Vendredi 4 novembre 2016 – Nous continuons cette semaine, rythmée par la succession folle des concerts. Après le show de Delain hier soir (organisé par SPM), un bon décrassage des oreilles s’impose. C’est Noiser qui propose une troisième date, toujours au Metronum (nous aurions peut-être dû songer à y planter la tente). Quelques jours plus tôt, nous nous régalions avec Enslaved, un premier jet musical aux sonorités black métal, que l’affiche du jour vient parfaitement compléter. En effet, ce ne sont pas moins de quatre groupes de metal extrême qui vont venir faire vibrer les murs du Metronum. Un plateau de choix avec Schammasch, Mystifier, Rotting Christ et Inquisition.

Les portes ouvrent à 19h30 pour un démarrage à 20h en compagnie des suisses de Schammasch. Formé en 2009, le quatuor ne chôme pas et a déjà réalisé 3 albums dont Triangle, sorti en avril de cette année.
Les lumières s’éteignent, la tension est à son comble et les yeux sont rivés sur la scène fuligineuse et inondée d’une lumière rougeoyante. C’est alors que les musiciens apparaissent, vêtus de toges, qui vont de pair avec l’ambiance et en rapport avec leur inspiration principale qui est la mythologie mésopotamienne. La tenue de Chris S.R, le vocaliste/guitariste, est particulièrement intrigante, d’autant plus qu’il est le seul à avoir le visage entièrement maquillé en noir.
Qu’en est-il côté musique ? Les helvètes distillent un black metal sombre et avant-gardiste (un style qui s’est affirmé lors de la réalisation du dernier opus). On se laisse porter par la force des compositions particulièrement mélancoliques et leur rythme lancinant. Les morceaux sont longs, lents, parfois limite doom. M.A et Chris se partagent les riffs, la lourdeur et les parties plus mélodiques s’engrènent parfaitement. Boris A.W nous sert de belles variations rythmiques envoyant quelques bons coups de blast avec parcimonie et évitant ainsi toute monotonie. Ce bel ensemble doublé du son épais de la basse jouée par A.T et du chant torturé du frontman nous plonge littéralement dans l’univers sibyllin de Schammasch. Il suffisait de fermer les yeux pour apprécier cette chouette balade d’une demi-heure. Les suisses repartent, chaleureusement applaudis.

Attention, changement d’univers avec Mystifier. On traverse l’océan pour un petit tour au brésil. Le groupe a été créé en 1988 par le bassiste/guitariste Armando da Silva Conceição alias Beelzeebubth et compte aujourd’hui 4 albums (seulement). Accompagné de sa guitare et caché derrière ses lunettes de soleil, le fondateur et unique membre originel débarque sur scène un peu avant 21h. Il balance les premiers riffs et est rapidement rejoint par le bassiste/vocaliste Diego Araùjo, grimé façon black metal et dont les poignets sont habillés de gigantesques bracelets cloutés. Les brésiliens ne font pas dans la dentelle et nous envoient leur black/death old school en pleine tronche. Etant au premier rang, je vais déguster !  Le son est super fort, je n’entends que la guitare dont l’ampli est réglé à un volume indécent. Ça grésille et c’est douloureux, je prends donc la peine de reculer pour essayer de capter le meilleur. C’est un peu mieux mais, du coup, je me rends compte que la batterie, assurée par Jhoni Apollyon est bien trop présente et que l’on entend très peu la voix. On peut néanmoins apprécier l’attitude franche et brute de décoffrage du trio, qui joue et se donne généreusement. Je ne resterai cependant pas jusqu’à la fin, c’est vraiment trop fort et je tiens à mes oreilles.

Il est presque 22h, le décor est changé et c’est enfin l’heure d’accueillir l’une des deux têtes d’affiche, celle que j’attends le plus : Rotting Christ. Je ne suis d’ailleurs pas la seule, les quelques 300 spectateurs sont tous dans la salle et se compressent pour s’approcher de la barrière. Il faut dire que le combo originaire d’Athènes, n’était pas venu à Toulouse depuis 1999 et que leurs passages en France restent très rares malgré leur renommée et pas moins de 29 ans d’activité.
Si le groupe s’inscrit d’abord dans un style black très classique (Venom, Bathory…), il a su évoluer et apporter quelque chose de singulier à ses compositions. Le black metal de Rotting Christ est aujourd’hui plus atmosphérique, plus mélodique et riche d’éléments variés (death, gothique, atmo).
Nous découvrons le joli backdrop et les bannières qui viennent sobrement habiller la scène. La sortie de leur douzième album, Rituals, cette année est une bonne occasion de repartir sur les routes, et les voici à Toulouse ! Il est temps de passer aux choses sérieuses, le Metronum s’assombrit et les musiciens apparaissent sous les chaleureux applaudissements du public, démarrant le set en “douceur” avec Orders from the Dead suivie de Ze Nigmar. Les frères Tolis, Sakis au chant et à la guitare, Themis à la batterie, qui sont à l’origine du combo, sont accompagnés du bassiste Vagelis Karzis (alias Van Ace) et du guitariste George Emmanuel depuis 2014. Les mecs en imposent, impressionnantes carrures et charisme indéniable, tous les regards sont dirigés vers le quatuor grec. Le set va défiler à vive allure avec une montée en intensité dès le troisième morceau, Kata ton Demona Eautou, avec ses blasts destructeurs et ses riffs puissants. Rotting Christ ne fait pas de chichi, tout est carré et envoyé avec vigueur. Je suis totalement absorbée par le show, partie pour voyager dans ces contrées obscures, portée par la vélocité des propos qui contrastent à merveille avec les sonorités liturgiques ainsi que par la voix caverneuse et ensorcelante de Sakis.
Une bonne partie du public est en transe pendant que d’autres headbanguent ou pogotent. Les riffs mélodiques d’Athanati Este retentissent, ahhhhhh j’aime tellement ce titre… c’est trop bon ! La setlist est vraiment bien fichue, balayant l’ensemble de la discographie du groupe. Nous sommes plongés dans une ambiance occulte, en particulier lorsque le frontman récite les couplets magnétisants de la transcendante supplication Apage Satana. La bande déverse une bonne dose de violence avec The Sign of Evil Existence et la thrahsy Societas Satanas (cover de Thou Art Lord)Voilà de quoi déchaîner la foule, le pit s’agite de plus belle, allez, brisons nous la nuque ! Le headbang est de rigueur, George et Van s’y adonnent également. Le son est bon, on se délecte de ces riffs aussi véloces que mélodiques, la basse bien présente vrombit délicieusement et double parfaitement la rythmique envoyée par Themis qui assure de sa frappe franche et robuste. Fort d’une présence incroyable et doté d’une voix puissante, Sakis nous tiendra en haleine jusqu’à la fin. Le set s’achève avec Grandis Spiritus Diavolos puis Non Serviam. C’est passé trop vite…C’était excellent, en espérant les revoir en festival cet été.

