Il y a plusieurs années, les seuls festivals de musique électronique en plein air étaient plutôt marginaux, comme Eclipse (on ne lui prête aucune mauvaise intention, ce festival de psytrance en est à dix-huitième année). Maintenant à sa troisième édition, le festival AIM (Art, Innovation, Mouvement) est plus diversifié que jamais, avec quatre scènes aux styles différents.

Dans les faits, cela force le festivalier à écourter une performance à un stage pour assister à une autre ailleurs. Preuve qu’il est impossible d’être partout en même temps, voici un bref survol d’une fin de semaine qui, on l’espère, prendra le relai du Bal en Blanc, dont l’édition 2017 est à oublier…

Stage AIM

Scène centrale du festival, la programmation est surtout centrée sur le house et le techno. Parmi les prestations mémorables, il y a Henrik Schwarz le vendredi, dont le remix de « Je pense à toi » de Amadou et Mariam a conquis les fêtards, et le duo Lee Foss et Anabel Englund samedi, coloré duo formé d’un DJ et d’une chanteuse.

Crucialement, la performance en direct de Frank Wiedemann, du duo allemand Âme, est une véritable prouesse technique. Monsieur Schwarz résume la performance ainsi : Frank décompose en tout petits segments la musique qu’il a créée pour la réassembler en direct.
Le matériel utilisé consiste en quelques pavés numériques, un contrôleur midi (i.e. mini synthétiseur) ainsi qu’un gros mixeur, le tout associé au logiciel Ableton Live.

Sachant qu’il associe chaque bouton à un stem différent (segment de moins de 8 secondes), on saisit l’ampleur du travail (et de la mémorisation) pour un live set encore plus complexe que celui du Boiler Room à Berlin. Impressionnant.

Stage Monolithes et Stage Multi Culti

Avec ses dix-huit grandes sculptures de béton[1] richement éclairées la nuit tombée, le Stage Monolithes est le repaire des amateurs de house plutôt oldschool. La foule est d’ailleurs un peu plus vieille: il n’est pas rare de voir des fêtards dans la quarantaine! Et qui mieux placé que la légende de house Todd Terry pour faire revivre les années 1990? On note la chanson « The Weekend », également présente dans la trame sonore de GTA : San Andreas.

Plus en retrait, proche du canal, se situe le Stage Multi Culti. C’est de loin la scène la plus richement décorée : on observe des lanternes chinoises, des effigies à des déités hindoues et on renifle même une odeur d’encens! Quant à la musique, elle sied très bien à l’ambiance. Le deep house de Tiefschwarz, par exemple, est tranquille et hypnotique. La musique de John Talabot est un peu plus dynamique, mais jamais qu’elle n’excite au point de vouloir quitter. En somme, on vient au Multi Culti pour décompresser (pour ainsi dire).

Stage Movement

« Thump, thump, thump, thump, thump, thump, thump, thump, thump, thump… »

Il n’y a qu’à suivre la basse pour trouver la scène trance. Le montage des tentes et le souper ont tristement raison de l’excellent set d’ouverture de Tomac, qui ne sera accompagné que de 7 personnes… Par la suite, les gens affluent pour Mark Sixma qui surfe sur une vague plutôt classique. En plus des interprétations récentes de « Exploration of Space » et « Adagio for Strings », le néerlandais termine avec le long remix In Search of Sunrise de « Silence » par Tiësto.
Arctic Moon et Jordan Suckley compromettent peu : c’est du trance rapide à plus de 138 bpm, avec une bonne dose de psytrance. Certains morceaux sont caractérisés par des breakdown mélodiques, mais le reste est dans le tapis.

Quelques artistes vont apporter un peu de variété. C’est le cas de Marycee, une DJ montréalaise qui, durant le samedi après-midi, fait jouer une belle sélection de house progressif d’Anjunabeats, dont bien des morceaux de Yotto (« Fire Walk », son remix de « Counting Down The Days »), Luttrell (« Need You ») et Vintage & Morelli (« Contrasts »).

Mais dès la tombée de la nuit, le rythme augmente substantiellement avec l’uplifting trance de Kyau & Albert, puis The Thrillseekers (alias de Steve Helstrip, 44 ans), qui s’amuse comme un ado de vingt ans derrière les platines. Ferry Tayle ne ralentit aucunement la cadence. En fait, les 90 minutes passées en compagnie du producteur et DJ français laissent croire que le trance le plus mélodique vient sûrement du label égyptien Future Sounds of Egypt. Fort convenablement, l’évidence de ce postulat se retrouve sur Soundcloud en tant qu’enregistrement en direct.

Malheureusement, très peu de personnes complètent ce marathon de 18 heures de musique. Tel que stipulé précédemment, ce n’est aucunement la qualité qui est en cause, mais sûrement la surabondance de trance pendant une longue période temps. Ainsi, on démontre que trop, c’est comme pas assez. Prix de consolation pour les ravers les plus endurants : une finale avec DJ kärl k-otik qui conclut avec « Opus » d’Eric Prydz.

Camping, bouffe de rue, atmosphère chill

Le succès d’un festival en plein air repose plus que sur la programmation musicale. C’est également des food trucks servant de la poutine de qualité (La Vache Folle de L.A Poutine est décadente) et des ateliers d’assemblage de bracelets Kandi. Mais le plus important, c’est l’esprit communautaire entre les festivaliers : dans le camping, des micro-villages de tentes se sont formés et la vibe on ne peut plus décontractée. À ce niveau, c’est vraiment ce dernier critère qui incite les festivaliers à revenir aux prochaines éditions de AIM.

Auteur et photographe : Mathieu Bonin

[1] Ils représentent les 17 compagnons français de Dollard des Ormeaux et certains Amérindiens qui étaient avec le groupe lors de la bataille de Long Sault.

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