03 The Wailers29 avril 2015 – Ce soir je me rends au Bikini pour assister au concert de The Original Wailers. J’écarquille les yeux quand je vois cet immense vide, c’est une trentaine de personnes tout au plus qui s’est rassemblée dans la salle.

Le Bikini est plongé dans le noir aux alentours de 20h45, c’est Rootwords qui ouvre les hostilités. Le jeune rappeur se produisait ici-même 6 jours plus tôt en première partie de Groundation. En dépit de cet espace vide, Julio M. Nkowane se lance, accompagné par son Dj. Julio, c’est un mec simple (il n’y a qu’à voir son t-shirt tout froissé pour comprendre qu’il ne se prend pas la tête) qui parle au public comme à ses potes et invite les gens à se rapprocher « je n’oublie pas les visages moi » dit-il. Né aux Etats-Unis, d’origine zambienne et résident suisse, son hip-hop underground se veut multiculturaliste et engagé. Rootwords livrera des titres aux sonorités variées: un peu de reggae avec Freedom Of Speech, du pur hip-hop avec Keep On et des sons électro et dub avec Reprezent. Son flow n’est pas mauvais et sa bonne humeur communicative, le public suit le mouvement. J’ai un peu de mal avec ce style et le son exagérément vrombissant me donnant la sensation d’être dans un remake de Fast & Furious, postée à l’arrière d’une voiture tunnée aux baffles explosives comme avec All Good : « vrouhh vrouhh, breathe step, move step, inhale, exhale…vrouhh vrouhh ». Qu’on aime ou pas sa musique, il faut reconnaître que c’est un personnage sympathique et généreux.

La scène est débarrassée et c’est  à 21h50, que, bien tranquillement, The Original Wailers s’installent. Le set démarre avec trois titres légendaires, I Shot The Sheriff, Get Up Stand Up et Could you be loved. Le ton est donné, ce soir nous allons faire un voyage ensoleillé dans le temps, un retour aux racines du reggae. Le public est maintenant plus nombreux, du jeune, du vieux, du rasta, du classique, à cet instant on ne fait pas de différence, nous sommes tous réunis pour partager un bon moment en musique. L’excellent guitariste Al Anderson, qui a joué aux côtés de Bob Marley, continue à faire vivre ce reggae authentique, le roots rock. Le grand Chet Samuel assure le chant et la guitare rythmique, son grain de voix est sublime, chaud et légèrement éraillé. Le synthé s’emballe et se met à grésiller, mais il en faudra plus pour déconcentrer Noel, à fond. Les techniciens s’activent pour résoudre le problème, tout rentre dans l’ordre et les reprises de Bob s’enchaînent, Stir It Up, Buffalo Soldier, Exodus, Easy Skanking, Hypocrites… mais le groupe jouera également des titres de Chet comme Makes Me Want To et Never Easy. L’ambiance générale s’apparente à une petite fête entre potes, on danse, on chante, on s’échange des regards complices et des sourires, c’est fort agréable. Il faut dire que The Original Wailers tous souriants nous transmettent leur bonne humeur à travers leur musique chaleureuse, je crois qu’ils nous ont même apporté un peu de soleil made in Jamaïca! Le son est bon et le jeu de lumière épuré, juste ce qu’il faut. Nous aurons, pour notre plus grand plaisir le droit à des démonstrations et solos ultra techniques de la part de chacun des musiciens. Noel Akien nous balance du skank et malgré son rôle de claviériste, sans cesse en mouvement, on dirait qu’il monte des marches invisibles, il est trempé! Après Jammin‘, Omar Lopez nous offre un solo de basse impressionnant, accompagné de son petit déhanché sexy. 23h00, c’est l’heure du rappel. Al Anderson revient seul. Le son de sa Gibson retentit, c’est beau mais certains irrespectueux se mettent à parler si fort que cet instant magnifique est presque gâché (il en fera d’ailleurs la remarque). Chet Samuel, nous caresse de sa voix suave, et nous gratifie de quelques pas de danse. Encore deux morceaux dont Redemption Song et un solo de batterie endiablé, mené de main de maître par le très bon Howard Smith, le rythme il l’a clairement dans la peau. Un final aussi ardent qu’un feu d’artifice.

Plus d’une heure et demie de show, dans une ambiance familiale. The Original Wailers ont réchauffé les cœurs et réveillé l’âme de Bob Marley le temps d’une soirée. Des musiciens talentueux et hyper généreux qui viendront se mêler à nous à peine la lumière rallumée. Bercée par la musique de Bob quand j’étais petite, ce soir, j’avais à nouveau 4 ans.

Auteur: Fanny Dudognon

Photo: David Torres

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