Deux militantes du groupe féministe russe Pussy Riot, Maria Alekhina et Sasha Bogino, étaient de passage au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts le 9 novembre pour un entretien avec George Stroumboulopoulos. C’est un événement fort intéressant et qui tombe pile au bon moment pour parler de politique: le lendemain de la triste élection présidentielle américaine.

C’est dans une ambiance intime que la foule prend place sur la scène de la salle, plutôt que dans le parterre habituellement réservé au public. La soirée débute avec la projection d’un extrait d’un film documentaire sur le groupe: mise dans le contexte de leurs premières protestations à Moscou en 2011, qui prennent la forme de performances artistiques publiques et jugées illégales par le gouvernement russe. Deux membres de Pussy Riot (Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova, une des fondatrices du groupe) ont été emprisonnées en août 2012 suite à une protestation contre l’élection de Vladimir Poutine qui eut lieu sous forme de concert punk le 21 février 2012, à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. ”Mère de Dieu, chassez Poutine!”, ont-elles crié haut et fort durant leur performance dans la cathédrale. Elles orchestrèrent cette protestation en guise de révolte à la diffusion nationale d’un message télévisé, en direct de l’église en question, du Patriarche Russe Orthodoxe de Moscou qui encourageait la population à aller voter pour Vladimir Poutine quelques jours avant son élection. Après presque deux ans dans un camp de travail en Russie, Tolokonnikova et Alhekina ont été libérées à la fin de décembre 2013.

Les deux jeunes femmes et leur agent Sasha accompagnent leur discussion avec George Stroumboulopoulos d’images et de vidéos de divers protestations. Plusieurs sujets sont abordés, notamment leur opinion sur Trump et sa récente élection, la scène artistique russe à l’époque du communisme (qui semble-t-il était beaucoup plus ouverte et moins réprimée qu’actuellement), les conditions des prisonniers en Russie ainsi que du quotidien dangereux et extrêmement censuré que connaissent les journalistes en Russie.

Maria Alekhina explique que Poutine et ses congénères, étant des ex-membres du KGB, répriment et condamnent leurs protestations, ainsi que toute forme de liberté d’expression par peur de la révolution du peuple. Sasha Bogino renchérit en expliquant qu’elle est venue à se joindre au mouvement Pussy Riot après avoir rencontré Nadejda Tolokonnikova, avec qui elle travaillait comme journaliste. Selon elle, le journalisme est le medium le plus efficace pour dénoncer le système cynique et horrible qui règne en Russie et pour inspirer les générations futures à combattre l’oppression du gouvernement. Dénoncer la corruption, les conditions inhumaines des détenus dans les prisons (qui sont utilisés comme main d’oeuvre à peine payée quelques dollars par mois pour coudre des uniformes à la police et à l’armée russe), d’innombrables meurtres et agressions de journalistes ou activistes, l’image et les conditions des femmes en Russie: voilà ce que représente Pussy Riot.

Sasha et Maria concluent en déclarant que n’importe qui dans le monde peut se joindre à Pussy Riot, que la force du mouvement dépend directement de son nombre grandissant de participants pour dénoncer la censure, la corruption, le bafouement des droits des journalistes. George Stroumboulopoulos laisse ensuite la foule curieuse poser quelques questions aux deux jeunes femmes pour mettre fin à l’entretien.

Auteure & Photographe: Sophia Khmil

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