katatonia_2016

Mercredi 12 octobre 2016 – Une fois encore, le sud-ouest de la France se voit privé d’une magnifique date avec, à l’affiche Katatonia, Agent Fresco et Vola. Pas question de faire l’impasse là-dessus, on décide donc de s’enfiler les quelques 400 kilomètres qui nous séparent de Barcelone. Après maintes péripéties et une arrivée sous la pluie battante, nous voilà enfin aux pieds des escaliers en taule du Razzmatazz 2. Enfin !

C’est qu’il était temps d’arriver car, à peine avons-nous franchi les portes de la salle que les membres de Vola délivrent les premières notes de The Same War.
Le groupe, qui s’inscrit dans la vague de metal progressif moderne, nous arrive de Copenhague et va nous livrer quelques titres de l’album Inmazes, récemment réédité chez Mascot Records. Je dis quelques mais c’est tout de même 7 des 10 morceaux présents qu’Asger Mygind (guitare et chant), Martin Werner (claviers), Nicolai Mogensen (basse) et Felix Ewert (batterie) vont jouer ce soir.
La salle est déjà bien remplie mais j’arrive tout de même facilement à me glisser et m’approcher de la barrière. Le quatuor enchaîne avec Starburn. On se laisse facilement transporter par les nappes atmosphériques qui s’échappent du clavier et ce rythme lent, envoûtant. Le son de basse est bien dense, et le chant tout simplement divin. Ce titre est tout en variations, la douceur mélodieuse contraste parfaitement avec les parties plus agressives mises en exergue par la vélocité des riffs et les cris du chanteur. C’est d’ailleurs dans ce jeu de nuances que brille Vola, ils maîtrisent les modulations, passant fréquemment d’une ambiance aérienne à une autre beaucoup plus violente. Quel incroyable titre que Owl avec son départ en force, aux sonorités carrément djent qui évolue vers un rock prog plus tempéré, ses envolées mélodiques et cette fin presque vola-tile. Certains reprochent au groupe de trop s’inspirer de Meshuggah sur les plans de guitare, mais tous les artistes ont des références non ? A mon sens, les danois ont vraiment leur propre style et arrivent parfaitement à jongler entre technique et émotions sans jamais lasser l’auditoire. Post rock, metal progressif, djent, jazz, ainsi que quelques break électro… ils puisent mais ne s’épuisent pas. De plus, la voix d’Asger est sublime, aussi puissante que fragile et débordante de sensibilité. Emily, Gutter Moon, Stray The Skies… le voyage en compagnie de Vola touche déjà à sa fin. Quelle belle entrée en matière !

Petit changement de plateau pendant que la foule continue d’affluer. Place maintenant aux islandais d’Agent Fresco. La bande, qui évolue dans un style alternatif oscillant entre post rock, metal progressif, art-rock, math-rock voire même pop… s’est formée en 2008 et réalisait son troisième album Destrier en 2015. Les musiciens prennent place. Posté devant son clavier, Þórarinn Guðnason plaque les premièrs accords mélodieux d’Anemoi. Arnór Dan Arnarson prend son micro et nous enveloppe aussi de sa voix si délicate, qui n’est pas sans rappeler celle de chanteur tel qu’Einar Solberg (Leprous). Un premier morceau hypnotisant qui laisse présager un autre beau voyage, en terre islandaise cette fois-ci. Þórarinn attrape ensuite sa guitare, l’intensité va aller crescendo avec des titres beaucoup plus rentre-dedans comme l’impétueux He is Listening. Nous avons face à nous de véritables passionnés, ça se voit, ça se sent. Les gars remuent dans tous les sens, Vignir Rafn Hilmarsson fier les cordes de la basse, synchronisant les mouvements de son corps avec ses eurythmies spasmodiques. A côté de lui, Arnór est totalement habité, se mouvant sans retenue et alternant entre ce chant clair presque cristallin et cris saisissants. Le guitariste, n’est pas en reste pendant qu’à l’arrière, Hrafnkell Örn Guðjónsson frappe ses fûts avec une fougue et une précision incroyables. L’homme à la tignasse manie les baguettes à la perfection, gérant les variations rythmiques ultra complexes avec brio. Il y a de nombreux fans qui s’époumonent dans la salle, la foule est d’ailleurs bien dense et les gens sont captivés. L’univers musical d’Agent Fresco est assez particulier tant les changements de styles entre les compositions sont radicaux. Est-ce qu’ils se cherchent où est-ce un réel choix ? En tout cas, à Barcelone, la sauce prend et les islandais nous embarquent totalement. Pyre et Bemoan, tous deux extraits du dernier opus, sont fabuleux et permettent d’apprécier la délicatesse et la justesse du chanteur. Le set s’achève sur A Long Time Listening à la cadence tumultueuse, les musiciens se lâchent jusqu’à la dernière note. Une autre superbe prestation qui m’aura collé les frissons.

