Groundation - Weekend des Curiosites

23 Avril 2015 – Ponctualité de mise, c’est à 20h30 tapantes que Julio M. Nkowane, alias ROOTWORDS, a commencé son show en hurlant “Are you ready ?” dans un Bikini… vide. Seule la fumigation ambiante, et trop présente, résonnait sous les vibrations musicales. Pourtant l’événement de ce soir-là s’était soldé à guichet complet. Logé du côté piscine, le public aux oreilles timides, s’est mollement amassé sur le devant de la scène peu avant la fin du premier titre. Justement à la fin de cette première mouture, il nous a expliqué dans un français approximatif, la définition et le rôle d’une première partie… Il  a même demandé au public de jouer le jeu. D’une humeur loquace, il a de plus décrit sa vie. Pour résumer : c’est un californien, dont les parents sont d’origines “zombie” (de Zambie) et qui vit en Suisse.

Si ces quelques lignes vous semblent ennuyeuses, imaginez ma peine en ce début de live. Car uniquement accompagné d’un DJ pour les parties instrumentales, et malgré des sonorités intéressantes perçues de prime abord lors de l’écoute de son premier album Rush,  le son est affreusement plat.

Ce “rappeur citoyen du monde” livre cependant des compositions variées alternant Hip Hop classique, Keep On (très sympa à l’écoute) et Ragga, Freedom of Speech, le tout vaguement parsemé de sonorités diverses comme le Trip Hop ou encore le Dubstep (All Good). Je me suis même étonné à retrouver des intonations vocales et instrumentales qui singent Del The Funky Homosapiens de Deltron 3030 (ou de Gorillaz, c’est le même M.C.). Malheureusement le set ne décollera jamais et ce, en dépit de nombreuses tentatives d’interaction avec le public. Ce genre musical demande un flow de parole capable de transmettre des émotions. Les bonnes intentions ne suffisent pas, surtout avec une instrumentale électronique assez plate contredisant les intentions du chanteur.

21h30 c’est autour du très attendu Groundation d’entrer sur scène. Le Bikini était cette fois-ci comble. Est-il nécessaire de présenter ce groupe quasi-mythique dans le monde du Raggae ? Oui ? Originaire de Californie, le trio de base Harrison Stafford (chant), Ryan Newman (basse) et Marcus Urani (clavier), ont sût constituer une fusion presque progressive des genres tels que le Reggae bien sûr, mais aussi du Jazz et de la Soul. Ces sonorités sont notamment appuyées par des brasses : David Chachere (trompette) et Daniel C. White (trombone) ; ainsi que du duo de chœur sublime (Kim Pommel et Sherida Sharpe), et de Rufus à la batterie. C’est ainsi que nous avons voyagé niaisement dans le monde merveilleux de l’amour, de la paix et de la foi perdue en l’humanité pendant plus de… deux heures. Oui, deux heures ! Treize titres en tout et deux rappels ! La notion d’interminable prend tout son sens.

Les morceaux caractéristiques du groupe y passent, comme Jah Jah Know par exemple. Très peu de titres du nouvel album sorti en octobre dernier, A Miracle, ont été joués. Je regrette un peu ce choix car ça tient plus d’un concert “fan service”. Fort heureusement quelques pépites sont jouées comme Born Again et surtout… surtout A Miracle qui est un excellent titre. Il  fusionne vraiment l’instrumental Jazz, le chant Raggae et les chœurs Soul. C’est en cela la puissance de ce groupe et pourtant cela a été dilué dans une ambiance Reggae dominante somme toute classique. Cela n’a bien sûr pas empêché le public de se déhancher comme s’il avait du “sable dans ses espadrilles”. Et en bon frontman, Harrison nous a livré un jeu scénique totalement électrisé et speed ;  il a dû prendre une gorgée de la “potion magique” de Lemmy Kilmister de Motörhead.

Mention spéciale au bassiste Ryan Newman dont le talent de composition et d’improvisation a rythmé le show, notamment sur le morceau Silver Tongue Show. D’un charisme similaire à Victor Wooten dont la manière d’attaquer les notes s’y approche, il a su donner un vent de folie et de transe à la fois à ses compagnons et au public, tous fous de joie.

Finalement, et malgré la longueur du set et les éternelles paroles au public du genre “Make Love Not Warcraft” qui ont ponctué chaque  morceau, écouter Groundation a le pouvoir de vous apaiser et de faire baisser les tensions. Ils n’ont pas plus de prétentions que cela. Cool rasta.

Auteur : Pierre Falba

Photos : Antony Chardon (Archive Thorium Magazine)

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