La soirée n’est pas encore terminée, il reste encore une bonne heure de show, avec Inquisition cette fois-ci. Le duo a été formé en Colombie en 1988 par Jason WeirbachDagon” sous le nom de Guillotina et d’abord orienté thrash. L’artiste décide alors de s’expatrier aux Etats-Unis. Un changement de vie et de style musical, Inquisition devient un duo black métal avec Thomas StevensIncubus” à la batterie. Je les avais découverts sur scène au Summer Breeze en 2015, un show que j’avais trouvé intéressant mais un peu monotone. Ils reviennent aujourd’hui avec un septième album, Bloodshed Across the Empyrean Altar Beyond the Celestial Zenith (oui, le titre est un peu long, juste un peu…). Cette galette vient joliment succéder le très bon Obscure Verses for the Multiverse. On sent que le duo américano-colombien a acquis une véritable maturité. Le décor est installé, nous pouvons admirer l’immense backdrop sur lequel apparaît le sublime artwork de la pochette du dernier opus, réalisé par le talentueux Vincent Fouquet / Above Chaos. D’autres illustrations habillent la scène, un environnement épuré qui sera mis en valeur par un splendide jeu de lumière millimétré.
23h15, le Metronum est plongé dans le noir, le public impatient appelle le duo. Les amplis grésillent, l’intro The Force Before Darkness résonne pendant que les deux artistes prennent place sur la scène brumeuse, toujours teintée de ce rouge sanguinolent. Dagon se pose là devant nous, jambes écartées avec sa guitare, toujours botté de cuir et grimé de corpse paint. Incubus, lui aussi maquillé, s’installe derrière les fûts qu’il va matraquer d’entrée de jeu, nous servant la toute-puissante From Chaos They Came. Les nouveaux titres sont vraiment taillés pour le live et permettent ainsi d’avoir une setlist beaucoup plus dynamique que celle proposée en 2015. On pourrait craindre qu’il manque quelque chose avec seulement deux hommes sur scène. Que nenni ! C’est une putain de claque ! C’est aussi bon visuellement que musicalement. Le frontman occupe parfaitement l’espace, allant chanter un coup à gauche, un coup à droite. Il communique peu, c’est simple mais efficace, tant son aura est grande. Les titres s’enchaînent avec fluidité, comme beaucoup, je m’imprègne rapidement de cette ambiance sombre, torturée avec des alternances entre violence ultime, douceur et mélancolie. Le son est fort mais équilibré. Thomas fait un travail remarquable, les rythmiques tantôt lentes et lourdes, tantôt frénétiques sont galvanisantes. Les compositions aux structures complexes sont longues, les variations sont fréquentes. La sensation de pesanteur vient se heurter à cette guitare dissonante et ces soli mélodieux : une pure merveille, on ne s’ennuie pas une seconde. Je trouve que Jason a réellement progressé au chant, il arrive à le moduler davantage en gardant, bien sur, son timbre singulier, éraillé et lugubre à souhait. Ancient Monumental War HymnDesolate Funeral ChantDark Mutilation Rites, Command of the Dark Crown… Le duo nous sert des titres de presque tous les albums, certains très old-school, d’autres plus atmosphériques… vous avez déjà ressenti cette petite boule dans le ventre, comme si toutes vos émotions venaient s’y colporter et s’y embraser? En tout cas, c’est l’effet que m’a fait Inquisition ce soir: une gigantesque salve émotionnelle. Voilà tout ce que j’aime dans le black metal. Dagon et Incubus nous interpréteront encore quelques morceaux avant de s’éclipser sur le titre qui clôture leur dernier opus, Coda : Hymn to the Cosmic Zenith. Technicité, intensité, authenticité… Inquisition nous a offert une heure de pur bonheur, nous happant dès les premiers accords et nous emportant dans les tréfonds de leur univers obscure et mystique jusqu’à la dernière note. Difficile de revenir à la réalité…

Merci à Noiser pour cette affiche, une soirée qui s’achève avec un goût de reviens-y, une envie de replonger instantanément dans cet état de catalepsie si apaisant. J’ai mal au cou mais c’était divin ! Merci !!!!

Auteure: Fanny Dudognon

SCHAMMASCH


MYSTIFIER


ROTTING CHRIST


INQUISITION

Photographe : David Torres

 

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