Ultime entracte, dehors il pleut toujours mais il fait très chaud dans le Razzmatazz, les catalans sont venus en nombre et ça fait plaisir.
Il est l’heure d’accueillir la tête d’affiche du jour, Katatonia. Cela fait maintenant plus de 25 ans que le groupe suédois a germé, créé par les deux artistes Jonas Renkse et Anders Nyström. Avec 10 albums au compteur, dont le dernier The Fall of Hearts, Katatonia fait son grand retour et écume les salles et festivals depuis le début de l’année. Le style d’abord très doom, gothique s’est vu évoluer vers un metal techniquement plus complexe et plus progressif. Nous avions eu la chance d’assister à leur belle mais trop courte prestation au Hellfest l’été dernier, et j’avais malheureusement fait l’impasse sur celle du Summer Breeze, découragée par les trombes d’eau. (A croire que leur musique ne s’apprécie que sous la pluie). Ce n’était que partie remise, le jour-j est arrivé, nous sommes impatients de les redécouvrir en live et cette fois, dans des conditions optimales.
La pénombre s’installe et la tension est palpable dans le public, les yeux sont rivés sur la scène brumeuse qui se teinte d’une lumière bleutée. Les clameurs retentissent alors que les musiciens prennent place sur les planches. Daniel Moilanen s’installe derrière sa batterie, les deux guitaristes Anders Nyström aka Blakkheim et Roger Öjersson apparaissent aux côtés du bassiste Niklas Sandin. Les notes de Last Song Before the Fade, tirée du dernier album, s’élèvent et le chanteur Jonas Renske débarque, acclamé par la foule.
Le son impeccable et les superbes les lights posent l’ambiance, les nappes synthétiques de Deliberation et la magnifique voix de Jonas s’infiltrent dans nos oreilles tel du velours : « So when you let me in, you let me justify… my own reward… ». Deux morceaux et je suis déjà complétement absorbée par la musique mélancolique et ensorcelante de Katatonia. C’est magique. On pourrait reprocher l’utilisation de samples, et non pas d’un vrai clavier, mais les musiciens présents font tellement bien le job que l’on passe rapidement outre ce détail. Premiers frissons sur Serein. Les suédois nous proposent une setlist variée et complètement différente de celle entendue au Hellfest, allant piocher dans toute la discographie. Le groupe nous balance tout un panel d’émotions qui suintent au fil des morceaux : tristesse, colère, angoisse, désespoir, sérénité… Voilà tout ce qui ressort des titres tels que la troublante Dead Letters et ses riffs épais (Dead End Kings), la douce Teargas (Last Fair Deal Gone Down), la torturée Criminals (Viva Emptiness) ou encore la subtile Saw Your Drown et ses parties jazzy (Discouraged One). Comme toujours, les musiciens jouent parfaitement bien, c’est super carré. Le duo de guitares Blakkheim/ Öjersson est divin, les mélodies résonnent merveilleusement entre les quatre murs du Razz’. Moilanen assure comme un chef également, opérant les nombreux changements de rythmes (Serac en est un très bon exemple) avec fluidité. Une rythmique complexe, doublée par la basse de Sandin qui apporte juste ce qu’il faut de densité. Tout est calé au millimètre. Renske, encadré par les lumières rougeoyantes, se cache toujours derrière sa longue tignasse brune mais, cela ne l’empêche pas pour autant de communiquer avec le public. Un public réellement captivé par le show.
La noirceur glaciale des propos de Katatonia sera paradoxalement contrastée par la chaleur des spectateurs qui applaudissent avec enthousiasme entre chaque titre. Il faut dire que le quintet nous sert un mets de choix et je me délecte de chacune des compositions tant le choix est parfait. Evidence, Soil’s Song, Old Heart Falls… Puis, Leaders, oh lalalala ce titre en live, c’est une tuerie monumentale ! (bon les autres aussi, oui et alors ?) Quelle puissance ! Vient le combo In The White/Forsaker ou le sommet de la vénusté.
Les membres de Katatonia s’éclipsent. Quoi ? Mais non revenez ! Bien évidemment les clameurs ne seront qu’une excuse pour amorcer le rappel que l’on attendait tous.
Jonas et ses confrères reviennent pour un final majestueux avec les trois bijoux que sont My Twin, Lethean et July. Une énorme baffe, les suédois nous mettent K.O.

Une soirée qui se termine sur une explosion de magnificence musicale et émotionnelle. Difficile de revenir à la réalité. Il nous faudra un petit temps pour sortir de la torpeur dans laquelle nous avons été plongée grâce à la qualité du show servi par Katatonia. C’était sombre, mélancolique, poignant et surtout très beau. Merci !

Merci à Vola, Agent Fresco, Katatonia ainsi qu’aux ingés son qui ont fait un travail remarquable et bien évidemment à Valérie pour l’accréditation.

Auteure: Fanny Dudognon

Crédit photo: Katatonia

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