squire, qui aura été le seul à avoir joué du début du groupe qu’il a fondé, en suivant et en évoluant avec toutes ses formations jusqu’à sa mort en 2015! Oui, le duo rythmique est d’une efficacité exemplaire, mais c’est bel et bien le trio de dinosaures portant les trois lettres de l’adverbe marquant un accord, que l’audience est venue voir, écouter et acclamer.

Oui, le public, majoritairement quinquagénaire, venu très nombreux, a été comblé par beaucoup de générosité et de vitalité. Oui, Trevor Rabin est venu s’arrêter dans la foule pour saluer cette dame, octogénaire, en fauteuil roulant, qui n’a pas pu être aux premiers rangs. Celle-ci va se souvenir de ce concert ainsi que du baise-main qu’elle a pu faire à la main droite de son idole pendant qu’il continuait son solo en legato de la main gauche!

Auteur: Ousman N’Dong

Photographe: Romy Del Signore

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